Steeven Clément et Marc Cyr (Marco) sont du nombre des mannequins d'un jour. (Photo: Dominique Poirier)
Triompher des différences… Un pas devant l'autre!
Plus qu'un dodo. C'est tout ce qu'il reste avant que les 30 mannequins d'un jour qui participeront au Défilé de mode de l'Association pour l'intégration communautaire de l'Outaouais (APICO) entrent sur scène pour une soirée qui s'annonce riche en émotions. Et si on en croit leurs propos lorsque La Revue les a rencontrés dix jours avant l'événement, ils ont surement très hâte à demain soir… tout en ayant quelques papillons dans l'estomac!
Ce défilé en sera à sa deuxième année d'existence, après une première couronnée de succès. Pensant accueillir 200 personnes, les organisateurs ont dû revoir leurs plans, alors que 300 personnes désiraient des billets. Si bien que le défilé a changé de lieu cette année, question d'accommoder le plus grand nombre de spectateurs possible.
Pas étonnant que cet événement soit si en demande. Car bien qu'il s'agisse d'un défilé comme un autre, les mannequins, eux, font un grand pas, non seulement sur scène, mais aussi dans la vie, en montrant que malgré leur déficience, ils ne sont pas si différents.
«Disons qu'il n'y avait personne dans la salle qui avait les yeux secs!», se rappelle Stéphane Viau, directeur général de l'APICO. Les émotions sont à leur comble lors de cette soirée, qui est également l'occasion de remettre les prix Défi.
À bas les préjugés
Si Stéphane Viau a apporté l'idée d'un tel événement en Outaouais après avoir vu un reportage à Enjeux, cette activité tombe à point cette année, elle qui tombe pile avec la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle qui a pour thème en 2008 Je te découvre, tu me ressembles.
«On avait tous un costume, on était tous bien habillés, on était tous bons, pas un plus que l'autre, se rappelle Steeven Clément, un des mannequins vétérans qui montera sur scène pour la deuxième année. On est tous faits pareils. C'est pas parce qu'on est déficient qu'on n’est pas bon.»
Enthousiaste, Steeven n'a pas hésité avant de revivre l'expérience du défilé. Volubile, le jeune homme ne se cache pas pour se faire entendre: «On veut montrer au monde qu'on est capable de faire ça!», explique-t-il, déterminé.
Bien qu'il n'aura pas la chance de parler individuellement à chacun des spectateurs, Steeven a un message pour eux: «Nous autres, on a fait ça pour eux-autres. On les apprécie et on leur dit merci. Merci d'être attentif et de venir nous voir.»
L'amour de la musique
«Il y a une ambiance, les bénévoles, les coiffeurs, les maquilleurs. On a bien du fun. On est comme une grande famille, on s'appuie toute la gang», explique Steeven au sujet de l'ambiance qui règne le soir du défilé.
Mais cette ambiance ne saurait être complète sans la musique: «Quand la musique part, on ne peut plus les arrêter!», soutient Stéphane Viau.
Steeven, tout comme son collègue Marc Cyr, que tout le monde semble appeler Marco et qui assistait également à l'entrevue, ont, comme on dit, la musique dans le sang! Marco est un amoureux incontesté du rock et du hiphop, et il n'a pas hésité à prendre la pause pour se faire photographier!
S'il suit tous les vendredis matin des cours de cuisine, c'est véritablement le vendredi soir que Marco attend avec impatience, puisque chaque semaine, une danse est organisée, complètement gérée par des gens ayant une déficience. Steeven y est bénévole, et Marco passe vraisemblablement la soirée sur le plancher de danse, entourée de quelque 80 de ses collègues.
Cette atmosphère musicale se recrée inévitablement lors du défilé. Mais à cette occasion, des chorégraphies bien définies seront présentées. Steeven incarnera donc un «rapper» lors de sa première apparition, alors qu'il reviendra plus tard en Casanova un peu jaloux! Quant à Marco, une petite valse est prévue à l'horaire!
Des papillons dans le ventre
Après sept pratiques depuis la fin janvier, et une générale, c'est quelques heures avant le défilé que les papillons commenceront à gargouiller dans l'estomac des mannequins d'un jour, qui ont, pour l'occasion, un horaire chargé.
Jeudi, dès 16h, ils devront tous se rendre au Holiday Inn Plaza la Chaudière, où une scène en T, des chaises et tout le tralala auront été installés. Ils partageront alors un souper, avant de revêtir les vêtements prêtés pour l'occasion par une dizaine de boutiques de la région. Si on en croit l'horaire dont ils font fait part à La Revue, c'est à ce moment-là que le stress fera son entrée!
Puis viendra la coiffure, le maquillage, et enfin, le moment tant attendu: «C'est énervant d'être en avant du monde mais faut laisser notre peur de côté, prendre des grands respires et nous dire qu'on est capable de le faire», note sagement Steeven.
Lui et Marco devront également aider leurs collègues à contrôler leur stress, surtout ceux qui en seront à leur première expérience. «Non, t'es capable!», voilà ce que répondra Marco si l'un d'entre eux craint la scène.
Le stress sera toutefois partagé avec les intervenants et certains membres de la famille des participants, puisque plusieurs d'entre eux paraderont en leur compagnie. «Quand il y a un défilé, tu ne peux plus savoir qui est intervenant, qui est déficient. Tu ne vois plus rien», explique Stéphane Viau. À preuve que le but de l'exercice est atteint…
Des répercussions bénéfiques
«Ils ont plus confiance en eux, ils sont moins gênés devant le monde», dénote Manon Laflamme, responsable du point de service de Gatineau et coordonnatrice du défilé, au sujet de ceux et celles qui ont participé à l'expérience l'an dernier.
«Les parents ont remarqué un changement chez leurs enfants, surtout par rapport à leur confiance», réitère Stéphane Viau.
Depuis deux ans, le défilé n'a pas seulement changé la vie des personnes ayant une déficience, mais aussi celle de leur intervenante: «C'est le moment que j'attends avec impatience, je pense à la parade tous les jours. Le soir même, c'est l'euphorie totale, la satisfaction d'avoir accompli quelque chose», explique-t-elle.
Cette euphorie ne pourrait être totale sans la présence du public qui, le temps d'une soirée ou d'une vie, découvrira des hommes et des femmes charmants et attachants, qui leur ressemblent à plusieurs égards.
Quelques billets étaient encore disponibles au moment de mettre sous presse. Contactez le 819 771-6219 poste 210.