Une chose est sûre: la guerre des supermarchés est féroce à Gatineau… (Photo: Daniel LeBlanc)
Gatineau, ville championne des supermarchés et des grandes surfaces?
Y a-t-il trop de supermarchés sur le territoire de Gatineau? Voilà une question qu’on peut se poser depuis quelques années, puisque sur un territoire de 344 kilomètres carrés, on dénombre pas moins de 26 marchés d’alimentation sous l’une des trois grandes bannières, soit Loblaws-Provigo, IGA et Metro. De plus, avec l’arrivée d’un troisième magasin Wal-Mart il y a deux mois, la concurrence ne peut qu’être plus féroce.
C’est donc dire qu’à Gatineau, si l’on fait un tour de la ville, on peut retrouver sur notre chemin un supermarché à tous les 13,2 kilomètres carrés, en moyenne. Pour chaque portion d’environ 9500 habitants, il y a un Maxi, un Super C, un Loblaws, un IGA Extra, un Provigo ou un Metro. Dans le secteur Gatineau, là où pullulent les magasins, seulement dans le quadrilatère délimité par le chemin de la Savane, au sud, le boulevard Gréber à l’ouest, le boulevard de La Vérendrye, au nord, et la Montée Paiement, à l’est, près d’une dizaine de supermarchés y sont établis.
Mais depuis ces dernières années, beaucoup d’entreprises et de magasins à grande surface viennent jouer dans les plates-bandes des marchés d’alimentation. Des exemples? L’épicier grossiste Costco, le géant américain Wal-Mart, le magasin à rayons Zellers, et même les pharmacies! L’arrivée du troisième magasin Wal-Mart, qui, avec une superficie de 160 000 pieds carrés est parmi les plus vastes au Québec, est-il venu brouiller les cartes?
Selon la présidente régionale de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Isabelle Tassé, l’arrivée d’un troisième magasin Wal-Mart ne change pas pour autant la donne dans les supermarchés traditionnels, qui offriront toujours, selon elle, un service à la clientèle beaucoup plus élaboré et personnalisé. Toutefois, elle dit être consciente que sur certains produits, il peut être difficile d’offrir aux gens des prix aussi bas que ce que propose la chaîne de magasins créée par l’Américain Sam Walton en 1962 et établie au Canada depuis 1994.
Selon la directrice des affaires corporatives de la chaîne Metro, Marie-Claude Bacon, les grands magasins, les pharmacies et même les Dollarama de ce monde vendent de plus en plus de produits alimentaires, mais ça ne modifie pas pour autant leur stratégie commerciale. «On se consacre vraiment à l’alimentation. Le client va retrouver beaucoup de services et des produits frais. Notre créneau, c’est d’être un épicier», dit-elle, rappelant que les consommateurs peuvent aussi se tourner vers une bannière dont la mission est d’offrir moins de services, mais des prix plus bas, comme Super C. «Il ne faut pas relâcher et être vigilant face à la compétition, que ce soit des réseaux alternatifs ou nos compétiteurs traditionnels», précise-t-elle. De son côté, lorsque jointe par La Revue, la directrice principale des affaires corporatives de Loblaws-Provigo, Josée Bédard, s’est catégoriquement refusée à tout commentaire.
Le porte-parole de Wal-Mart au Québec, Yannick Deschênes, croit que Gatineau n’est pas parmi les villes qui accueillent le plus de magasins Wal-Mart au prorata de sa population. «Tout se déroule comme convenu jusqu’à présent avec le nouveau magasin, c’est même au-dessus de nos attentes», dit-il, démentant du même coup les rumeurs à l’effet que le nouvel emplacement offrira d’ici la fin de l’année des aliments périssables. «Au Québec, notre offre alimentaire devient de plus en plus élaborée, oui, mais le lait est un des seuls produits périssables que l’on vend. On est reconnu partout dans le monde pour être un pilier fondamental en terme de service à la clientèle», ajoute-il, soutenant être conscient que la concurrence fait du beau travail.
«Par rapport au Wal-Mart, ce qui est clair, c’est qu’une étude réalisée en 2004 en Iowa a conclu qu’à court terme, c’est très bon pour l’économie de chaque individu, mais à plus long terme, les plus petits détaillants peuvent fermer leurs portes. La même situation a été observée dans le cas des détaillants indépendants de stations-services, depuis quelques années», commente de son côté le directeur général de l’Association des gens d’affaires de Gatineau, Philippe Boucher.
Que le blâme soit jeté sur Wal-Mart ou non, il faut noter que les actions en bourse des grandes entreprises telles que Loblaws (-48%), Empire (IGA-Sobeys) (-37%) et Metro (-49%) ont été secouées et ont subi des variations majeures au cours de la dernière année. Toutefois, une chose est certaine: seules les années à venir nous diront si la population demeurera fidèle aux supermarchés ou fera ses achats alimentaires dans différents grands magasins…