L'université fait ses classes en cyberpsychologie!
Comment traiter la peur des araignées, sinon en s'entourant de ces petites bêtes qui semblent si redoutables? Et encore, comment surpasser sa peur des avions si on refuse obstinément de faire le grand saut?
C'est alors qu'entre en jeu la réalité virtuelle, utilisée à bon escient pour aider ceux et celles qui souffrent de telles phobies de surmonter leurs peurs. Bientôt, les troubles plus complexes pourront aussi être traités de cette façon.
Pour en arriver là, il aura fallu faire beaucoup de recherches, et ces dernières se font ici même, à Gatineau, à l'Université du Québec en Outaouais (UQO). C'est le Dr Stéphane Bouchard qui est à la tête de cette Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique.
«La peur de l'avion, des araignées, des hauteurs et celle de parler en public sont les phobies les plus fréquentes, énumère le Dr. Bouchard, et ce sont aussi les plus faciles à traiter. Les troubles d'anxiété, ou post-traumatiques par exemple, sont plus difficiles à traiter parce que ça prend des traitements plus nuancés, moins purs.»
Certaines phobies ont donc été ciblées dès les premiers balbutiements de cette chaire de recherche, il y a de cela cinq ans. Une nouvelle subvention vient tout juste d'être approuvée, ce qui permettra au Dr Bouchard, à sa quinzaine d'étudiants et les quelques professeurs associés de se pencher vers des troubles plus complexes. L'Afghanistan et d'autres pays en guerre pourront, par exemple, être recréés par réalité virtuelle pour traiter des symptômes post-traumatiques.
«Il ne faut pas voir ça comme un nouveau service de traitements de santé mentale», nuance toutefois Dr Bouchard. La chaire fait appel à des patients sporadiquement, dans le but de faire avancer ses travaux, et dans l'objectif éventuel de distribuer les méthodes à d'autres centres de service.
Un traitement par vidéoconférence
Si la réalité virtuelle prend une large part de cette chaire de recherche, une autre avancée viendra vraisemblablement changer la façon, mais surtout le moyen, de faire et de suivre des thérapies.
Le Dr. Bouchard s'est beaucoup interrogé sur les possibilités de traiter à distance des patients, par l'entremise de vidéoconférences. «Le premier objectif, au départ, c'était de desservir les régions éloignées. Mais ce qu'on se rend compte, c'est que ça permet d'aller chercher les services là où ils sont.»
Les patients n'auront donc plus à se diriger systématiquement vers les grandes villes pour se faire soigner par des spécialistes, et ces derniers n'auront plus nécessairement besoin de s'établir dans les métropoles pour pratiquer. Malgré les réticences de certains quant aux possibilités de traitement sans que le patient et le professionnel de la santé soient dans la même salle, les études effectuées jusqu'à maintenant ont démontré que les résultats étaient les mêmes, même à 200km de distance.
«Il y a une très bonne relation humaine qui se développe», indique le Dr Bouchard, qui précise toutefois que ces séances ne se font pas par l'intermédiaire d'une caméra web, mais bien d'un réseau plus complexe, incluant une télévision 32 pouces dans chaque pièce (celle du patient et du médecin traitant), et d'une transmission permettant d'assurer la confidentialité des patients.
«Ça aura des impacts sur le traitement de la santé mentale», croit le responsable du projet. Ce dernier voit aussi d'un bon œil le fait d'avoir des chaires de recherche au Canada: «Si on peut faire de la recherche de pointe au Canada, ça va nous permettre de répondre à nos besoins. […] Nos recherches sont très proches des besoins de la population.»
La présence de telles recherches n'est pas non plus négligeable pour la région:«Ça devient des moteurs locaux. On est la neuvième dans le monde, la seule dédiée à la santé mentale», indique le Dr Bouchard, rappelant que des gens viennent de Montréal, de la Colombie-Britannique et d'ailleurs pour participer aux recherches de l'UQO. «On forme des gens pour appliquer des choses utiles pour l'avenir et les gens doivent venir ici.»
Si ces recherches vous semblent encore nébuleuses, consultez le
www.info07.com pour voir une vidéo dans laquelle le Dr Stéphane Bouchard explique comment se font les traitements par réalité virtuelle.
Cette chaire de recherche en cyberpsychologie est loin d'être la seule présente à l'UQO. L'Université sera d'ailleurs l'hôte d'une journée dédiée aux Programmes des Chaires de recherche du Canada le jeudi 27 mars. Il s'agit d'un événement pancanadien lors duquel seront animées des tables rondes et des discussions sur les progrès potentiels et actuels en science et technologie. Une activité gratuite ouverte à tous.