Patrick qui?
Qui c'est Patrick Roy?
Bonjour, mon nom est Ibrahim Wing. Je suis un immigrant belge et je viens d'arriver au Québec. Grand amateur d'information, je me suis rué sur le premier stand à journaux dès que je suis descendu de mon coucou. Et là j'ai vu le visage d'un homme, Patrick Roy. Qui est-ce donc? Il doit être diablement célèbre ou dans de beaux draps pour faire ainsi la Une de tous les canards…
J'ai demandé poliment au propriétaire du dépanneur, un certain Raoul, qui était cet homme, Patrick Roy. Un grand gaillard qui semble avoir la mâchoire disloquée, par l'effort d'avoir trop mangé… ou trop gueulé.
Raoul me lance alors cette réponse «scientifique et partisane». «Patrick Roy? Vous v'nez pas d'la même planète que nous autres hein? Vous l'avez pas assez vu su'l top des journaux cette semaine? C'est le plus grand goaler qui a jamais goalé. Y goale ostie, y goale… y goale en tabar****! Ben… y goalait…».
Raoul m'a mené sur une piste. Comme dans mon pays, les vedettes se retrouvaient souvent sur la Une des magazines ou des journaux. Le Québec est pareil: il semble faire de la publicité à ceux et celles qui font des mauvais coups! Ce qui équivaut à les excuser à moitié, car ce qui est payant et populaire en 2008, c'est le sang et les absurdités qu'on nous sert au déjeuner. Vous êtes d'accord?
Ceci étant dit, je n'étais pas rassasié par mon ami Raoul. «Patrick Roy là, c'est un Dieu. Mais cali*** qu'ils exagèrent avec leur affaire de père et de fils. Ç'a aucun ostie de bon sens.»
En lisant le papier, j'ai pu apprendre que le fils de M. Roy, Jonathan, avait commis quelque chose de grave durant une partie de hockey sur glace. Le journaliste soulignait aussi l'étrange lien entre le comportement «violent» du père et celui du fils. Moi qui ne connaissais pas les aléas de la carrière du «goaler», je ne pouvais que stipuler sur les raisons d'un tel raz-de-marée médiatique. Après tout, les scandales, ce n'est pas cela qui manque un peu partout…
Raoul m'a presque craché au visage en me répondant: «Voyons bâtard, tu catches pas toié?! C'est Roy batinsse, pas André Racicot! Tout ce qui le concerne, faut que ça se sache au plus sacrant! Pis t'as pas vu le punch que son fils a donné au Chicoutimien toi! Paf! Comme son père!»
Le journaliste mentionnait aussi qu'une autre partie de hockey, opposant deux autres équipes de la LHJMQ, avait permis à de jeunes joueurs de montrer leur talent de pugiliste. Je me suis alors demandé pourquoi les médias n'en avaient pas parlé autant.
«Shit, t'es pas croyable toié! Ça s'est passé entre Québec pis Chicoutimi. Roy est coach de Québec pis son fils, le p'tit fou là, ben y goale pour son club. Gatineau, c'est à l'autre boutte du Québec, on veut rien savoir d'eux autres! Pis Benoît Groulx, personne le connaît, c'est Roy le Glorieux!»
J'ai appris, encore grâce au journaliste, que «Glorieux» était en fait un surnom donné aux joueurs des Canadiens de Montréal, pour qui Roy a gardé les buts pendant une quinzaine d'années. C'est à cette époque qu'il avait fait les manchettes pour des histoires de violence sur et en dehors de la glace. Cela sans parler de la fin de sa carrière au Colorado, où il a fait couler plus que de l'encre comme au Québec…
Refermant le journal, je me suis assis sur un banc de parc et j'ai regardé le vent froid de mars me filer entre les doigts.
Je suis ensuite sorti de mon personnage d'immigrant et suis redevenu un Québécois de souche qui essayait de comprendre en quelques minutes ce que c'était que d'être un «vrai» fleur de lys.
Ouf. Y'en aura pas de faciles.