Louis Therrien, Alexandre Michaud, le chien Déry et Philippe, autiste, seront actifs durant le Mois de l'autisme! (Photo: Patrick Voyer)
Un Asperger qui donne des conférences et un chien qui aide un jeune autiste!
Deux histoires de réussite en ce Mois de l'autisme
Louis Therrien est le porte-parole du Mois de l'autisme; symbole de réussite des personnes vivant avec le syndrome d'Asperger, le jeune homme de 24 ans possède une maîtrise en histoire et pense faire un autre bac en psychologie, donne des conférences, écrit un roman et fait mentir les pronostics!
Parler avec lui est très instructif. En fait, c'est comme si on parlait avec un gars de 29 ans: «Émotionnellement, j'ai 19 ans, mais j'ai la capacité de raisonnement et de logique de 29 ans. C'est toujours cinq ans de moins et cinq de plus. Ça s'équilibre et on n'est pas plus imbécile…, ironise Louis. On met juste moins de dentelle, de superflu, on est plus simple, incapable de mentir, honnête. Selon une hypothèse, le syndrome d'Asperger pourrait être une mutation et même une évolution!»
Malgré ses grandes qualités, Louis a déniché deux emplois en 24 ans. Et ça n'a pas été faute d'essayer. «Certains employeurs ne comprennent pas encore. Je suis travaillant, obéissant, je ne chiale pas… à moins qu'il y ait un problème, alors je m'exprime. Mais je veux travailler!»
«On s'est déjà fait dire 'Je ne veux pas d'handicapé dans mon magasin', de la part d'un directeur général d'un gros magasin bien connu», glisse sa mère, Thérésa Tremblay, marraine de la Marche.
Louis tente de faire comprendre aux gens que les personnes autistes ne sont pas cinglées. Il invite donc la population à aller voir le film européen Ben X, qui prendra l'affiche au Cinéma 9 en avril. Le long-métrage raconte la vie d'un ado autiste qui se réfugie dans les jeux vidéo pour échapper aux méchancetés dont il est la proie.
«Ça m'a rappelé des choses, admet-il. Mes parents se battaient pour me donner un support financier et pour me donner de l'éducation. J'avais 21 ans et mes énergies étaient concentrées à me faire une blonde. J'ai rencontré une belle rouquine, Asperger comme moi. Je suis parti en voyage un jour, mais je suis revenu plus tôt que prévu. Ça ne faisait pas 30 minutes que j'étais arrivé que son père m'a appelé et m'a dit qu'elle était portée disparue. On l'a retrouvée pendue…»
Depuis, Louis se bat pour effacer la détresse chez les jeunes Asperger et donne des conférences devant des gens de tous âges. Il leur propose de s'impliquer bénévolement, car l'autisme n'est pas encore un enjeu électoral. «Tous les partis peuvent se reprocher la même chose… Mais tranquillement, on commence à avoir des services, il y a un éveil. Mais pendant ce temps-là, il n'y a rien qui se passe…»
Philippe va mieux grâce à son chien Déry!
La famille Michaud sait dorénavant que le chien est le meilleur ami de l'homme, car depuis que la Fondation Mira a permis à Déry de demeurer avec Philippe Michaud, ses frères et ses parents, la vie du jeune autiste de 13 ans a changé radicalement.
«Il y a quatre ans, la Fondation a mis sur pied ce projet de jumelage de chien avec des enfants autistes. Nous avons toujours voulu un chien chez nous, mais on avait peur que si nous avions un chiot, Philippe serait peut-être trop enthousiaste avec lui et le chiot aurait pu le griffer. Alors, nous n'étions pas prêt à embarquer là-dedans», explique sa mère, Anne Jamer Michaud.
«Nous avons accepté de faire partie du projet de recherche, car Mira pensait qu'une partie des symptômes de Philippe, les cris et les crises, étaient causés par l'anxiété. Ils voulaient donc voir l'impact avec un chien.»
Mira a donc procédé à des tests, prélèvements de salive compris, pour vérifier comment Philippe réagissait avec et sans Déry, une jolie et docile chienne. La différence était frappante: «Il a plus mal réagi quand le chien n'était pas là. C'est une vraie histoire d'amour ces deux-là, lance-t-elle en souriant. Quand il l'a vue pour la première fois, il s'est mis à genoux et l'a embrassée! Et il ne voulait pas coucher dans son lit, mais par terre avec le chien!»
Son frère Alexandre, 15 ans, loue la présence de Déry dans sa vie. «Il est moins agité, il crie moins, il a moins de frustrations. Avant, c'était aussi plus dur d'aller magasiner, car il paniquait, il courait partout. Mais là, avec le chien, il est plus mollo. Il va même le promener avec ma mère», raconte Alexandre.
Il est certain que Philippe aurait de la difficulté à amener Déry à l'école, car les directions d'école sont frileuses à l'idée d'avoir un chien, même ultra obéissant, dans leurs murs; les dangers de morsures sur des enfants plutôt nerveux et les risques d'allergies sont trop grands. Mais Alexandre espère que lorsque son frère sera rendu au cégep, des dispositions spéciales pourront être prises, compte tenu des avantages du chien sur le bien-être des enfants autistes.
Philippe a repris goût à l'art depuis que Déry dort à ses pieds. «Grâce au chien, il est plus artistique qu'avant, il dessine plus! Il a fait des portraits qui seront exposés au Musée canadien des beaux arts durant le Mois de l'autisme. Combien de jeunes de son âge peuvent faire ça, hein?», se demande Alex.