Annonces classées | Enchères | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne
Transcontinental
Info07
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Les dessous et réalités d'une salle de cinéma… à Aylmer!

Patrick Voyer par Patrick Voyer
Voir tous les articles de Patrick Voyer
Article mis en ligne le 18 avril 2008 à 5:37
Soyez le premier à commenter cet article

Téléchargez Flash Player pour voir ce vidéo.

Les dessous et réalités d'une salle de cinéma… à Aylmer!
Fannie Robert n'avait jamais travaillé dans le domaine du cinéma il y a douze mois. Elle est maintenant copropriétaire du Cinéma d'Aylmer avec son chum et vient de terminer sur le tas son cours de cinéma 101. Rencontre avec une femme enjouée qui nous en apprend un rayon sur la réalité des exploitants en salles.
Comme tout nouvel arrivant en Outaouais, Fannie et son conjoint ont remarqué ce que tous remarquent: la culture particulière reliée au mariage des deux langues canadiennes officielles. Détail vous direz? Pour Fannie, c'est ce qui détermine tout ce qui se déroule dans son cinéma, ce qui joue dans les salles et, évidemment, la plupart des dépenses qu'elle doit effectuer en tant que gestionnaire responsable à l'écoute des besoins de sa clientèle.

Alors avant de parler de tout ce que vous avez toujours voulu savoir, notamment sur le prix des films, il est primordial de connaître le visage des mangeurs de cinéma de la Ville de Gatineau. «En Outaouais, il y a une grosse particularité: c'est un marché très fort en cinéma et en vidéo. Les deux se font une grande concurrence. Par exemple, tu ne peux pourrais pas présenter un film en salles qui est sorti en vidéo, car il ne marcherait pas. Oui, l'Outaouais est cinéphile, car les gens sortent moins!», lance celle qui connaît également les habitudes des gens de Québec et de Montréal, qui sont distinctes.

Ceci étant dit, en demeurant sur une frontière entre deux langues, Fannie Robert ne se doutait pas de ce qui l'attendait! «Ce sont deux cultures qui s'affrontent!, lance-t-elle. Ce n'est pas facile à gérer. Vous avez le Cinéma 9, dans le secteur Gatineau, qui est une zone francophone; il n'y a pas de questions à se poser pour avoir des films en anglais… Dans le secteur Aylmer, il y a une majorité francophone, je dirais que c'est 70/30 aujourd'hui, mais historiquement, ce sont souvent les anglophones qui faisaient vivre les commerces. Mais bon, techniquement, je devrais être capable de passer plus de films francophones… Eh non!, ce n'est pas si simple… Il ne faut pas toujours se fier aux statistiques! Les gens ici sont bilingues et sont tellement habitués de regarder des films en version originale que même les francophones veulent voir des films en anglais! J'ai dû faire des excuses à M. Perreault (Jean-Paul de son prénom)…»

Le président d'Impératif français a certes sursauté lorsqu'il a vu que les films offerts étaient principalement dans le vocabulaire shakespearien. «Il faut que je passe des films en anglais. Parfois, des gens viennent me voir et me disent 'Allez-vous passer des films en français?' Le plus difficile est de faire plaisir à tout le monde…», avoue celle qui a pris la relève des anciens proprios originaires de l'Abitibi.

Les plus grandes disparités entre le public anglophone et francophone concernent le choix des films. «Les francophones sont plus attirés par les films de répertoire, chez les 40 ans et plus surtout, alors que les anglos accrochent plus sur un film comme Drôle d'abeille, avec Seinfeld, qu'ils ont vu à la télé. En général, ils ont plus accès à la culture américaine. Les francophones, eux, se sentent plus attirés par la culture québécoise.» Avec le peu de salles dont dispose Fannie Robert, les longs-métrages québécois se retrouvent souvent dans la section «répertoire», au même titre que d'excellents films comme Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, encensé aux Oscars 2008. Selon Fannie, les remises de prix aident ces films à ressusciter parfois, car les gens sont énormément influencés par les gagnants…

Or, tous les publics réagissent pareillement face à la publicité. «Les blockbusters, les stars, vont attirer tout le monde de la même manière. Et s'il y a des références culturelles dans lesquelles tu te reconnais, tu vas aller le voir. Par exemple, les films français, les Québécois vont pas toujours les voir, alors ça ne donne rien que je les présente…»
Des chiffres et des chiffres
Même si elle bosse en cinéma, Fannie Robert utilise davantage ses habiletés en marketing et en économie que sa passion du 7e Art! Après tout, elle doit jongler avec les demandes du public, les produits qui sortent et le seuil de rentabilité du cinéma! Là, vous vous dites sûrement qu'en vendant du popcorn à 6$, les salles doivent être millionnaires! Eh bien, il y a une raison pour laquelle le prix des friandises est élevé…
Tout d'abord, le Cinéma d'Aylmer possède des projecteurs manuels qui vont chercher dans les 70 000$. «À ce prix-là, c'est une machine raisonnable. Le bas de gamme tourne autour de 50 000$ et le haut de gamme dans les 100 000$ et plus. C'est comme une voiture, ça dépend des options que tu désires…» Par exemple, quelques salles québécoises sont passées au numérique depuis moins d'un an, et cela est très chérant. En plus, selon Fannie Robert, les distributeurs vont obliger les salles d'ici quelques années à faire le changement numérique et à délaisser le bon vieux 35 mm. La qualité de l'image des films est meilleure et le public, exigeant, alors…

Pour les films, le prix est variable. Une chose est sûre, faire une copie officielle prête à écouler coûte près de 3000$. Alors, une fois que Fannie Robert a fait sa liste de films à commander pour la fin de semaine à chaque lundi, elle contacte son distributeur (grossiste). Ce dernier a aussi des contraintes imposées par les compagnies de films, comme le nombre de copies disponibles et la capacité du film à être rentable dans telle zone. De plus, certaines compagnies vont exiger qu'un film demeure un minimum de deux semaines à l'affiche, même s'il ne fonctionne pas assez pour être rentable pour la salle.

Toutes ces obligations forcent les gestionnaires de cinéma à trouver des stratégies; certains baissent le prix des billets, d'autres augmentent le coût de la bouffe et certains bonifient leur offre au niveau des longs-métrages. «Si le prix du billet est de 10$, 5 ou 6$ va à la compagnie de film et avec le reste, je dois payer mes employés. C'est pour ça que le casse-croûte est un peu cher», note Fannie. De plus, il n'y a pas de limites à la cote que récoltent les compagnies: que le film génère des revenus de 20 000$ ou de 50 000$, le plafond est illimité.
Le piratage fait mal
Depuis qu'ils ont acquis le Cinéma d'Aylmer, Fannie et son chum ont été victimes de trois actes de piratage. Et cela malgré la vigilance des employés (qui font la fierté de leurs patrons) et les dispositifs secrets mis en place par les proprios pour contrer ce genre de crime.
«À la prochaine offense, on ferme nos portes, tranche Fannie. Ce que les jeunes doivent comprendre c'est que, oui, avec Internet c'est plus facile, mais quand tu pirates un film, ce n'est pas la compagnie de films que tu es en train d'embêter, c'est le cinéma! Il peut y avoir perte d'emplois et ce n'est pas Hollywood qui subit les conséquences…»

Ces articles pourraient également vous intéresser

Vos commentaires

La question du net


Liens