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Le meilleur du passé avec le meilleur de la science

Dominique Poirier par Dominique Poirier
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Article mis en ligne le 9 mai 2008 à 8:00
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Le meilleur du passé avec le meilleur de la science
Tobi-Lynn Bayarova, dans l'une des chambres de la Maison de naissance de l'Outaouais. (Photo: Dominique Poirier)
Le meilleur du passé avec le meilleur de la science
La Journée internationale des sages-femmes a été célébrée ce lundi, 5 mai. Pour l'occasion, La Revue est allée à la rencontre de ces femmes au quotidien peu commun qui aident leurs semblables à vivre leur grossesse, et leur accouchement, de façon différente.
Tobi-Lynn Bayarova est l'une des cinq sages-femmes de la Maison de naissance de l'Outaouais, et est également présidente du Conseil des sages-femmes du Centre de santé et des services sociaux de Gatineau (CSSSG). Elle a bien voulu nous parler davantage de son quotidien rempli de pleurs de bébés, de craintes de mères, de questionnements face à l'inconnu mais surtout, d'une grande dose d'humanité, de respect et d'affection.
Devenir sage-femme
«Depuis mes premières années d'université, j'avais quelque chose qui me dirigeait vers ça, confie Tobi-Lynn Bayarova. Au début, je regardais un peu plus le côté romantique de la profession!»
Malgré cette attirance pour ce métier qui existe depuis toujours mais qui demeure encore méconnu, Tobi-Lynn a bifurqué vers la littérature, plus précisément la littérature médiévale. Elle a obtenu sa maîtrise dans ce domaine, pensant même l'enseigner un jour. Mais c'était avant qu'elle ne poursuive sa voie en suivant son instinct.

La formation pour devenir sage-femme en est une de quatre ans. Tobi-Lynn l'a complétée dans une université en Ontario, dans la 3e cuvée de ce programme de sage-femme. Au Québec, seule l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) donne la formation de baccalauréat en pratique sage-femme, un programme qui alterne cours théoriques et stages cliniques.

Ces quatre années sont ponctuées de quatre stages, cumulant 1740 heures pratiques, d'abord en observation, puis avec de plus en plus de responsabilités. Les six derniers mois de formation correspondent à un internat. Comme les étudiantes sont majoritairement formées par des sages-femmes qui ont une pratique courante et que les stages se font sur une base de un à un, les lieux de stage se font rares, et les sages-femmes de l'Outaouais prennent plaisir à accueillir celles qui deviendront leurs futures collègues.

Les médecins sont également très impliqués dans les formations, et un des stages se fait en centre hospitalier. Une réalité qui a plus d'un avantage: «Là où il y a eu des stages en centre hospitalier, les relations se sont améliorées entre les maisons de naissance et le centre hospitalier. Ça démystifie notre travail auprès des infirmiers et des médecins», résume Tobi-Lynn Bayarova.

Au-delà de cette formation, le sang-froid, l'ouverture et le respect sont des qualités requises pour pratiquer cette profession. Mais une qualité prime sur toutes les autres: l'amour. «Il faut aimer les femmes, explique Tobi-Lynn, qui est elle-même mère de trois enfants. C'est pas absolument nécessaire d'adorer les bébés. Moi, j'adore les bébés, mais ce n'est pas nécessaire. Ce qu'il faut, c'est aimer les femmes, et ce sont elles qui vont prendre soin du bébé»
Un moment magique
Lors de son passage à la Maison des naissances de l'Outaouais, La Revue a rencontré une des étudiantes de l'UQTR qui faisait justement un stage en Outaouais, découvrant la région par le fait même. «C'est un beau moment dans une vie, et c'est assez intense comme moment!», de dire Kim Dupont pour expliquer son choix de carrière. Cette diplômée en soins infirmiers aime l'accent mis sur le côté naturel et l'accompagnement dans les maisons de naissance.



«Dans des cas très rares, des bébés peuvent mourir, être blessés ou malades, mais quand on a des bébés en santé, oui, une naissance est toujours un bonheur», estime quant à elle Tobi-Lynn, dont les yeux pétillent lorsqu'elle évoque certains accouchements magiques.

«C'est jamais banal une naissance, poursuit-elle. Quand ça fonctionne bien la relation femme-sage-femme, même s'il y a des imprévus, c'est toujours un privilège d'être là. Les occasions rares où j'ai assisté à des accouchements où le bébé était mort… d'accord, il y a une famille dans le deuil, ce n'est pas quelque chose que l'on souhaite, mais c'est un autre privilège d'être là. Je ne choisirai jamais de ne pas être là dans un de ces moments.»
Choisir une sage-femme
«Heureusement, au Québec et au Canada, il n'y a pas de mauvais choix pour se faire suivre. Mais si une femme sait qu'elle veut absolument l'épidural, nos services ne sont pas pour elle!», indique celle qui s'est jointe à l'équipe de l'Outaouais en 1998.
C'est pourquoi chacune des femmes qui désirent vivre leur grossesse en compagnie d'une sage-femme doit d'abord participer à une soirée d'information, question de voir si ce choix est bon pour elle.

Toutefois, comme dans plusieurs services du domaine de la santé en Outaouais, les places sont limitées. Comme les listes d'attente sont inutiles, sachant que la grossesse n'attendra pas, c'est un système de premier arrivé premier servi qui prime. Les mois ont toutefois été divisés en deux, question de ne pas privilégier celles qui tombent enceintes durant les premiers jours de chaque mois.

Les visites entre la femme enceinte et la sage-femme se vivent à un rythme similaire à celles prévues lorsque la femme est suivie par un médecin. Toutefois, les possibilités d'accouchement sont plus nombreuses. En Ontario, dès le début du programme de formation, les sages-femmes devaient offrir le choix de l'accouchement à domicile ou à l'hôpital. Au Québec, ce n'est qu'en décembre 2006 que cette possibilité s'est ajoutée aux femmes enceintes. Deux sages-femmes se déplacent alors dans l'intimité des nouveaux parents, avec une trousse spécialement conçue à cet effet, et dans laquelle on retrouve tout le nécessaire requis pour un accouchement sans problème.

L'an dernier, en Outaouais, 202 femmes ont donné naissance à leur poupon en compagnie de sages-femmes. De ce nombre, seuls deux accouchements ont nécessité un transfert jugé urgent vers l'hôpital. Parmi toutes ces nouvelles mamans, 17% ont choisi de donner naissance dans leur maison, et moins de 2% ont demandé à ce que l'accouchement se fasse à l'hôpital, en compagnie d'une sage-femme. Tous les autres événements heureux se sont déroulés dans l'une des chambres de la Maison de naissance de l'Outaouais.

Ces chambres sont d'ailleurs fort accueillantes. On y retrouve un lit, un bain juxtaposé d'un poteau pour mieux s'agripper, et de beaucoup d'espace pour bouger. Un salon meublé d'un foyer se trouve à proximité, où peuvent se reposer les parents et la famille avant de pouvoir prendre dans leurs bras leur nouvel être cher. Les sages-femmes ont à portée de main tout ce qui est nécessaire pour que la grossesse ait un dénouement heureux, et humain.

Le suivi postnatal offert par les sages-femmes est unique, puisque la nouvelle maman et son poupon auront des visites jusqu'à six semaines après l'accouchement. Ce qui permet d'ailleurs de discuter davantage de tout le processus de l'allaitement. «Il y a un minimum de trois visites à domicile après la première semaine. Si une femme à des problèmes d'allaitement, on peut être là à tous les jours», précise Tobi-Lynn.
Les piliers
Le rôle des sages-femmes repose sur plusieurs piliers. Ce sont les femmes, celles qui bénéficient des services de ces professionnelles, qui ont manifesté leurs besoins et qui a permis à cette profession, sanctionnée par la Loi sur les sages-femmes le 19 juin 1999, d'établir ses bases.
Parmi ces piliers se trouve la continuité des soins. Un besoin qui demande une grande disponibilité de la part des sages-femmes: «Sur le plan mode de vie, c'est pas évident, mais c'est ce que les femmes veulent», admet Tobi-Lynn.

Du temps. Voilà un autre des piliers de cette profession. Les rencontres entre patientes et sages-femmes ne se font pas de façon expéditive, au contraire. Puisque l'écoute est une des bases de cette profession, des discussions peuvent avoir lieu sans presse. «Tout est discutable, tout est sur la table pour être discuté, indique cette sage-femme d'expérience. On est là pour éduquer, répondre aux questions, discuter des peurs, des choix…»



«On voit la grossesse et l'accouchement comme un processus normal, poursuit-elle. On a une confiance que les femmes sont capables de mettre au monde leur bébé.» Cette notion n'empêche pas les sages-femmes de mettre l'accent sur la prévention, et de mesurer les risques pour ne prendre aucune chance.
En changement?
Preuve que les sages-femmes n'ont jamais manqué d'ouvrage, encore aujourd'hui, les cinq sages-femmes de la Maison de naissance doivent refuser autant de femmes qu'elles en acceptent, faute de place. «On n'a jamais eu de carence de femmes, soutient Tobi-Lynn. Mais on peut remarquer que la population en général commence à voir nos services.»
Avec cinq sages-femmes fidèles au poste, la Maison de naissance de l'Outaouais aimerait agrandir son équipe. À l'heure actuelle, deux offres sont sur la table, et deux sages-femmes pourraient ainsi joindre l'équipe outaouaise.

La relation, arfois difficile, avec les médecins et autres professionnels de la santé, tend elle aussi à changer. «Le plus difficile pour une sage-femme, c'est d'être maltraitée par les autres professionnels. Mais les infirmiers sont tellement gentils, on a de plus en plus de collaboration avec les gynécologues et les pédiatres, on les adore!», résume Tobi-Lynn. La preuve que la profession des sages-femmes ne va qu'en s'améliorant!

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