0,1 % des citoyens!
Soixante-dix citoyens de Gatineau sur 247 000 ont participé à la dernière ronde de consultation sur la politique environnementale. C’est quelque chose comme 0,03 % de la population. En étant extrêmement généreux et en ajoutant les courriels reçus et les personnes qui ont participé à la première ronde (souvent les mêmes qu’à la deuxième), on arrive peut-être à 0,1 % des citoyens. Donc, 99,9 % des gens n’ont pas participé. Et on parle d’un sujet, l’environnement, qui à chaque sondage, reste toujours très haut dans les préoccupations des citoyens. C’est pathétique. Mais c’est toujours comme ça. Pourquoi?
D’abord, les citoyens ont beaucoup de raisons de ne pas participer. Les consultations arrivent tellement tard dans le processus de prise de position que les vrais changements sont presque impossibles, comme si tout était décidé d’avance. De plus, on consulte les gens sur les grandes choses, comme les politiques d’habitation ou environnementale, alors qu’il faudrait commencer par les consulter sur les petites choses autour d’eux comme les changements apportés à un parc, la construction d’un stationnement ou l’aménagement de leur rue. La participation publique devrait être un mode de gestion de la ville, pas un moyen de donner de la légitimité aux idées des élus. Finalement, à tort ou à raison, je dirais que les gens ne participent pas parce qu’ils sont plutôt satisfaits de tout ce qui se passe… même si cela se passe sans eux. Je crois qu’ils font erreur. Il y a quatre groupes principaux qui ont un rôle à jouer dans l’évolution d’une municipalité : les élus, les fonctionnaires, les promoteurs et les citoyens. Quand les citoyens ne sont pas là, le risque est grand que l’intérêt privé l’emporte sur l’intérêt commun. Le meilleur argument pour chercher à mobiliser les gens c’est que le taux presque inexistant de participation ne fait pas scandale. Si l’absence de participation citoyenne ne dérange pas trop ceux qui gouvernent, c’est qu’ils y trouvent leur compte. Pour les élus, les fonctionnaires et les gens d’affaires, c’est beaucoup plus facile de prendre des décisions quand les citoyens regardent la télé. C’est par l’action politique que le citoyen parle d’avenir, qu’il construit sa communauté et forge son identité, qu’il aménage le territoire qu’il habite. Notre ville est une extension de notre maison, si on ne s’en occupe pas, elle se salit, se dégrade et on l’aime moins. C’est presque un cliché maintenant de dire qu’il n’y a pas de projet gatinois, qu’on ne sait pas trop où s’en va la ville. Parce qu’elle met des idées sur la table, la participation citoyenne peut aussi provoquer l’émergence d’une vision commune. Et il y a des moyens d’attirer les citoyens. Certaines villes font adopter une partie du budget de la ville directement par les citoyens, d’autres établissent des « fonds de quartier » dont l’allocation doit être décidée localement. Depuis quelques années, des expériences de démocratie participative émergent un peu partout dans le monde. Pour certains chercheurs, ce phénomène qui consiste à associer plus directement les citoyens aux processus de décision politique est « en passe de devenir l’un des courants dominants de la pensée politique contemporaine »… à Gatineau, on est loin du compte.