Itinérance: la date butoir arrive dans 300 jours
Les subventions du programme de l'Initiative des partenariats de lutte à l'itinérance (IPLI) arriveront à échéance dans 300 jours et déjà, les organismes de la région s'inquiètent de l'avenir de ce programme et par conséquent, des services qu'ils pourront offrir à leur clientèle.
«On demande que le programme soit reconduit, que ce soit sur cinq ans et qu'il y ait une bonification des enveloppes, de dire Jenny Villeneuve, coordonnatrice du collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais (CRIO). […] C'est urgent, c'est nécessaire. À part les Conservateurs, tout le monde s'entend là-dessus.»
Pour la période allant du 1er janvier 2008 au 31 mars 2009, 18 projets ont été financés dans la région par l'IPLI, pour une somme totale de 922 511$. Les demandes touchaient toutefois 23 projets, ce qui aurait nécessité une aide de 2 222 143$.
Habitués de voir leur financement renouvelé à la dernière minute, les groupes de lutte à l'itinérance ne perdent pas espoir, même s'ils doivent constamment faire face à des défis relatifs à l'incertitude. Ils craignent également qu'une élection soit déclenchée d'ici la date butoir du 31 mars 2009, ce qui laisserait peu de place à une reconduction rapide du programme.
Pour Yves Séguin, directeur du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie (CIPTO), qui gère notamment Le Lab, l'incertitude crée des difficultés non seulement chez les usagers, mais également dans la gestion. Comme le Lab est locataire d'un logement commercial, le bail en est un de 12 mois, et l'avis de renouvellement est obligatoire six mois avant l'échéance du bail. Avec des subventions s'étalant sur 15 mois, mais étant renouvelées à la dernière minute, il s'avère difficile de bien gérer les choses.
Autre exemple, selon les données établies dans le rapport d'activité 2007-2008 des Œuvres Isidore-Ostiguy, une somme de 93 309$ provient du programme IPLI, sur un budget total d'activité de 368 490$. Le quart du revenu de cet organisme serait donc perdu si le programme n'est pas reconduit.
Les organismes des secteurs plus ruraux ne font pas exception. «Les impacts, c'est directement sur les gens. Il va avoir des services qui seront coupés. On a déjà coupé des heures chez le personnel», résume Jacinthe Potvin, directrice du Centre social Kogaluk, situé dans le Pontiac, qui peut accueillir jusqu'à 24 personnes itinérantes.
Chaque année, cet organisme dépense 20 000$ en service de transport, pour permettre à sa clientèle d'aller faire ses courses dans une épicerie située à 12km du centre, au lieu de se contenter du dépanneur, situé à 3km. «Ce qui est très épeurant, vu qu'on est dans un milieu rural, c'est qu'il n'y a pas d'autobus», s'inquiète Mme Potvin.
«Ce sont des besoins, ce ne sont pas des chiffres en l'air», plaide-t-elle. «L'impact est tant chez les organismes que chez les gens qui utilisent leurs services, résume Yves Séguin. Si on leur dit: "le lien va peut-être être brisé", c'est une autre cassure, et c'est ce qui cause l'itinérance.»