La faim a une voix en Outaouais…
La faim a un nom et une voix, même ici en Outaouais, une région pourtant considérée comme étant riche. En ce 5 juin, Journée nationale contre la faim, ceux qui en souffrent ont exprimé leurs pensées dans une assiette vide, pourtant pleine de sens.
Ce mur de la faim, où s'entassaient les assiettes, a été affiché par Moisson Outaouais aux Galeries de Hull. Qualifié par Françoise Boivin de «mur de la honte», les messages qui y étaient inscrits étaient certes éloquents.
«"Je manque de concentration à l'école parce que je ne mange pas", a lu Jack Layton, chef du NPD. Impossible, dans un pays comme le Canada, avec une richesse qu'on a, qu'un enfant doive écrire une telle chose», estime-t-il.
Selon les statistiques de Moisson Outaouais, 23 000 personnes dans la région ne mangent pas à leur faim. De ce nombre, 9200 sont des enfants. Chaque mois, Moisson Outaouais vient en aide à 6500 personnes par l'entremise des organismes qu'il parraine. La moitié de ces personnes sont des enfants. «20% de cette clientèle sont des travailleurs, ou vivent dans un ménage où quelqu'un travaille», se désole Jean Pigeon, directeur chez Moisson Outaouais.
Lui-même père de trois enfants, dont le plus jeune vient à peine de naître, M. Pigeon sait que tout le monde, un jour ou l'autre, peut faire face à une problématique alimentaire: «Personne n'est à l'abri de la faim, de la pauvreté, estime-t-il. Il y a quelqu'un qui m'a dit un jour que donner à Centraide, c'était comme prendre une assurance. Car on ne sait jamais si on va en avoir besoin.»
Avec la crise alimentaire mondiale en cours présentement, les ressources risquent d'être encore plus difficiles à trouver, et les ventres à combler risquent d'augmenter. «On prévoit en 2009, selon les estimations des économistes, une augmentation des aliments de 3,5%. Habituellement c'est 0,4%. En trois ans, les aliments ont augmenté de 83% en général, selon la Banque mondiale. Toutes ces statistiques nous effraient, et on doit agir», résume Jean Pigeon.