Est-ce bien de fêter la Saint-Jean-Baptiste ailleurs qu’au Québec?
La question se pose presque instinctivement à travers la francophonie canadienne, car depuis déjà une trentaine d’années ce rendez-vous traditionnel des Canadiens-français est devenu la propriété exclusive de la province de Québec.
Mais laisser s’universaliser une notion aussi erronée de distinction ne risque que de cultiver davantage cette méconnaissance déjà manifeste, entre elles, des cultures françaises qui cohabitent au Canada.
Jean le Baptiste est né en Judée (Palestine) en l’an huit avant Jésus-Christ, son cousin maternel dont il a annoncé la venue prophétique avant de le baptiser sur les rives du fleuve Jourdain. L’anniversaire du prédicateur du Nouveau Testament est aujourd’hui observé par toutes les
églises chrétiennes, tant en Orient qu’en Occident, en date du 24 juin de chaque année – c’est-à-dire au moment du solstice d’été. Plusieurs rites des peuples celtes ont également influencé cette célébration religieuse, notamment l’illumination de feux cérémoniels.
À partir de 1834, la Saint-Jean-Baptiste est devenue la fête officieuse des Canadiens-français lors de la création de la Société Saint-Jean-Baptiste, puis a été officialisée en 1908 par décret du pape Pie X.
En 1977, toutefois, la fête de la Saint-Jean-Baptiste est devenue la fête nationale des Québécois, retirant ainsi à cette reconnaissance annuelle de l’ascèse prophète son caractère rassembleur pour l’entièreté des francophones du Canada.
Certes, nul n’est tenu de justifier, ni même d’expliquer aujourd’hui par quelle prétention les Québécois se sont-ils appropriés un symbole qui appartenait – et qui appartient toujours, à tous ceux qui partagent la culture canadienne française, peu importe dans quelle province ou territoire
ils résident.
En tant que Québécois, il est important que tu réalises qu’en Ontario et ailleurs au pays, la Saint-Jean-Baptiste se fête toujours avec autant de réjouissances qu’avant 1977, au jour où les aspirations indépendantistes des Québécois ont fait perdre toute perspective réaliste de la francophonie canadienne.
La fête de la Saint-Jean-Baptiste s’est donc bien éloignée de son caractère traditionnel, pour devenir un autre instrument essentiellement politique par lequel certains gouvernements endoctrinent leurs électeurs pour mieux leur indiquer le chemin constitutionnel qu’ils veulent leur faire suivre.
Je trouve dommage qu’il y est un réflexe d’aversion pour tout ce qui origine de l’Ontario ou des autres provinces canadiennes, aussi automatique et inconscient soit-il chez la majorité des Québécois. Il existe des francophones ailleurs qu’au Québec, tout comme il existe des anglophones au Québec .
Est-ce bien de fêter la Saint-Jean-Baptiste ailleurs qu’au Québec? La réponse est plus qu’affirmative. Et les francophones la fêtent avec encore plus d’audace et de ferveur; par fierté d’être francophone. Les Québécois ne sont pas les maîtres absolus du calendrier et n’ont aucun droit particulier ou exclusif sur une fête qui devrait être un événement rassembleur où tous les Canadiens-français se côtoient dans leurs cultures et apprennent les uns des autres.
Un jour peut-être, lorsque seront «purifiées» ces préoccupations constitutionnelles qui hantent actuellement la fête de la Saint-Jean-Baptiste, cette célébration se rapprochera-t-elle finalement de sa véritable signification universelle.
Bonne St-Jean Baptiste à tous les Canadiens qui sont francophones !
Rachel@Rachelleduc.com
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