L’église Saint-François-de-Sales, située à l’angle de la rue Jacques-Cartier et du boulevard Gréber, date du XIXe siècle. (Photo: Daniel LeBlanc)
L’église Saint-François-de-Sales: un trésor architectural de l’Outaouais
Depuis près de 125 ans, elle domine le confluent de deux cours d’eau majeurs de la région, soit la rivière des Outaouais et la rivière Gatineau. Simple chapelle pendant 46 ans, l’église Saint-François-de-Sales a vu le jour officiellement en 1886, et, aux yeux de plusieurs historiens, elle constitue l’un des grands joyaux que possède l’Outaouais en terme d’architecture.
Il faut dire que cette église doit sa beauté au chanoine George Bouillon, fort connu des deux côtés de la rivière au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle pour son rôle de prêtre-architecte. En plus de l’église Saint-François-de-Sales, c’est entres autres lui qui est derrière le décor architectural de la basilique Notre-Dame, à Ottawa, ainsi que de la chapelle de l’Université d’Ottawa et de nombreuses églises catholiques, de Aylmer à Papineauville en passant par Hull et Buckingham.
L’église actuelle, qui a été érigée en quelques mois, a été bénie en grande pompe en 1887 par l’archevêque d’Ottawa, Mgr Joseph-Thomas Duhamel, mais son intérieur n’a pas été achevé en raison d’un manque de ressources financières. À l’amorce du XXe siècle, Mgr Duhamel émet le souhait que la construction de l’édifice religieux de Pointe-Gatineau prenne fin une fois pour toutes, un désir qui se concrétise en 1901. En effet, l’intérieur du bâtiment a été achevé et on a procédé à la construction de la sacristie. Une campagne de financement a même rapporté 7000$, une somme fort importante à l’époque. On a même encore une fois fait appel aux services de George Bouillon pour la décoration intérieure.
Pour l’ornementation de l’intérieur, celui-ci a choisi une voûte en éventails, une mode développée Grande-Bretagne au cours des XVe et XVIe siècles, et qu’il a aussi utilisée dans la chapelle du Couvent de la rue Rideau. L’artiste peintre Toussaint-Xénophon Renaud, bien connu entre 1896 et 1944 pour avoir décoré plus d’une centaine de cathédrales, églises et chapelles du Québec, de l’Ontario et des États-Unis, a aussi collaboré pour donner une beauté au bâtiment. En plus de sa voûte, l’édifice religieux fait aussi jaser en raison de son maître-autel, son baldaquin de style gothique et son orgue conçu il y a plus de 90 ans.
La cloche de l’église, dont le poids atteint 1460 livres, cache toute une histoire, puisqu’elle a été bénite en 1897 en raison d’un événement impliquant la comtesse Aberdeen, l’épouse du comte d’Aberdeen, qui fut gouverneur général du Canada de 1893 à 1898. Aimant bien rendre visite au curé de la paroisse Saint-François-de-Sales, Isidore Champagne, elle est tombée dans la rivière, en compagnie de deux autres hommes, en remontant en voiture la rive gauche de la Gatineau, à la suite d’un rendez-vous. Trois personnes les ont secourus et le gouverneur général les a récompensés en leur remettant entre autres une cloche de 1460 livres destinée à la paroisse. C’est aussi à ce moment que le pont Lady-Aberdeen, voisin de l’église, a été nommé en l’honneur de cette dame.
Comble de la déception pour plusieurs, une série de travaux effectués au cours la deuxième partie du XXe siècle a considérablement modifié le portrait de l’église, majoritairement à l’intérieur. Plusieurs choses ont été retirées, telles que la balustrade et les autels latéraux, sans compter que l’intérieur a été réaménagé et que les trois entrées de la façade ont été modifiées. De plus, les œuvres de Renaud ont été effacées, au grand dam de plusieurs personnes.
Malgré tout, le plafond sculpté en boiserie laminée de feuilles d’or et les colonnes de cet immense édifice demeurent intactes et impressionnent toujours autant les gens, surtout depuis la restauration qui a été effectuée à la fin des années 90. En 1998, la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO) a fait un beau clin d’œil à ces travaux en remettant à l’église Saint-François-de-Sales le premier prix Orange du Patrimoine.
L’église a reçu de beaux cadeaux depuis quelque temps de la part du gouvernement québécois. Au début du mois d’avril, un montant de 525 000$ lui a été accordé dans le cadre de l’annonce faite quelque temps plus tôt par la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, à l’effet qu’une enveloppe de 14 millions $ était attribuée au Conseil du patrimoine religieux du Québec.
De plus, une subvention de 315 000$ lui a été accordée quelques mois plus tôt, sans compter que les paroissiens ont récolté eux-mêmes une somme de 134 000$. Tout cet argent, soit un peu moins d’un million $, servira à remplacer la toiture de l’édifice, actuellement constituée de bardeaux d’asphalte. On prévoit les remplacer par un revêtement métallique semblable à celui d’origine, assurant ainsi la conservation du bâtiment.
«Il s’agit d’une très bonne nouvelle pour le patrimoine religieux gatinois. En fait, il était urgent de réparer le toit afin de préserver pour les générations à venir la merveilleuse voûte en éventails de ce joyau de notre patrimoine. Cette voûte est unique en Outaouais», commente le président de la SHO, Michel Prévost, qui croit que ce monument est l’un des plus beaux de la région.
Hélène Lefrançois
Commentaire mis en ligne le 12 juin 2009J'ai eu l'occasion de voir le projet de construction d'un immeuble de 10 logements à 3 étages et demi directement situé à côté de cette magnifique église. Quel gachis patrimonial!! De plus cette construction impose la destruction d'une maison allumette à caractère patrimoial qui date du 19ème siècle et qui est au demeurant en excellent état.