La mort des CD? Laissez-moi rire…
«Le CD va mourir au profit d'Internet» - Prophète de malheur
Écoutez-les donc ces illuminés qui lancent des menaces apocalyptiques, ceux-là même qui prédisaient que la sauce à salade allait noyer la mayonnaise! Non mais, elle est encore populaire la mayonnaise à ce que sache, alors pourquoi le CD disparaîtrait-il?
Bon, ok, aucun rapport entre la gelée blanche dont raffolent les femmes avec leurs frites, mais avouez que des affirmations comme ça, on pourrait s'en passer hein? Depuis que ces mots ont flagellé mes oreilles, je ne dors plus, je ne mange plus de mayonnaise, je ne ronfle plus, je ne digère plus, je marche dans les craques de trottoir et je ne ris plus lorsque je pense à La fin du monde est à 7 heures, ce qui, mes amis, me semblait impossible. Alors comment se fait-il que la disparition probable-un jour ou l'autre-prochain-bientôt du CD me terrasse à ce point avec un gros parasol dans le dos?
J'aime toucher le CD. Le déshabiller, le regarder, le sentir, le faire tourner, ouvrir sa jaquette, apprécier ses rondeurs, passer par toute la gamme des émotions en entendant ses sonorités… J'aime me dire que j'ai un produit original dans les mains, pas une copie ou un CD gravé de mauvaise qualité avec une pochette imprimée. J'aime penser qu'un disque est la carte de visite d'un artiste, un des moyens qu'il a de gagner sa vie, c'est sa récompense, son offrande au monde…
Mais là, à cause du Prophète de malheur qui n'arrête pas de scander que «le CD va mourir au profit d'Internet», je ne dors plus ni ne mange. Je suis décontenancé. Pas nostalgique, dépité. Dépité de constater que malgré tout ce qu'il apporte, Internet va peut-être priver l'humanité d'un des plus beaux cadeaux que l'éternité nous aura fait: un boîtier neuf difficile à déballer (essayez une clé ou un coin de table, vous verrez que ça torche!) avec un ordre de chansons longuement réfléchi, une pochette d'enfer et un disque coloré.
Suis-je dramatique? Aimez-vous vraiment cela télécharger, gratuitement ou non? Trippez-vous en gravant de la bonne musique sur un disque vierge qui sonne le fond de canisse et qui n'a aucune gueule? Préférez-vous la mayonnaise à la sauce à salade? Autant de questions sans réponse qui mériteraient un sondage ultra non scientifique et qui nous aiderait à mieux comprendre les désirs et habitudes de consommation de notre chère populace cocoonesque.
Alors? Suis-je dramatique? Autant que Kid Rock? L'ex de Pamela "je suis tellement heureuse d'être Canadienne" Anderson, qui n'ose pas encore distribuer ses tounes sur I Tunes? "Ah ce qu'il est rétrograde", vous direz-vous dans votre petit vous-même. Eh bien, Kid, il aime pas ça encore I Tunes parce qu'il a la tête dure et qu'il veut que ses fans se traînent les fesses dans les magasins au lieu d'acheter à grands coups de 99 cents ses chansons. Pas fou le Kid, il sait pertinemment que son album n'est sûrement pas adoré d'un bout à l'autre et que les fans ne téléchargeront peut-être pas toutes les pistes… Mais devinez quoi? Il a avoué qu'il le savait qu'il devrait plier tôt ou tard… Il a appris avec Pamela, alors il sait de quoi il parle notre homme!
Oui, les magasins de disques en prennent plein les couilles depuis deux ans. Pas étonnant que des rabais monstres soient offerts sur des disques que l'on payait auparavant 25-30$. Les compagnies et distributeurs commencent à sentir la soupe bouillante et ça, mes amis, c'est pas le fun. Surtout quand elle vous brûle la langue à votre premier "ssssssslurp". Avouez que ça part mal un repas. À moins que vous soyez comme ces étranges qui s'enfournent la soupe en dernier en espérant faire fondre la bouffe super lourde qu'ils viennent d'ingurgiter? Oui, ça part mal un repas, comme ça part mal une année fiscale de voir que la vente de disque a chuté de 30%.
Et les principaux responsables sont, évidemment, les jeunes. Des études ont prouvé que ce sont eux qui dépensent le moins en magasin pour quelque chose qu'ils peuvent avoir gratis sur le Web. Ne nous étendons pas en conjectures et en débats générationnels, nous sommes passés par l'étape "J'ai pas une cenne, man". Sauf que si les nouveaux jeunes pouvaient avoir un peu plus de conscience sociale, pas le genre de conscience d'Alien comme dans World of Warcraft j'entends, ce serait bien.
Eh ben… après tout ça, je ne dors toujours pas. Alors je vais naviguer sur la Toile durant la nuit pour voir quels disques je pourrais acheter à ma prochaine visite au magasin. Ou je commande tout simplement un "vrai" disque en ligne pour 10$ moins cher. Oups…
Est-ce que je viens de tirer dans les jarrets des détaillants ou est-ce que j'ai donné une alternative plus humaine à la problématique?
Martine Pratte
Commentaire mis en ligne le 25 novembre 2008Que ton article me touche droit au coeur... Et si tout le monde pensait comme toi, nous n'aurions plus, nous les créateurs de l'ombre, cette angoisse de savoir si on pourra continuer à mettre du beurre sur notre pain ! Je suis parolière professionnelle et je ne pratique ce métier que depuis deux ou trois ans. Oui, j'ai écrit des textes pour des gens connus. Mais la grande question que je me pose maintenant est la suivante: "Quel est mon dead line"? Les auteurs/compositeurs/interprètes disent que la façon de gagner leur vie dorénavant sera fondamentalement liée aux spectacles qu'ils donneront, si effectivement le CD meurt de sa belle mort. Mais moi, JE NE FAIS PAS DE SPECTACLE ! Le talent que j'ai réside dans l'écriture uniquement... Alors voilà, j'attends et... désespère un peu ! J'ai une carrière débutante en France, j'ai un titre signé chez Universal/Mercury, l'un des plus gros label de l'Hexagone. Évidemment, la crise est encore plus forte là-bas mais les rémunérations pour les paroliers sont beaucoup plus importantes qu'ici... Alors je fais quoi maintenant ? Je travaille là où c'est plus payant mais là où le CD meurt à petit feu ? Ou je persiste ici, là où on respecte plus les artistes mais où on gagne des salaires de crève-faim ? That is the question...
Merci, ton article me permet de m'exprimer sur cette épineuse question...
Martine Pratte