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Ma Chine à moi

Maxime Pedneaud-Jobin par Maxime Pedneaud-Jobin
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Article mis en ligne le 18 juillet 2008 à 9:44
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Ma Chine à moi
Je n’ai qu’une petite idée de la Chine. Mais j’y suis allé quelques mois, il y a dix ans, faire une longue ballade en sac-à-dos. Avant de vous parler des Jeux Olympiques et de politique, je vous invite à lire un extrait de mon journal de voyage.
«Août 1997. Je suis en route vers la source du fleuve Jaune. L’autobus est rempli à craquer : cinquante places assises et un toit qui déborde de matériel. Je dis matériel, car les gens qui y embarquent ne viennent pas souvent en ville et repartent bien chargés, pour longtemps. Ils vont probablement rejoindre la parenté dans une tente, au loin, sur le plateau tibétain. Pour moi, ce sera une étape de 24 h. Nous partons le matin et je débarque le matin suivant. Bref arrêt pour le souper seulement. Nous montons continuellement sur à peu près 400 km, pour atteindre 4300 mètres d’altitude. Les pentes sont éternelles et l’autobus avance à peine. À chaque nouveau sommet franchi les passagers crient comme des cowboys : « Yippee! Yipeee! ». Si j’ai bien compris mes compagnons de voyage, passer un sommet porte chance. (J’imagine qu’à l’époque où l’on voyageait à pied, la tradition représentait la réussite du marcheur, pour moi, en autobus, ça ne fait que me tenir réveillé!).

Pour passer le temps, et pour me faire des amis, je montre des photos de ma famille et du Québec. Personne ne parle français ou anglais. On se fait des signes, on rit beaucoup. Les gens chantent.

Le soir, vers l'heure du souper l'autobus s'arrête, ou plutôt est arrêté par des militaires chinois. Les jeunes Tibétains qui chantaient encore à l'arrière se taisent. Tout le monde se tait. Un homme portant une mitraillette entre. Un soldat. C'est ma première mitraillette. Il marche lentement le long de l'allée. Il tient l'arme comme un outil de travail. Son regard indique qu'il est prêt à l'utiliser. Il est facile de s’imaginer qu’il l’ait déjà fait. Les gens du coin ont peur, et c’est ce qui m’inquiète le plus. Il regarde tout le monde, un à un, gravement. Je suis le seul Occidental. Mais on dirait qu’il ne me remarque même pas. On peut taper sur les Tibétains, mais défense de toucher aux touristes. Après l'inspection lente du soldat c'est l'officier qui entre. Il n'est pas armé. Il inspecte les papiers de quelques passagers et sort du bus. Fini. On nous laisse passer.

La province chinoise où je suis s'appelle le Qinghai, mais c'est de la propagande. En réalité, je suis au Tibet. En territoire occupé. Le régime sauvage de Beijing apparaît doux à Pékin, en terre Han (groupe ethnique qui compose 90% de la population et qui opprime l'autre 10%). Ici, il a l'air de ce qu'il est, une dictature qui se maintient par la force. »

On nous a dit qu’il fallait donner les Jeux Olympiques à la Chine pour la forcer à s’ouvrir au monde. C’est une idée qui a du bon, mais qui sent la lâcheté. À cause de la taille de son marché, le géant économique chinois nous fait peur. Pourtant, c’est l’État totalitaire qui devrait nous effrayer. On a tellement peur de perdre l’accès à ce marché qu’on oublie que la Chine emprisonne, torture et assassine les dissidents. On oublie que la Chine pratique une politique systématique d’assimilation des minorités, en particuliers des Tibétains, un peuple dont la culture, en voie de disparition, a enrichit toute l’humanité. On oublie que la Chine censure les journaux, emprisonne les journalistes, limite l’accès à Internet. On oublie tout ça… parce qu’on veut faire de l’argent avec le milliard et demi de consommateurs qu’elle représente. Ce n’est pas notre économie que la Chine menace, c’est notre intégrité. Croyez-vous que les Jeux y changeront quelque chose? Il faut l’espérer, et, surtout, continuer de dénoncer les excès du régime.

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