Le Gatinois René Raymond, lors de son voyage en Corée, a déposé une couronne de fleurs en l'honneur du Royal 22e Régiment, au cimetière des Nations Unies, à Busan.
La Corée cache des souvenirs plus que marquants pour René Raymond
55e anniversaire de l'armistice de la Guerre de Corée
«Il y a eu de bons moments et de mauvais moments, mais tout cela est du passé, comme on dit», voilà la perception qu'a le Gatinois René Raymond par rapport à la Guerre de Corée, qui a sévi de 1950 à 1953.
La Revue a rencontré cet homme de 77 ans qui a servi lors de cette guerre sanglante, alors qu'il n'était âgé d'à peine 20 ans. C'est qu'il revient tout juste d'un voyage de dix jours dans ce coin du monde, car le 27 juillet de cette année marque le 55e anniversaire de l'armistice de la Guerre de Corée.
Ce pèlerinage, organisé par Anciens Combattants Canada et auquel prenait part une délégation d'anciens soldats canadiens, a permis à M. Raymond de se rappeler encore plus concrètement du temps où il faisait partie de l'infanterie. Ceci est sans compter que le septuagénaire, né à Sarsfield en Ontario mais ayant grandi à Pointe-Gatineau, a aussi servi dans près d'une dizaine de pays. Il a ramené avec lui de nombreuses photographies et il est encore tout abasourdi lorsqu'il pense à l'évolution de ce pays en plus d'un demi-siècle. Il a entre autres été très impressionné en visitant la capitale de la République, Séoul, qui, avec ses quelque 10,5 millions d'habitants, est la troisième ville la plus populeuse du globe.
«J'ai vu la butte où on était quand la guerre a pris fin, en plus de voir tous les paysages», de dire René Raymond, qui se rappelle comme si c'était hier de la bataille de la colline 355, la plus importante et la plus meurtrière qu'ait vécu le Royal 22e Régiment en Corée. Marié à Lucille depuis 38 ans et père de trois enfants, Daniel, André et Michel (décédé dans un accident de la route en 1993), M. Raymond a été invité, lors d'une cérémonie là-bas, à faire la lecture de l'Acte du Souvenir et de la Prière du Souvenir, sans compter qu'il a déposé une couronne de fleurs en l'honneur du Royal 22e Régiment, au cimetière des Nations Unies, à Busan (autrefois appelé Pusan).
Lui qui est grand-papa de quatre petits-enfants (dont trois sont des garçons), comment réagirait-il de nos jours si l’un d’entre eux lui annonçait qu’il a l’intention de se joindre aux Forces armées canadiennes et d’aller en mission? «Si c’est son choix, il n’y a pas de problème. Ce n’est pas mon choix et ça dépend de ses aptitudes», répond M. Raymond, précisant du même coup qu’il est issu d’une famille de 18 enfants, dont deux ont participé à la Deuxième Guerre mondiale. Le septuagénaire croit d’ailleurs que de s’enrôler dans l’armée n’est pas forcément synonyme de danger de mort car le destin peut souvent en décider autrement.
Il cite en exemple le cas de Jonathan et Éric Leduc, deux frères soldats qui ont servi un après l’autre en Afghanistan, et qui sont décédés tragiquement le 22 juillet dans un accident de la route, à Québec. «Ils ont eu des missions terribles et ils ont réussi à passer au travers, mais arrivés au Canada, ils se tuent», dit-il, quelque peu ébranlé.
Affirmant être très sensible aux guerres contemporaines (Afghanistan, Irak, etc.), M. Raymond est toutefois d’avis que les méthodes ne sont pas tout à fait les mêmes. «Au lieu d’envoyer des troupes pour essayer de séparer des peuples ou des nations, on devrait plutôt tenter de les allier», soutient-il, pensant du même coup à la chute du mur de Berlin en 1989. «C'est mon point de vue. C'est un peu comme les Français et les Anglais», souligne-t-il en riant.
Malgré qu'il ait servi lors de cette guerre qui a marqué le 20e siècle, René Raymond est fermement persuadé d'au moins une chose: il ne s'agit pas du pire souvenir de sa vie. Ce qu'il n'oubliera jamais, c'est plutôt le décès effroyable de son fils Michel, il y a 15 ans. À l'âge de 18 ans, celui-ci, qui avait un très bel avenir devant lui car il était triathlète, retournait à la maison à vélo lorsqu'il a été happé par un camion près du pont Alonzo-Wright. «C'est le pire moment de ma vie. La guerre, elle, est oubliée», lance l'homme d'un ton émotif.
Au total, environ 26 000 Canadiens ont servi lors la Guerre de Corée. De ce nombre, 516 sont morts et 1255 ont été blessés au combat. Plusieurs autres pays faisant partie des Nations unies étaient alliés avec le Canada, tels les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, la France, la Grèce, la Belgique, la Turquie et la Corée du Sud. Les adversaires provenaient de la Corée du Nord et de la Chine.