Chronique antisyndicale
Je commencerai cette chronique en affirmant que je suis profondément syndicaliste. Les syndicats sont essentiels. Parce qu’à tout pouvoir, il faut un contre-pouvoir. Parce qu’ils permettent d’éviter des abus qui viennent presque systématiquement avec la course aux profits. Parce que leur seule présence dans une entreprise oblige l’employeur à agir avec prudence dans sa gestion du personnel. Les syndicats sont aussi au cœur de plusieurs batailles importantes pour le Québec : la défense des démunis, la francisation des entreprises, la santé et la sécurité au travail, la préservation et la création d’emplois grâce à des outils comme le Fonds de solidarité de la FTQ, et j’en passe.
Mais il y a des fois où les syndicats dérapent totalement.
Le syndicat des cols bleus de la ville de Montréal a réussi à convaincre un arbitre que le règlement adopté par la Ville pour forcer les citoyens à nettoyer l’espace devant leur domicile menace leurs emplois. Hé oui, le syndicat a convaincu l'arbitre que les citoyens qui nettoient devant leur domicile doivent être considérés comme des bénévoles et, selon la convention collective, les citoyens de Montréal n’ont pas le droit de faire du travail qui pourrait être fait par les cols bleus!!!
Ça n’a évidemment pas de bon sens. D’abord, ça va de soi que les citoyens devraient nettoyer devant chez eux. Et c’est la moindre des choses que la Ville puisse forcer les récalcitrants à le faire. Deuxièmement, si la Ville peut économiser un peu d’argent en faisant faire par des citoyens des tâches normales comme celle-là, il me semble que tous les contribuables devraient s’en réjouir. Finalement, il ne faut pas chercher loin à Montréal pour trouver des besoins (et des nids de poules!) qui ne sont pas comblés. Le syndicat devrait se réjouir de l’initiative de la Ville.
Alors pourquoi le syndicat des cols bleus s’y oppose-t-il?
Parce que ce syndicat a perdu, depuis longtemps, tout sens civique. Il n’en a rien à faire de la propreté de la ville ou du respect du contribuable. Il se bat pour sa poche en oubliant que ses membres sont aussi des citoyens et qu’ils ont des responsabilités. Il oublie aussi que si tous les syndicats faisaient comme lui, aucune ville du Québec ne serait gérable. Dans son discours public autant que dans ses actions, il est clair que le syndicat des cols bleus oublie que les ressources de la Ville sont un bien public. Ils veulent «leur part du gâteau», en oubliant que l’argent que la Ville économise ne va pas dans les poches des patrons, mais reste au service de la collectivité. Les chefs syndicaux devraient pouvoir affronter la Ville en gardant leur sens des responsabilités, et même leur fierté d’être montréalais. Être employé municipal, après tout, ce n’est pas le goulag.
Je sais que, dans le monde de l’économie, il y a des excès bien pires que ceux des cols bleus de Montréal. Il y a les banques qui font des profits indécents en ne prêtant qu’aux riches et en imposant des frais scandaleux aux petits épargnants. Il y a les compagnies d’assurances dont les profits rivalisent avec ceux des banques parce que les primes que nous leur payons dépassent ridiculement le risque qu’elles prennent. Il y a aussi les salaires des patrons des grandes entreprises qui étaient, il y a trente ans, trente fois supérieurs à celui du salaire moyen de leurs employés et qui sont, aujourd’hui trois cent fois plus élevés.
Oui, il y a des excès pires que ceux des syndicats, mais ces derniers pourraient aussi constituer une réponse à ces dérapages. Malheureusement, ils perdent de l’influence chaque fois qu’un syndicat comme celui des cols bleus de la Ville de Montréal fait honte à tout le syndicalisme au Québec. Je rêve du jour où ce seront les autres syndicats qui les dénonceront. Pourquoi pas ceux de Gatineau?