Le tremblement de terre métal d'Epicentre
La musique métal aura bientôt 40 ans et a su évoluer avec les années. En 2008, alors que les nombreux genres métal semblent converger vers une musique lourde et rapide poussée par le vidéoclip et Internet, le groupe de Death mélodique gatinois Epicentre tente de faire sa place sur un marché de plus en plus ouvert.
Symbiose du style des formations Black Dahlia Murder (Metalcore américain) et Amon Amarth (Viking Metal suédois), Epicentre a été formé il y a deux ans par cinq jeunes musiciens âgés entre 18 et 20 ans: Nick (guitare), Ian (basse), Apou (chant) et Éric (guitare), à qui s'est plus tard joint le jeu très technique du batteur J-F. Le nom du groupe est directement inspiré du noyau d'un tremblement de terre, qui, dans leurs compositions, se matérialise grâce à des cordes acérées, un chant lugubre et une batterie ultra présente (à la Behemoth, pour ceux qui s'y retrouvent!)
La richesse d'Epicentre repose essentiellement sur la variété des compos. «J'écoute beaucoup de musique et j'ai de la misère à trouver quelque chose qui nous ressemble. Sans dire qu'on est unique, on mélange certains styles et on aime les parties mélodiques», explique Ian.
Ces riffs tous plus distincts les uns des autres sont nombreux sur leur première démo éponyme de six titres, enregistrée au début de l'année au studio d'Étienne Girard du groupe de Grind gatinois, Insides Out. Six morceaux qui décrivent assez bien la polyvalence des cinq chums et qui est surtout le résultat de centaines d'heures de pratique dans leur sanctuaire (un bon vieux sous-sol de maison!).
«Pour les paroles, on traite différentes choses, autant des histoires que des choses qu'on dénonce. Sur The Masses' Throes, on parle d'environnement en disant que les humains trahissent la Terre, alors que sur 1041: The Ten Plagues, c'est plus une histoire. Et Silence Tormentor parle d'un gars qu'on a connu au secondaire», lance Éric.
D'habitude, c'est Nick qui déniche les grandes lignes de départ des chansons et il n'est pas rare que le groupe réussisse à en maîtriser une en quatre ou cinq jours. Comme tout groupe qui se respecte, Epicentre a trouvé la formule pour ne pas perdre son temps et créer à un rythme appréciable. La qualité de leur son commence d'ailleurs à se frayer un chemin parmi les fans de métal de la région. Ce phénomène a pu être vérifié cet été lors du concours musical Emergenza, où la formation s'est classée deuxième dans la région. Si elle avait remporté les grands honneurs, elle aurait participé à une compétition à Montréal, qui elle, les aurait menés en Allemagne et ultimement en Suède.
Un bon timing
Déjà bien équipé en frais d'instruments, Epicentre a décidé d'améliorer leurs outils de travail dans les prochains jours et de se concentrer sur leur recherche musicale. Confiants en l'avenir, ils ont bien l'intention de profiter du vent de popularité qui souffle sur le petit monde du métal, dont les principaux centres d'attraction sont la Scandinavie, la France, l'Allemagne, les États-Unis et le Canada. Certes, cette musique sera toujours froide et cinglante et témoignera des préoccupations des habitants de l'hémisphère nord!
«Des gens pensent encore que ceux qui écoutent du métal sont sataniques!», ajoute Nick en souriant. Ce courant de pensée est quelque peu dépassé, parce que les Black Sabbath de ce monde, bien que leur influence soit encore forte, ne sont plus au devant de la scène. Ce qui relie encore toutefois le métal à cette "peur", sont les effigies de certains groupes ou leurs pochettes qui montrent des images de destruction, liées essentiellement à leur pessimisme face au futur de la planète et de l'espèce humaine. Rares sont les groupes de métal pur et dur qui feront l'apologie du sexe et de la drogue, comme c'est monnaie courante avec d'autres styles. Les messages d'Epicentre, à l'instar des plus grandes formations métal, sont constructifs et traduisent les inégalités et les frustrations sociales.
«Y'a moins de préjugés même si le monde aime pas vraiment plus ça qu'avant, croit Ian. Mais tu sais, il y a des musiques comme le rap qui sont encore plus vulgaires…», nuance le jeune homme, qui a bien rit lorsqu'il a dit à une de ses collègues à la caisse Desjardins qu'il faisait partie d'un groupe métal; elle ne s'attendait pas à ça en voyant son apparence soignée!
Jean Pierre
Commentaire mis en ligne le 10 août 2008Très bonne entrevue. Elle démystifie le mythe du métal. Longue vie à Épicentre. Continuez à livrer des messages qui éveilleront les jeunes. Bravo et continuez les gars!