Il fait beau et chaud sous la tonnelle!
La tonnelle est une véranda sous laquelle les Haïtiens se réunissent. En Outaouais, la Tonnelle haïtienne représente bien ce symbole d'union et de fraternité, malgré les politiques douteuses qui sévissent encore en Haïti.
L'auteur Eddy Garnier en est le fier et passionnant cofondateur. Il nous a gentiment accueillis chez lui pour dresser un portrait de cette "large pergola" d'amitié qui a comme mission de promouvoir la culture haïtienne en milieu canadien.
L'immigration haïtienne se divise d'abord en deux vagues distinctes. Celle des années 60, quand des professionnels (médecins, infirmières, professeurs) sont arrivés en masse au Québec. «La récente immigration des années 70 en était une de gens modestes, non spécialisés, qui travaillaient dans des manufactures. C'est là qu'on va voir le phénomène des gangs, qui arrivent dans un cadre démocratique plus rigide. Les jeunes sont aussi aux prises avec les préjugés et se défendent avec leur force physique primaire, donc avec violence», narre M. Garnier, qui est d'avis que le passé n'est peut-être pas garant de l'avenir, mais il peut expliquer le présent.
C'est en 1987 que la Tonnelle voit le jour, 15 ans après qu'Eddy Garnier soit devenu un Québécois à part entière. «La philosophie au niveau de l'association était d'organiser des activités, d'avoir une banque d'informations représentative de la communauté haïtienne. À un moment donné, il y avait beaucoup d'associations qui se formaient, des gens de toutes sortes disaient n'importe quoi au nom de tous les Haïtiens. Les journaux d'ici en profitaient et ça faisait du tort à certaines gens. Or, la société haïtienne est divisée en strates qui ne veulent pas être représentés par d'autres classes. Alors nous avons fait une réunion où toute la communauté était représentée, on a répondu aux questions des gens et l'association a été créée. Elle avait un c.a. de neuf membres renouvelable à chaque année à moitié et des comités responsables. Il y avait de la place pour un membre de chaque organisation à la Tonnelle», relate M. Garnier.
«Quand ç'a débuté, il y avait un besoin d'uniformisation d'une communauté qui grandissait. Il n'y avait pas de comportement uniforme, des difficultés et des abus face à la langue, des politiques d'immigration et d'intégration qui changeaient en fonction des ministres et des programmes en place… Au début, le gouvernement nous aidait, dans le sens qu'il faisait des activités "100% québécoises" qu'il décidait, mais ça ne répondait pas à nos besoins. Alors on a cessé de demander des subventions, il y avait tellement de problèmes et ça nous coûtait plus cher finalement… Le Québec a presque tout perdu ses immigrants à cause des règlements sévères; la plupart des activités se faisaient de l'autre côté… Aujourd'hui, le gouvernement exerce encore un contrôle, mais ça paraît moins!»
La Tonnelle "version 2008" répond dorénavant aux besoins de ceux qui se manifestent. Elle les épaule dans leurs recherches et des activités sociales sont organisées régulièrement. «Depuis la fusion, ça va mieux pour toute la communauté noire de Gatineau. Annie-Claude Scholtès est extraordinaire et comprend l'immigration», lance M. Garnier à propos de l’agente pour la diversité culturelle à la Ville. «Mais la Tonnelle n'est plus aussi active qu'en 87. Aujourd'hui, le besoin est informatif plus que fonctionnel. Et des gens d'autres communautés et des Québécois viennent se mélanger à nous. Les activités sont limitées, alors qu'avant, elles étaient grand public», nuance Eddy Garnier.
«Le Québec est une société extraordinaire, c'est un "pays" qui évolue vite même s'il est à deux vitesses (fédérale et provinciale). Et l'ouverture des gens, je ne pense pas qu'elle va se refermer. Et au niveau politique, c'est une démocratie extraordinaire: les partis ne sont pas des ennemis, mais des adversaires qui se confrontent pour le bien-être de la population!»
Six mois pour reconstruire Haïti?
Si le Québec est une démocratie, la politique d'Haïti est fort différente. Eddy Garnier, un fonctionnaire fédéral, estime qu'en six mois, avec un peu de volonté et d'argent investi (et non donné) dans des routes, des institutions, dans des écoles, le pays pourrait renaître et être libéré du népotisme. «La situation est malheureuse et il n'y a pas de raisons! Si vraiment le monde international voulait, ça ne prendrait que quelques mois pour mettre le pays sur les rails.» M. Garnier pense aussi que la communauté internationale ne devrait pas forcer l'île à devenir un nouveau berceau de la démocratie quand ce n'est pas dans sa nature…
«Le problème d'Haïti est un problème externe, on n'a pas besoin de la Minustah (mission pacifique de l'ONU à Haïti), de la corruption, de la prostitution, de la drogue… On n'a pas besoin de ça. Et les gens qui sont là pour mettre de l'ordre, eh bien c'est souvent pire chez eux!», ironise Eddy Garnier.
Anne-Marie Louis
Commentaire mis en ligne le 1er décembre 2008Bel article en passant!
On ne n'aurait pas besoin Minustah si on pouvait resoudre notre propre probleme interne adequatement! nous memes!. J'etais de passage a Haiti pour 4 jours le mois d'octobre dernier j'ai pu constater l'effort de Minustah pour aider. Aussi, quand l'ecole s'est effondre si Munustah n'etait pas sur place cela allait etre pire.