Le modèle Wal-Mart?
Les neuf travailleurs de l’atelier automobile du Wal-Mart de Gatineau ont remporté une victoire extraordinaire sur le géant mondial du commerce au détail. Pour la première fois en Amérique du Nord, Wal-Mart doit respecter une convention collective. C’est une grande nouvelle, mais la bataille n’est pas terminée. Le porte-parole de l’entreprise au Québec affirmait que cette victoire des employés pouvait avoir « un impact significatif sur le modèle d’affaires Wal-Mart ». Mais de quel « modèle » parle-t-il? Le modèle qui nuit au commerce local ou celui qui s’acharne sur les travailleurs ?
Le commerce local
L’implantation des grandes surfaces comme Wal-Mart est de plus en plus contestée. Des profs de l’UQO ont bien souligné le problème dans un livre collectif intitulé « L’Outaouais, une région qui gagne et qui perd » : « Ces géants, localisés principalement sur les boulevards périurbains, viennent concurrencer les marchands locaux et dévitaliser les centres-villes. Ce sont souvent des entreprises à propriété extrarégionale qui offrent des salaires très bas et ne créent pas d’emplois – c’est de l’économie à somme nulle où on assiste simplement à un déplacement de la consommation. » Il me semble évident que nous ne revitaliserons jamais la rue Notre-Dame, le centre-ville de Gatineau (le vieux Hull) ou encore le Vieux-Buckingham, si on continue à faire de la place pour des grandes surfaces du genre Wal-Mart. Le soi-disant modèle Wal-Mart nuit à un développement local sain.
Les salaires
Pour pouvoir offrir les prix les plus bas, Wal-Mart doit nécessairement réduire sa dépense la plus importante : les salaires. C’est évidemment pourquoi l’entreprise est farouchement antisyndicale. Aux États-Unis, cet été, elle a mis en garde ses cadres contre une victoire possible de Barak Obama et des démocrates aux élections de novembre, affirmant qu’ils adopteraient des lois facilitant la syndicalisation. Au Québec, elle nous en avait donné une preuve de son militantisme en fermant son magasin de Jonquière l’année dernière après la syndicalisation des employés. Par ailleurs, pour obtenir de meilleurs prix, l’entreprise impose à ses fournisseurs d’ici et de l’étranger, des exigences telles qu’elle les condamne, eux aussi, à restreindre le salaire de leurs employés. En morale, pour essayer de juger de la valeur d’une action, on se demande ce qu’il adviendrait si tout le monde faisait la même chose. Si toutes les entreprises faisaient comme Wal-Mart, on reviendrait vite au capitalisme sauvage, un modèle qui n’avantage que quelques familles.
Le « modèle » Wal-Mart s’attaque aussi à ce qui est un des succès du Québec. Chez nous, un employé syndiqué fait en moyenne 4$ de l’heure de plus qu’un non syndiqué et il a cinq fois plus de chances d'avoir accès à un régime de retraite et deux fois plus de chances à des régimes d'assurance (soins de santé, soins dentaires, vie, invalidité). Grâce aux batailles telles que celle des travailleurs de Gatineau, au Québec, l’écart entre les riches et les pauvres est moins grand qu’ailleurs, nos travailleurs sont mieux protégés, il y a moins de précarité d’emploi, moins de travailleurs se blessent au travail, plus de gens ont accès à la propriété… et le Québec reste dans le peloton de tête des puissances économiques du monde.
Les neuf travailleurs de l’atelier automobile du Wal-Mart de Gatineau ont remporté une victoire extraordinaire, mais la bataille sera longue. Pour que ce géant joue son rôle en ne détruisant pas tout autour de lui, les gens qui le peuvent doivent accepter de payer plus cher pour encourager un modèle d’affaires plus rentable pour nous tous, à long terme. C’est plus facile à dire qu’à faire… comme tout ce qui est important.
Carolynn Bégin
Commentaire mis en ligne le 18 septembre 2008Je partage votre avis sur le modèle Wal-Mart. C'est malheureux d'entendre parler que bientôt il y aura une carte de crédit Wal-Mart.