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La mémoire de CKCH intacte grâce à Michel Filion

Il publie un livre sur l'histoire de l'ancienne station radiophonique

Marie-Eve Bouchard par Marie-Eve Bouchard
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Article mis en ligne le 19 septembre 2008 à 10:45
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La mémoire de CKCH intacte grâce à Michel Filion
Il publie un livre sur l'histoire de l'ancienne station radiophonique
Natif de la région, Michel Filion, comme bien des gens en Outaouais, partage des souvenirs avec la défunte station radiophonique CKCH, qui a connu ses heures de gloire de 1933 à 1964. Afin que les annales de cette station qui a joué un rôle bien particulier dans l'évolution de la région ne soient pas à jamais perdues, il a décidé de se faire témoin du temps en publiant un livre sur son histoire, CKCH, la voix française de l'Outaouais.
«Il y a maintenant 14 ans qu'elle est fermée et on allait l'oublier. Ce qui aurait été fort dommage parce qu'elle a eu un impact très important pour la région. Le monde n'a pas toujours été ce qu'il est et si on se reporte en 1933, année où est née CKCH, la région était en pleine formation», rappelle l'auteur.

Comme Michel Filion le relate dans son livre, c'est le pianiste Aurèle Groulx qui donne cette première voix radiophonique à l'Outaouais. «Il était allé jouer dans une station de radio à Détroit et il est revenu dans la région investi d'une mission, doter l'Outaouais d'une station de radio française.»

Après des débuts plutôt difficiles, la station se fait une place douillette dans le quotidien des gens de l'Outaouais. «C'était incroyable, à l'époque, comme CKCH était la seule radio française, affiliée à Radio-Canada, tout le monde écoutait la même chose au même moment. Imaginez la force de ces émissions et des gens qui les animait…», souligne Michel Filion.

L'histoire de CKCH est également truffée de grands moments, puisqu'elle a été le fer de lance de nombreuses célébrités sans oublier son rôle particulier d'autrefois. «Parce que c'était les pères Oblats qui étaient propriétaires depuis 1940, la portion éducation était très importante. On retrouvait donc des cours en ondes. Il y avait aussi des radio-théâtres, des opéras…», rappelle l'auteur.

Les déboires de la station ont commencé en 1964 lorsque Radio-Canada a décidé d'ouvrir CBOF. «CKCH se retrouvait donc privé de la moitié de sa programmation et par le fait même, de la moitié de son auditoire, explique M. Filion. Et la vraie claque a été l'ouverture de CJRC en 1968 avec son contenu plus jeune, plus yéyé, 'swing 70's'.»

C'est le hasard qui a mené Michel Filion à s'intéresser aux médias et à leur rôle en général. Plus précisément, un emploi aux Archives gouvernementales où il a à choisir entre deux portefeuilles, dont l'un est plus culturel. «Comprenant, entre autres, les fonds d'archives de Radio-Canada, l'Office national du film et le CRTC… Là, je me suis découvert une véritable passion pour les médias», se rappelle-t-il.

Si bien qu'il a poursuivi son doctorat en histoire des médias à l'Université et que sa thèse Radiodiffusion et société distinctes. Des origines de la radio jusqu'à la Révolution tranquille au Québec a été publiée, aux Éditions du Méridien en 1994. Puis, il est même le créateur de la majeure en communication à l'UQO, où il enseigne d'ailleurs tout en étant le directeur du module de sciences sociales.

L'historien et le passionné des médias a donc senti la nécessité de rappeler à la mémoire des gens l'histoire et surtout l'impact de la station de radio qui a existé pendant 31 ans.
Un projet qui s'étale sur 10 ans
Michel Filion ne s'en cache pas, écrire ce livre a été un projet de longue haleine et qui a nécessité de nombreuses recherches. «C'est un projet auquel je travaille par intermittence depuis 10 ans, estime-t-il. Une chance parce qu'au cours de ces années, j'ai eu la chance de rencontrer des gens importants dans l'histoire de CKCH, comme Henri Bergeron par exemple, qui sont aujourd'hui disparus.»
Quant à la recherche, elle fut laborieuse selon M. Filion puisque dans la vente de CKCH par les pères Oblats à Télé-Média en 1970, toutes les archives ont disparu. «C'est le drame de l'histoire. Car ils ont non seulement vendu les meubles, l'édifice ultra-moderne pour l'époque, tout comme la licence radiophonique et le fond de commerce, mais aussi tous les documents.»

Afin de retracer l'histoire, Michel Filion et ses assistants de recherche ont dû fouiller dans les archives du journal Le Droit sur microfilms. «Nous avons aussi recueilli des témoignages de gens. Mais je ne voulais pas que le livre soit uniquement basé sur des témoignages. La mémoire humaine a parfois tendance à déformer la réalité. Alors que les documents…»

Michel Filion a aussi pu compter sur la générosité des familles des ex-employés qui lui ont ouvert leurs archives photographiques, dont la collection Champlain-Marcil. Sans oublier celles des Archives nationales du Québec et ceux du Canada. «Je ne voulais pas écrire un livre qui serait lu uniquement par mes collègues universitaires, mais bien pour la communauté. Tout au cours de la rédaction du livre, je pensais à ceux qui ont connu CKCH et qui voudraient revivre cette époque en lisant ce livre. Je voulais qu'il se lise aisément.»

Et CKCH n'a pas complètement disparu des ondes puisqu'il correspond maintenant à un poste de radio country en Nouvelle-Écosse… «On n'est pas sûr que le H à la fin ait voulu dire Hull…», souligne l'auteur.

LOGO VIDÉO
Lancement public du livre «CKCH, La voix française de l'Outaouais» par Michel Filion, le 23 septembre à 11h, à l'espace Robert-Renaud de l'Université du Québec en Outaouais (283, boul. Alexandre-Taché, secteur Hull). Informations: 819 770-6377.

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