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Une interprétation majeure pour un rôle de mineur

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 25 septembre 2008 à 8:29
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Une interprétation majeure pour un rôle de mineur
Jean-Marc Dalpé
Une interprétation majeure pour un rôle de mineur
On connaît surtout Jean-Marc Dalpé pour ses écrits mordants et les prix reliés à ceux-ci, mais jusqu'à samedi à La Nouvelle Scène, le public redécouvrira dans Slague l'acteur en lui sous les traits de Pierre, un mineur déchu qui tente d'extirper sa conscience enfouie sous une tonne de minerai.
C'est la deuxième fois en un an et demi qu'un texte de Mansel Robinson sentant le passé et la rouille est joué à Ottawa. Le solo Trains Fantômes avait été présenté dans le cadre du Festival Zones Théâtrales et avait été également traduit par Jean-Marc Dalpé dans sa langue populaire, mais sincère. Y'a pas à dire, les deux auteurs ont des atomes crochus et le destin des "jobeurs" étalés par Mansel Robinson, qu'ils soient mineur ou poseurs de rails, a charmé Dalpé par leur puissance et leur tristesse.

Slague n'est pas une production éclatée. La mise en scène de Geneviève Pineault est simple, comme Pierre, qui n'amasse pas mousse depuis son accident dans la mine. Cette même grotte à pioches où a péri son fils, qui pas plus tard qu'hier dans sa mémoire, jouait encore innocemment au hockey pour se rendre dans les grandes ligues. C'est donc un homme dévasté, en fauteuil roulant, que l'on écoute parler entre deux lampées d'alcool, de sa vie présente et passée. Pas de son futur, car quand on est prisonnier de son corps et de son esprit, on vit au jour le jour, sans rien espérer…

Seul autour de sa table de cuisine, Pierre tente de se frayer un chemin sur son plancher cabossé comme le sol de la mine, comme son cœur flétri. Il déblatère sur son existence de "ver de terre intelligent", qui s'infiltre dans les pores d'une société qui ne reconnaît désormais plus le courage des mineurs, dont les poumons ne respirent que de la merde sans reconnaissance. À travers les ambiances sonores et les chants de Marcel Aymar, Pierre nous présente son ami journaliste, la blonde exhibitionniste et fêlée de ce dernier, son fils des années auparavant, mais surtout, il se livre sans détours jusqu'à ce qu'il ressorte un doigt de cette obscure mine dans laquelle il a laissé une partie de sa vie.

Le reste, il repose dans les mains de Jean-Marc Dalpé, dont les intonations toutes québécoises auxquelles il nous a habitués frappent une fois de plus en plein visage. Calé dans son fauteuil, avec son Polaroid, Dalpé ressemble à un enfant battu qui se révolte. Il a aussi l'air d'un prisonnier qui n'a jamais réussi à limer la chaîne de son boulet et qui utilise le sarcasme pour maintenir le maigre fil entre la vie et la mort.

Slague n'est pas une leçon d'histoire sur le boulot de mineur, nous savons tous et toutes qu'ils en arrachent, c'est un drame comme il y en a tant. Le genre de drame qui ne fera pas la Une. Ce n'est pas un témoignage sur la misère de vivre non plus. Retenons seulement la franchise de ce père qui a perdu tout ce qui lui était cher et ces mots bien aiguisés «qui ne se disent qu'autour d'une table à travers les seringues».
À voir à La Nouvelle Scène jusqu'au 27 septembre.

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