«Politique par laquelle on exploite les sentiments»
Toutes les campagnes électorales nous donnent de beaux exemples de démagogie. La démagogie est, selon le Petit Robert, une «politique par laquelle on exploite les sentiments». Vous me direz que tous les partis en font, mais les Conservateurs ont battu tous les records de cette campagne mardi dernier. En compagnie d’une femme dont le fils avait connu une fin atroce aux mains d’un gang de rue, Stephen Harper annonçait qu’il voulait augmenter les peines pour les ados qui commettent des crimes, peines qui pourraient aller jusqu’à la prison à vie pour des jeunes de 14 ans. Il y a un scandale et une erreur là-dedans.
Le scandale
Le scandale, c’est d’associer cette famille à l’événement. Comment s’opposer à ce que Harper affirme sans avoir l’air de manquer de compréhension pour le drame vécu par cette famille?! En procédant comme Harper l’a fait, on devient pour ou contre ceux qui souffrent : le débat devient impossible. C’est la définition même de la démagogie. On sait bien que personne ne nie l’horreur du crime, que personne ne veut être doux avec les criminels ou encore excuser leur geste. Tous les partis cherchent la justice. Ils cherchent tous à protéger la population et à s’assurer que les criminels répondent de leurs actes dans un objectif de réhabilitation. Ce sont uniquement les moyens qui diffèrent.
L’erreur
L’erreur : croire en la répression. L’idée de base des Conservateurs, c’est la punition. Il faut que les criminels paient pour leur crime et que le message soit clair pour les autres : crime = prison. La logique est limpide. Mais malheureusement pour les amateurs de solutions simples, elle ne fonctionne pas. Mais pas du tout.
Quelle province du Canada a le plus bas taux de criminalité juvénile et de récidive des jeunes contrevenants? Le Québec. Le Québec est l’endroit où il se commet le moins de crimes violents dans toute l’Amérique du Nord. Notre taux de criminalité chez les jeunes est deux fois moins élevé qu’en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique, trois fois moins élevé qu’au Manitoba et cinq fois moins élevé qu’en Saskatchewan. En 2006, Statistiques Canada annonçait même une hausse de la criminalité chez les jeunes dans toutes les provinces canadiennes… sauf au Québec. Notre taux baissait encore. Pourquoi?
Parce que l’approche québécoise est fondée sur la réinsertion plutôt que l'incarcération. C’est très exactement le contraire de ce que Stephen Harper propose. Au lieu de dire comme lui «tel crime, telle peine», au Québec on dit «tel jeune, telle démarche». C’est plus compliqué, mais avec toutes les ressources de l’État, on s’attaque à la racine du problème. Et ça fonctionne. Les résultats sont brillants. Des gens de partout dans le monde étudient notre modèle. Et ça ne veut pas dire qu’on tolère les gestes criminels. Et ça ne veut pas dire qu’on n’a pas de compassion pour les victimes. Ça veut seulement dire qu’on a fait le bon choix, que la violence recule : c’est ce que tout le monde veut.
Le message essentiel de Harper est simple (et c’est ce qui fait son succès) : œil pour œil, dent pour dent. Mais comme l’aurait dit Gandhi, avec une philosophie pareille, tout le monde finira aveugle (et édenté).
Maxime Pedneaud-Jobin
Commentaire mis en ligne le 10 octobre 2008Votre commentaire illustre très bien ce que je reproche aux Conservateurs. On ne peut pas faire de la politique à partir d'un cas horrible. Il faut voir ce qui donne des résultats. Où y a-t-il le moins de criminalité? Au Québec. Où y a-t-il le moins de jeunes incarcérés? Au Québec. Où y a-t-il le moins de récidive (toutes proportions gardées)? Au Québec. Quel est l'objectif premier? Faire baisser la criminalité. Ça marche au Québec, avec un minimum d'incacération. Et pour les cas graves, le système prévoit déjà des méthodes musclées. La proposition conservatrice ne règle rien, ce n'est de la politique politicienne.
Merci de votre commentaire.