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Kavanagh, 12 ans plus tard…

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 29 septembre 2008 à 22:40
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Kavanagh, 12 ans plus tard…
Rasé de près et approchant de la quarantaine, Anthony Kavanagh est encore très efficace sur une scène.
Kavanagh, 12 ans plus tard…
Toujours aussi beau gosse, aussi niaiseux et bruiteur, Anthony Kavanagh a fait son premier détour en 12 ans en Outaouais, ce soir à la salle Odyssée, pour un TGV de farces aussi absurdes que réalistes.
Kavanagh s’est tapé un cocktail de 100 minutes sans arrêt et sa recette était efficace: mariant agréablement les nouvelles technologies, la bêtise humaine et nos petits travers d’hominidé, en plus d’y saupoudrer des impros mordantes et des sonorités sorties tout droit de sa bouche sucrée-salée. Le bon vieux Kavanagh, le Québécois maintenant devenu citoyen français, qui s’extasie devant ses semblables, ses nids-de poule géants, ses écrans plats et ses crèmes antirides.

Le Québécois qui n’en revient pas de la situation du Québec après être parti déguster les cépages de nos cousins, qui s’ennuyait de nous malgré son bonheur transatlantique, qui se permet de pointer du doigt les Français, les Haïtiens et, subtilement, toutes les nationalités «dont-il-ne-faut-prononcer-le-nom»! Personne n’y échappe, de l’acheteur du téléphone cellulaire ou du rasoir multiservices, au métrosexuel (le sauveur de la liberté masculine selon lui) à la consommatrice de 850 shampoings… C’est frais, à jour, on aime même les blagues écrites pour faire se bidonner les Parisiens, car l’humoriste rend son discours simplet accessible et appréciable pour tous les becs, qu’ils adorent les mets exquis ou la bonne franquette.

Ça, c’est le contenu, du pur explosif sans danger pour les spectateurs. Le contenant, lui, à l’aube de la quarantaine, ne vieillit pas trop même si sa fibre paternelle et le romantique en lui se sont réveillés. Toujours aussi hyperactif et fou sur les bords, Kavanagh excelle dans l’imagerie qu’il implante en une fraction de seconde dans nos esprits, il raconte parfaitement et stimule autant notre rate que notre conscience…

Ainsi, ceux qui n’avaient vu qu’un Kavanagh sautillant partout auparavant, on pu constater que la maturité et l’éveil de ce caméléon prennent le devant de la scène. Pas besoin de gros décor, que de bons projecteurs jetés au bon moment et le tour est joué. Kavanagh endosse avec brio les traits de Jack Bauer (24 heures chrono), de Catherine Deneuve bourrée au botox ou des Beautés désespérées, sautant du coq à l’âne avec un plaisir animal.

Parlant d’animal, et c’est sans doute là qu’il se sera fait des amis ou des ennemis pour la vie, Anthony Kavanagh ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il traite de relations humaines. Direct et sans pitié, il n’hésite pas à égratigner nos habitudes de couple du 21e siècle, dans lesquelles la femme a vaincu l’homme, qui lui, cherche ses couilles qu’il a sans doute perdues chez l’esthéticienne… Faisant référence à une dizaine de reprises au singe, qui semble bien nous représenter d’après sa logique, il nous fait comprendre que sous nos airs parfumés, la petite bête en nous n’est pas bien loin.

Et question de pousser plus loin son amitié avec ceux qui avaient digéré les remarques citées plus haut, il conseille avec une verve soutenue aux hommes de bien se laver les mains aux toilettes du bureau, aux femmes de se raser la «zone féline», de ne pas cesser d’être un homme ou une femme avec ses travers et d’appeler une personne avec des gros os une… enfin, vous avez compris. Pas de cachotteries dans son livre à lui, que de la vérité plein la gueule, du gros bon sens bien translucide où les compromis ne sont pas drôles.

Ce retour au pays d’Anthony Kavanagh est une réussite pour deux claques: son style toujours aussi rentre-dedans et son audace, tant dans les textes que dans l’interprétation. Deux armes qui, mélangées avec force, font d’un humoriste de sa trempe un incontournable.

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