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Le Renouvo de la langue française ou l'art d'être lâche

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 2 octobre 2008 à 16:41
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Le Renouvo de la langue française ou l'art d'être lâche
Le Renouvo de la langue française est une autre menace parmi tant d'autres qui mélangera encore plus la langue de Ronsard.
Le Renouvo de la langue française ou l'art d'être lâche
Après la culture anglaise, au tour des partisans du Renouvo de la langue française de mettre en péril la superbe langue de Ronsard (Molière a expressément demandé grâce à son tombe-parole de ne plus utiliser son nom sans payer de droits d'auteur). Le Renouvo, c'est un ensemble de règles visant à simplifier ce que certains trouvent trop compliqué.
Vous en avez sûrement entendu parler de ce Renouvo. Voici un exemple que ce qu'on préconise: «D’une manière générale, il est recommandé aux auteurs de dictionnaires et aux créateurs de mots de privilégier la graphie la plus simple lorsque plusieurs formes sont en usage: la graphie sans accent circonflexe (ex. : allo), la forme en n simple, le pluriel régulier, etc.» Eh ben.

Encore? «D’une manière générale, il est recommandé aux auteurs de dictionnaires et aux créateurs de mots de préférer, pour l’écriture de mots nouveaux dérivés de noms en -an, le n simple, et, pour les dérivés de noms en -on, le n simple devant i, o, a (ex. : -onologie, -onaire, -onalisme, -onite.»

Je vous entends vous chamailler là… les uns, vêtus de leurs jeans tombant derrière leurs mollets (j'ai failli mettre juste un "L" pour faire cool) sont heureux, alors que ceux qui aiment ou qui ont été forcés d'aimer leur langue maternelle, on parle bien entendu du français, pas de l'à-peu-près, crient au scandale. Moi, je ne juge pas, je constate. Même si j'ai écrit dans mon titre que le Renouvo encourageait les lâches à se contempler dans la glace.

Sommes-nous vraiment pris en otage par le français? Pas celui qui veut tout savoir sur le mode de vie du chasseur algonquin quand il est en visite, celui que nous connaissons pour ses capacités à nous émouvoir avec des mots comme "sensualité", "énamourer", "poutine" et "ventripotent". Ces mots qui résonnent dans notre subconscient pour s'y graver, dans nos oreilles pour ressortir par la plume, ceux qui frappent et qui comblent.

Sommes-nous si pressés de communiquer qu'il faille absolument tronquer nos fusils à mots? Quand on entend la majorité de notre belle jeunesse, on se dit qu'un petit coup de grammaire derrière la tête ne ferait pas de tort. Violent, je suis? Écoeuré plutôt, suis-je. Pourquoi? Car je me sens seul sur mon île parfois, en compagnie de mes concitoyens qui savent s'exprimer correctement. Surtout quand mon île chevauche deux provinces, dont une est à 99% unilingue anglophone. Je prends le mors aux dents quand le vertige de la facilité me serre la gorge avec son étau, je me morfonds en grattant les murs de l'indifférence du Colisée géant que nous construisons à tous les jours pour dévorer notre pain devant nos jeux… (J'ai encore failli ne mettre que des simples lettres partout, signe que le Renouvo est déjà encré dans mon imaginaire non-collectif. Génial.)

***

Quand notre peine est à peine soulagée, on peut s'interroger sur les motivations ou, encore mieux, les sources de ce Renouvo. Est-ce la société de consommation qui se fout des conventions, est-ce le clavardage, est-ce l'attitude négligente des dirigeants à petite et moyenne échelle, ou est-ce simplement la fin d'une époque? Remarquez, ça ne peut pas être pire que la fin de la Préhistoire, où enfin l'Homo Sapiens apprenait à grogner avec une syntaxe approximative et où l'Homo Erectus... oui, apprenait à faire autre chose que des enfants et des massacres de mammouth.

On évolue après tout. Peut-être que depuis l'invention de l'écriture, le sablier gérant la qualité des caractères inscriptibles a été viré de bord pour que s'écoulent les grains… jusqu'à l'inévitable. D'après moi, la plage commence à être nue. Si nue qu'elle a besoin d'une couverture. Car au rythme où la voiture du savoir décélère, on devra former trois clans et accumuler les bêtises dignes de se retrouver dans la famille élargie du "n'importe quoi": ceux qui s'en tapent et qui "franglisent tout", ceux qui adorent le français et ceux qui s'en tapent en proposant une façon de le circoncire.

Ouch.

J'ai déjà mal. Pas vous? Le français est inutile et accessoire? Ok. Un décodeur HD aussi. Des planchers chauffants aussi. Des montres qui fonctionnent sous l'eau aussi. Des revues à potins avec "Exclusif" dessus même si la nouvelle est vieille de 3 mois, aussi. Des crèmes antirides (également appelées "masques d'Halloween") aussi. Des DVD Blue Ray version "Director's last, final and ultimate cut" aussi. Des silencieux bruyants en chrome aussi. Des classements annuels des hommes les plus riches, ceux qui s'enrichissent sur le dos des pauvres, aussi.

Paraît qui faut être de son temps. Je vais l'être. Sans renouveau.

On ne force pas quelqu'un à manger du pain blanc sans saveur quand il est habitué au pain 12 céréales.

Merde ce que j'aimerais qu'on soit en 2020 pour voir où nous en sommes…

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Roxanne G

Commentaire mis en ligne le 5 octobre 2008
Monsieur, ne pas accepter qu'une langue évolue, c'est signer son arrêt de mort. Vous n'avez qu'à regarder la belle évolution de la langue française pour vous apercevoir que celle-ci change au gré des siècles et qu'elle s'imprègne des sociétés qui l'emploient. Je suis tout à fait pour le « renouvo »! Surtout si celui-ci permet aux élèves de vivre moins de difficulté et, par le fait même, d'aimer davantage leur langue. Peut-être auront-ils davantage envie de la protéger?

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