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Gagner sa vie en jouant aux cartes… la réalité des croupiers!

Michel Moyneur par Michel Moyneur
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Article mis en ligne le 4 octobre 2008 à 7:31
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Gagner sa vie en  jouant aux cartes… la réalité des croupiers!
Sylvie Beaudoin accueille les joueurs aux différentes tables de jeux du Casino du Lac Leamy depuis son ouverture en 1996. (Photo: Michel Moyneur)
Gagner sa vie en jouant aux cartes… la réalité des croupiers!
Dans le monde du sport, l’expression «brouiller les cartes» est populaire, mais seulement au sens figuré. Dans les casinos, la même expression est aussi employée, mais sa définition se rapporte aux croupiers qui doivent voir au bon déroulement des différents jeux de hasard, dont les principaux outils de travail sont ces petits cartons étampés de cœurs, de carreaux, de trèfles et de piques.
Comme dans tout bon casino, celui du Lac-Leamy compte des dizaines de croupiers et croupières qui travaillent à toutes les périodes du jour et de la nuit pour offrir «un service de rêve» aux joueurs qui se présentent à leur table. Souvent, les gens gagnent. Souvent aussi ils perdent aux mains de la personne qui se dresse devant eux. Ça fait partie de la game comme on dit. Mais ces ambassadeurs du Casino, ceux au veston et à la coiffure bien mise, restent là dans la victoire comme dans la défaite. En plus, ils ne bronchent jamais.

Sylvie Beaudoin est un de ceux-là. En fait, elle est à son poste depuis les tout débuts de la maison de jeux qui a vu le jour sous le nom du Casino de Hull avant de devenir le Casino du Lac-Leamy après la fusion municipale. Avant de débarquer en Outaouais en 1996, elle brassait les cartes et remettait les jetons au Casino de Montréal. Elle y a été pendant deux ans.

Travaillant les jours de semaine, la journée typique de notre croupière débute à 8h45 avec un briefing quotidien de 15 minutes. Un exercice auquel doivent se soumettre tous les employés qui travaillent sur l’aire de jeu. «À ce moment-là, ce qu’on reçoit comme information c’est le taux d’occupation au Hilton, les promotions de la semaine, combien d’autobus que le Casino va recevoir et nos bons coups (des actions hors de l’ordinaire pour plaire à un client ou à un employé dans le besoin)», explique-t-elle.

Après la réunion habituelle, les croupiers se rendent à la table de jeu inscrite sur leur horaire quotidien. C’est donc dire qu’ils ignorent s’ils devront amorcer la journée à jouer au black jack, au baccara, à la bataille ou bien s’ils pourront profiter d’une pause… avant même d’avoir accueilli un premier joueur.

Même s’ils exercent leurs fonctions dans ce qu’il y a de plus beau et luxueux, le travail des croupiers est exigeant sur le plan mental. Souvent, de grosses sommes d’argent sont en jeu, donc l’erreur est à proscrire le plus possible. C’est pourquoi les pauses qu’ils leur sont accordées sont nombreuses. On parle de 45 minutes de repos pour deux heures de travail. «C’est démontré qu’au bout d’une heure, la concentration du croupier devient moindre, en raison des calculs mentaux», explique Sylvie Beaudoin.

Et la direction du Casino ne lésine pas pour voir au confort de ses employés et à ce qu’ils retournent à leur poste bien détendus. Cafétéria avec nourriture à volonté, journaux, télévision, Internet, tout est là pour plaire à tous.

Bien qu’ils se doivent de respecter un certain professionnalisme comme tout bon employé, les croupiers n’ont pas de mesures à respecter quant à la manière dont ils interagissent avec les joueurs. «On essaie de mettre une ambiance agréable à la table tout en restant dans nos règles et procédures (la façon de couper des jetons, la façon de déposer les cartes sur la table, la façon de ratisser des jetons de roulette), indique Mme Beaudoin. On vient à connaître nos clients, à la longue. Moi, en étant au Casino depuis 14 ans, les clients que je vois régulièrement et qui aiment être reconnus, je vais leur dire un petit bonjour différent que le client que c’est la première fois que je vais voir.»

Et qu’est-ce qui motive encore celle qui a eu la chance d’être de l’inauguration du Casino de Hull, le 22 mars 1996, alors que 16 000 personnes ont vu leur candidature être rejetée pour l’un ou l’autre des postes offerts à l’époque? «Le côté humain et la diversité, répond-t-elle. Même si mon travail peut être routinier à certains endroits, comme n’importe quel travail, j’ai une diversité dedans en ayant tous les jeux. Une journée je peux être au craps, une journée à la roulette, une journée au black jack.»

En contrepartie, les clients qui ne prennent pas plaisir à jouer est la facette du métier que la croupière préfère le moins. «Quelqu’un qui n’a pas de fun autour de ma table. Que je sens qu’il n’a pas de plaisir et que j’essaie, mais que ça ne marche pas», explique-t-elle.

La logique veut que bien souvent, ce soit les joueurs qui perdent de grosses sommes d’argent qui s’amusent moins que les autres. Et comme toute chose, le jeu peut créer une dépendance qui peut s’avérer néfaste. De là l’expression «la modération a bien meilleur goût».

Comme tous ceux qui doivent composer avec la clientèle du Casino, les croupiers sont formés pour reconnaître les joueurs compulsifs. Mais il est rare qu’ils interviennent directement auprès d’un client qui perd de grandes sommes. Cela ne signifie cependant pas qu’ils ferment les yeux sur les situations de joueurs possiblement en détresse.

«On est au déroulement du jeu, donc on ne peut pas arrêter le jeu pour la personne. Mais on peut émettre le problème à notre chef de table, qui lui, peut prendre le client à part et lui parler un à un», soutient Sylvie Beaudoin.

Questionnée à savoir ce que les gens ignorent le plus de son métier, la croupière affirme que les règles qui entourent l’intégrité du jeu représentent la chose la plus inconnue du grand public. «Les gens qui jouent souvent au même jeu vont me voir faire, en général, les mêmes mouvements. Mais quelqu’un pour qui c’est la première fois qu’il vient au Casino il va dire "wow" parce qu’on fait tous les mêmes choses. Ce sont nos règles et procédures qu’on doit respecter pour l’intégrité du jeu», explique la croupière qui assure du même coup qu’il n’y a rien de truqué au Casino… pour ceux qui en douteraient encore!

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