Le Gatinois Clément Bélanger tient dans ses mains le constat d’infraction de 154$ qu’il a reçu, et en médaillon, on peut apercevoir le panneau de signalisation à la source du conflit.
Un signal lumineux pour autobus source de bien des questionnements
La STO dit que la balle est dans le camp du ministère des Transports du Québec
Vous avez déjà aperçu le petit signal lumineux de couleur blanche que l’on retrouve aux côtés de certains feux de circulation d’importantes intersections de la municipalité? Celui-ci a comme fonction de donner l’autorisation d’avancer aux chauffeurs d’autobus, et est très utile lors des heures de pointe. Mais pour le Gatinois Clément Bélanger, il est source de bien des questions.
Tout a commencé un beau matin du 21 août, lorsque ce père de famille circulait en direction sud sur le boulevard Gréber, comme à tous les jours depuis un an, pour se rendre au travail. Étant en compagnie de son épouse et de ses deux enfants, l’automobiliste empruntait la voie de droite réservée au transport collectif. Arrivé à l’intersection de Gréber et de la rue Saint-Louis, il a patienté au feu rouge mais le signal lumineux, aussi appelé «feu cigare», s’est allumé, si bien qu’il a poursuivi sa route.
Quelques secondes plus tard, quelle ne fut pas sa surprise lorsque deux policiers en motocyclette l’interceptent et lui demandent de s’immobiliser. La raison de l’arrestation? Il aurait brûlé un feu rouge. Clément Bélanger explique alors aux agents que ce signal lumineux est réservé aux utilisateurs de la voie réservée (autobus, taxis et véhicules ayant trois passagers ou plus), mais ceux-ci lui ont dit qu’ils n’étaient pas au courant de cette règle et qu’ils vérifieraient le tout. Ils lui ont dit qu’un constat d’infraction lui serait acheminé par la poste s’il était bel et bien dans le tort.
Le comble du comble pour M. Bélanger, c’est que des panneaux de signalisation (voir photo) indiquant clairement noir sur blanc que ce signal n’est pas uniquement réservé aux autobus étaient installés sur le boulevard Fournier, un peu plus loin. Et par pure coïncidence ou non, nul ne le sait, ces affiches ont été retirées au cours du mois de septembre. Pour ajouter à sa frustration, il a reçu un constat d’infraction de 154$ exactement un mois après l’incident.
Celui-ci dit aussi avoir contacté le 3-1-1 le jour même de l’incident mais, surprise, deux préposés plutôt qu’un lui ont répondu que sa manœuvre était tout à fait… légale. «Il y a une zone grise, ce n’est pas clair pour personne», estime M. Bélanger. «Je dénonce le fait que c’est une voie réservée au transport collectif, mais qu’on y retrouve plein de contradictions, comme ce signal lumineux-là. Il faut vraiment régler la situation, car il y a différentes interprétations. Le discours est différent tout dépendant à qui l’on parle», rajoute le plaignant.
«On dit que l’Outaouais est avant-gardiste, donc au lieu de reculer, on devrait avancer. L’environnement, on le sait, c’est un sujet chaud. En plus, on arrête pas de répéter qu’il faut favoriser le covoiturage», estime-t-il.
SPVG et la STO: deux avis qui divergent
Du côté du Service de police de la ville de Gatineau (SPVG), on soutient que selon le Code de la sécurité routière, ce fameux signal lumineux est réservé aux autobus et qu’en conséquence, l’homme n’avait pas le droit d’avancer à ce moment-là.
À la Société de transport de l’Outaouais (STO), on reconnaît qu’il y a problématique et qu’il s’agit d’un premier cas du genre. Par contre, on renvoie la balle au Ministère des transports du Québec (MTQ). C’est qu’à l’époque, au milieu des années 90, lorsque les feux cigares ont été installés, des panneaux ont aussi été disposés sur la route. Ceux-ci indiquaient que les voitures transportant trois passagers ou plus avaient aussi l’autorisation de circuler lorsque le signal lumineux s’allumait, mais il s’agissait d’une situation unique à l’Outaouais, si bien que celle-ci n’a jamais été officiellement reconnue par le MTQ.
«L’exception n’a jamais été clarifiée. En quelque part, personne n’a tort et personne n’a raison», soutient la responsable des affaires publiques et porte-parole de la STO, Céline Gauthier. «Par contre, la STO s’engage à ramener cette question-là sur la table, pour éclaircir la situation, afin de ne pas pénaliser les gens qui font du covoiturage», ajoute-t-elle.
Mme Gauthier ne nie pas qu’il est illogique que conducteur de la première voiture à l’avant n’ait pas la permission d’avancer lorsque, par exemple, une file de plusieurs autobus se trouve derrière lui. «C’est normal quand on fait du covoiturage de s’attendre à bénéficier des avantages d’une voie réservée», dit-elle.
«Il y a une zone grise et il faut qu’elle soit solutionnée rapidement. Nous, ce qu’on demande, c’est la tolérance de la Ville et des forces policières tant que la situation n’est pas éclaircie. On est comme entre l’arbre et l’écorce», affirme Céline Gauthier.
Chose certaine dans cette histoire, c’est que bien des questions demeurent sans réponses, et M. Bélanger affirme n’avoir nullement l’intention de payer son constat d’infraction. Il compte plaider non-coupable et aller présenter la situation devant un juge. En plus, il dénonce ce qui a été rédigé sur son constat d’infraction, soit «Conducteur d’un véhicule routier face à un feu rouge a poursuivi sa route avant qu’un signal lui permette». «Les policiers n’ont même pas eu l’honnêteté d’indiquer ce qui s’était réellement passé», lance-t-il pour conclure.