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«On s'était donné rendez-vous dans dix ans…»

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 20 octobre 2008 à 15:40
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«On s'était donné rendez-vous dans dix ans…»
Le temps passe vite quand on a quitté le secondaire…
«On s'était donné rendez-vous dans dix ans…»
J'arrive de vacances plus ou moins méritées. Durant cette disette d'une dizaine de jours, en plus de suivre avec une passion improbable les élections fédérales et le Sommet de la francophonie – dont la nouvelle principale fut que Stephen Harper a mangé du cerf québécois au Château Frontenac – j'ai vécu un événement plutôt spécial: mon conventum ("retrouvailles" pour les intimes) du secondaire.
Le lendemain, la chanson de Patrick Bruel, Sur la place des grands hommes, m'est revenue en tête: «On s'était donné rendez-vous dans dix ans - même jour même heure mêmes pommes - on verra quand on aura trente ans sur les marches de la place des grands hommes.» Sauf que nous, on a 26 et 27 ans ça s'est passé dans le bois. On fait ce qu'on peut, hein!

Dix ans. Déjà. Le temps où on se tenait en groupes de ruminants en se lançant de la bouffe par la tête en jouant aux cartes sur l'heure du midi. Ce temps-là. Quand on essayait d'être meilleur que le sportif blond adoré des filles, quand on mangeait de la pizza pour alimenter nos boutons, quand on bavait sur des filles pas faites pour nous et que ces dernières salivaient sur le blond sportif qui n'avait pas grand-chose à offrir à part son attitude de blond sportif, quand on portait tous les mêmes trucs laids… Oui, j'avais peur que cela se reproduise le temps d'une soirée; je suis réaliste et pas du tout paranoïaque.

Eh bien, imaginez-vous que malgré ce qu'on m'avait dit sur la platitude de ces soirées où tout le monde ne fait que se vanter, j'ai aimé jaser avec mes moyennement vieilles connaissances du secondaire. Comme la moitié des finissants de cette année-là, qui ont bravé les dangers de la Réserve faunique des Laurentides – la route de la mort pour les habitués - pour se rendre au Saguenay et aller en boire une "froide sans montagne qui devient bleue" en bonne compagnie. Les autres? Travaillaient. En n'avaient rien à foutre. Allez savoir.

Premier constat en arrivant: dix ans, avant 30 ans, ça ne change pas le monde. Psychologiquement, oui, mais pas physiquement. À moins d'avoir une mémoire de mulot, le nom de ceux et celles qui ont partagé notre quotidien durant cinq ans nous reviennent automatiquement en tête. Et ça nous fait plaisir de retourner en arrière, de rire des vieilles farces plates qu'on ressassait jour après jour, ça fait du bien de voir qu'on n'est pas le seul à avoir pris de la bedaine ou à avoir perdu des cheveux, ça fait du bien de voir que les belles filles sont maintenant moyennes alors que les moyennes de jadis sont rendues belles, ça fait du bien juste de les revoir, qu'on ait des atomes crochus ou droits.

Ce qui est fascinant de constater également est que la maturité qu'on a acquise avec les années chasse la plupart de nos appréhensions. Vous étiez antisocial au secondaire? La situation s'est probablement améliorée avec le temps, à moins que vous soyez amateur de philosophie nihiliste, et même là… les éternels étudiants peuvent être agréables à moins de laisser leurs crocs mal détartrés à la maison. Vous étiez impopulaire au secondaire? Votre estime de vous rehaussée vous vaudra peut-être des éloges. Vous étiez bon à rien au secondaire? Votre situation professionnelle et personnelle que vous étalez sans pudeur risque de faire pencher la balance en votre faveur. Ça, c'est évoluer.

Et c'est ce qui nous trotte dans la matière grise le lendemain, en fredonnant cette chanson de Bruel. «T'as pas changé, qu'est-ce tu deviens, tu t'es marié, t'as trois gamins… t'as réussi, t'as fait médecin et toi Pascal, tu chiales toujours pour rien!» Les souvenirs. Ces impérissables souvenirs et la joie de voir que nos anciens camarades sont heureux. Qu'ils marchent et respirent encore. Que vous n'êtes pas le seul à aimer votre vie, qu'une ambiance positive plane… Et là, vous vous demandez: est-ce une coïncidence, l'école où nous avons appris des trucs et niaisé serait-elle la source de cette fierté généralisée? Pense que oui.

Bon, ok, un conventum n'est pas l'occasion de verser des larmes ou de se péter les bretelles; après tout, c'est une soirée style beuverie-souper-danse. Mais contrairement à des congrès ou des partys d'employés, il y a cette fibre nostalgique qui comble une partie de notre cœur qui désire se rappeler. Se rappeler qu'il a été jeune et insouciant.

Me revoilà parti… sniffe.

Tout ça pour dire qu'un conventum, ça ne se vit qu'une fois. Et ça marque.

«Et si on se donnait rendez-vous dans vingt ans…?» Rides, faillites, divorces, récits de voyage et histoires de bébé en prime…? Merde, j'ai trop hâte.

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