«La forêt québécoise doit se relever rapidement après la crise» - Guy Chevrette
La crise économique touche très durement l'industrie forestière québécoise, déjà sur le respirateur artificiel depuis plusieurs années. Et d'après le PDG du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Guy Chevrette, quand l'économie reprendra, il faudra éviter d'être encore la dernière province à en profiter.
M. Chevrette en était mercredi matin à son septième arrêt d'une tournée québécoise d'information. Avant de rencontrer la presse, il a discuté avec les membres régionaux du Conseil, qui redoutent évidemment les contrecoups de cette crise économique.
«La crise se réglerait demain matin et on serait les derniers à profiter de la reprise, soutient-il. On est les premiers à "planter" parce que notre fibre est la plus chère, nos coûts de production sont les plus élevés et on est les derniers à embarquer parce que c'est toujours le même maudit problème: notre fibre est la plus chère en Amérique du Nord, nos copeaux sont les plus chers au monde et on veut une industrie compétitive…?»
«Faudrait profiter du temps de crise et c'est un peu l'appel que je lance aux politiciens de tous les partis, aux élus municipaux de tous les niveaux, ajoute-t-il. Appuyez-nous s'il-vous-plaît, on a besoin de correctifs pour qu'on nous donne, au Québec, le même contexte d'affaires, les mêmes règles du jeu comparables nous permettant d'être compétitif avec l'Ontario.» Le Québec vend son mètre cube de bois 7,50$ de plus cher qu'en Ontario.
Guy Chevrette ne veut pas de subvention, mais un encadrement d'affaires qui donnerait à la province riche en feuillus et conifères les moyens de ses ambitions. Dans le Pontiac surtout, un secteur de l'Outaouais où la crise est désastreuse.
La compétitivité du Québec est l'objectif numéro un du PDG, qui n'en revient pas que des camions de la Colombie-Britannique continuent d'affluer avec leur chargement.
Le manque de relève du côté de la main-d'œuvre spécialisée inquiète aussi M. Chevrette. Les inscriptions dans les baccalauréats en foresterie sont très faibles et font craindre le pire à l'ancien ministre. La solution la plus plausible, selon lui, serait que les centres de formation professionnelle prennent le relais et compensent le manque d'intérêt de certains jeunes ou le transfert de techniciens forestiers vers le secteur minier dans des régions comme l'Abitibi.
Rencontre à Québec
Appuyé notamment par une dizaine de partenaires municipaux, syndicaux, coopératifs et du monde de la chasse et de la pêche, Guy Chevrette rencontrera demain matin le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard. Le but de cette rencontre est d'exprimer une inquiétude unanime sur le Livre vert déposé par le ministre en février. Ce Livre contient neuf axes d'intervention, dont l'établissement d'un marché concurrentiel des bois provenant des forêts du domaine de l'État.
S'il avoue qu'aucune recette miracle n'existe, Guy Chevrette estime que les actions qui seront posées dans les mois à venir ne doivent pas nuire au marché avec les Américains. Un exemple de mesure qui rendrait tout le monde heureux serait, d'après M. Chevrette, la détaxation du carburant des machineries forestières. En autant que le Québec se rapproche de l'Ontario, il est ouvert à toutes les suggestions…