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Ah que le sable a sablonné…

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 29 octobre 2008 à 22:15
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Ah que le sable a sablonné…
Andrée Lachapelle est brillante dans son rôle de Winnie. (Photo: Marlène Gélineau-Payette)
Ah que le sable a sablonné…
D’une netteté artistique prodigieuse et d’une sensibilité savamment consommée, Oh les beaux jours de Samuel Becket marquera jusqu'à samedi le touchant retour d'André Brassard au CNA.
La rumeur voulait que la santé d’André Brassard l’empêche de renouer avec sa plus grande passion, mais semble-t-il que son sens de l'esthétisme soit encore alerte. De pair avec une Andrée Lachapelle toujours aussi jolie et surprenante, il a concocté un bien confortable cocon autour d’un sujet auquel personne n’échappe: le vieillissement. Ce bon vieux vieillissement avec ses souvenirs, sa solitude et ses courts instants de bonheur… qui n'auraient fait sourire personne des dizaines d'années auparavant.

Le rideau s'ouvre: comment Andrée Lachapelle réussira-t-elle à soutenir l'attention du public pendant 90 minutes sous les traits de Winnie, qui, statique dans un immense monticule de sable bleue qui l'avale jusqu'au nombril, n'aura que des mots –ou son mari cadavérique Willie (Roger La Rue) qui se meut avec la vitalité d'une sangsue- pour mettre notre âme en lambeaux…

Quand le rideau se referme, un flot de paroles sans attaches aura franchi les limites de la salle, du Beckett à son meilleur. Vêtue d'une robe fleurie qui nous fait deviner la coquette vie passée de la dame, Andrée Lachapelle habite son texte et rend une infinité de non-dits avec une maîtrise superbe. Jouant dans un registre extrêmement varié, ses intonations et expressions volent la vedette à ces lignes simples de Beckett, sans doute quelques-unes de ses plus accessibles. Prima dona, oiseau blessé, tristement nostalgique, tous les manteaux se fondent et confondent un public avide de soubresauts.

La mise en scène d'André Brassard est ingénieuse et la métaphore qu'elle placarde rejoint chacun de nous. Reine enfermée dans sa fourmilière mouvante, Winnie arrivera-t-elle à (re)trouver la joie des jours heureux, à ressentir les vibrations d'antan grâce à des objets fétiches, les cloches de son enfance pourront-elle la garder éveillée, saura-t-elle s'armer de sourires avant l'assaut final? Ces interrogations sont des grands mystères de l'existence et la production d'Espace Go les remet sur le tapis avec conviction et douceur.

Somme toute, Beckett et André Brassard n'auront pas voulu appauvrir les couples vieillissants ou les plaindre avec Oh les beaux jours. Winnie et Willie ne sont que deux tourtereaux dont les tourniquets sont plus grinçants, qui cherchent leur coin d'ombre ou leur rayon de soleil quotidien, qui se font leur cinéma en noir et blanc afin de colorer leur présent.

Bien qu'un peu long et redondant dans sa forme, ce merveilleux spectacle aura permis aux projecteurs d'illuminer une fois de plus l'immense dévotion d'Andrée Lachapelle pour le théâtre. Soutenue avec justesse par Roger La Rue et guidée par un grand des planches, elle sublime Oh les beaux jours et en fait un doux parfum appréciable par toutes les générations.

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