Le nec plus ultra d'Oscar Wilde au Théâtre de l'Île
Les artisans du théâtre communautaire feront encore des siennes au Théâtre de l'Île avec L'importance d'être constant, l'œuvre la plus appréciée du répertoire aigre-doux d'Oscar Wilde.
«C'est un petit bijou, le meilleur d'Oscar Wilde», assure la metteure en scène Lucie Jauvin de la troupe étudiante du Cégep de l'Outaouais, Les Fous de la Rampe. «Il avait vraiment un esprit brillant, toujours un mot d'esprit au bon moment (aphorisme). Dans cette pièce, il va au bout de sa logique des dandys, ces riches élégants blasés…»
Le texte écrit en 1895 projette le spectateur dans la société victorienne guindée et artificielle d'où émanent des personnages semi-réels. Deux jeunes femmes partagent le même fantasme absurde: se marier avec un gentleman qui se nommerait Constant. Pleines d'innocence (?), les demoiselles tomberont sur deux dandys extrêmes, qui ne s'appellent évidemment pas Constant malgré ce qu'ils laissent croire, dont la ruse et le mensonge sont les principales qualités… Se greffent à ce quatuor dépareillé deux autres tourtereaux, un pasteur anglican, une gouvernante tordante et deux domestiques.
Lucie Jauvin convie le public à un trépidant mix de vaudeville et d'humour intelligemment fin. «C'est très drôle! Il y a de l'humour très "gros" et facile à capter, mais à plusieurs couches, à deux et trois sens. C'est une pièce qui nous surprend constamment, les rebondissements sont inattendus. On va tellement loin dans l'imaginaire dans les personnages!»
«Il y a des sous-entendus pas toujours explicites et il n'y a presque pas une phrase qui n'a pas de double sens. Les gens ne rient pas tous au même endroit et presque toutes les répliques font rire, poursuit la passionnée. Visiblement, Oscar Wilde aimait jouer avec le langage et le paradoxe des mots…» De quoi donner du fil à retordre aux comédiens et comédiennes, qui ont accompli un boulot colossal d'après Lucie Jauvin. «Ce sont des gens généreux de leur temps et ça produit des résultats extraordinaires», dit-elle.
La société sous la loupe
«Oscar Wilde était très cynique par rapport au monde dans lequel il vivait (famille aisée), y'a rien qu'il n'attaquait pas. La société victorienne était très puritaine et tous ses personnages trouvent le moyen de contourner le rôle qu'ils devaient remplir dans cette société. Tout le monde joue avec la règle sociale sans la heurter, subtilement… Les gens sont si sincères dans leurs mensonges et leurs vanités que c'en est surprenant, tous les personnages sont des monuments en soi.»
La metteure en scène considère que les lignes d'Oscar Wilde n'ont pas perdu de leur mordant dans la société moderne. «On est dans un monde de téléréalité, on est là pour l'image, pour se montrer, pour paraître…» Wilde aurait-il alors été en avance sur son temps, en soulignant à traits minces mais précis les vices psychologiques des hommes et femmes de son époque? Selon Lucie Jauvin, l'humanité a constamment eu la fâcheuse habitude de se mentir et de courir après le fric…
Avant-gardiste ou non, le fier auteur est ironiquement et tragiquement décédé à Paris, seul, après avoir passé deux ans en prison. Deux mois après la création de L'importance d'être constant, le père d'un de ses bons copains l'avait injurié en le traitant de sodomite en apprenant qu'il était gai. Wilde l'a traîné en cour pour atteinte à sa réputation, mais il a perdu quand son homosexualité a été rendue publique. «Les gens qui l'applaudissaient le calomniaient. Il est mort isolé alors que sa pièce est tellement joyeuse et célèbre l'amour de la vie!», fait remarquer Lucie Jauvin.
Cette célébration a lieu du 5 novembre au 13 décembre, à 20h, et les 23 et 30 novembre à 15h. Billets: 819 243-8000 ou
www.ovation.qc.ca.