PLAIRE À TOUT PRIX (1)
Madame Langevin de Gatineau m’écrit: «Nous nous intéressons de plus en plus au vin et aimerions savoir quelles bouteilles acheter pour consommation dans cinq ou dix ans sans risquer d’être déçus lorsqu’on les ouvrira... le choix est tellement grand...».
(voilà une question qui m’oblige à élaborer puisque quelque peu complexe... réponse en deux temps, suite lors de la prochaine chronique).
Lorsque vient le temps de se procurer un vin, qu’il soit rouge ou blanc, liquoreux ou effervescent, néo-zélandais ou du Vieux Continent, le consommateur a l’embarras du choix. Jamais le jus de raisin fermenté n’a été aussi accessible qu’il ne l’est maintenant. Jetez un coup d‘œil aux tablettes de votre SAQ. L’offre est vaste, vous est proposé un océan de rapports qualité/prix fort intéressants issus de partout sur la planète.
Mais la majorité des vins produits dans le monde sont de consommation courante, de plaisir immédiat et de ce fait, ne possèdent pas les qualités requises pour vieillir au cellier pendant de nombreuses années. S’éclipseront rapidement, en l’espace de quelques mois sinon d‘une ou deux années, structure, fruité, arômes. Nul besoin alors d’encombrer «à la caisse» votre cellier avec ces vins disponibles çà et là quasi en tout temps.
Pour l’amateur aguerri en quête de vins fins arrivés à maturité, un réel défi se pose. Disponibilité de plus en plus limitée puisque nombre grandissant d‘acheteurs, prix de plus en plus prohibitifs puisque forte demande. Alors que faire? Deux options pour celui ou celle en quête du nirvana gustatif: soit vider son compte en banque soit coucher aujourd’hui au cellier des vins aptes au vieillissement pour demain en profiter pleinement. Si vous optez pour cette dernière alternative, misez sur des bouteilles rares, de qualité, au potentiel de garde prouvé, moyen et long.
Vous êtes tout nouveau dans ce plus que fascinant monde du vin et ne savez trop quel itinéraire prendre ? Dirigez-vous vers des styles de vins que vous avez déjà expérimentés, appréciés. Vous avez jubilé devant ce petit Domaine Zédé de l’appellation Margaux ou ce modeste Runamok Shiraz australien payés quelques dollars ? Parions que le Château Rauzan-Ségla ou le Kilikanoon Shiraz Covenant vous titilleront vivement les papilles. Cinq à dix fois plus coûteux que les vins précédents — en matière de vin, quoiqu’on en dise, oui ! la qualité a un coût, ils mettront votre patience à rude épreuve, mais sauront indubitablement récompenser cette longue attente de 5, 10 voire 15 ans.
Quelle déception que d’ouvrir une bouteille, en tomber follement amoureux et... ne plus en avoir une seule au cellier. Achetez alors 3, 6 ou 12 exemplaires dudit vin afin d’éviter ce coït gustatif interrompu et de jauger son évolution sur plusieurs années. Dans l’éventualité où la déception était au rendez-vous ou qu’au fil des ans, vos goûts tout simplement muaient vers des cieux vinicoles plus cléments, échangez ce qui vous reste de bouteilles avec un amateur dans la même situation que vous. Ainsi, vous ferez peut-être de nouvelles découvertes en ne perdant rien au change.
RECOMMANDATION DE LA SEMAINE
Dan Aykroyd Discovery Series Cabernet Merlot 2007
Canada - Ontario - Péninsule du Niagara
Code produit SAQ 10967426
16,95$/750 ml
Marilyn Monroe... Elvis Presley... Wayne Gretzky... Mike Weir... Gérard Depardieu. Toutes des stars associées à des vins à l’égard desquels je suis toujours un peu méfiant puisque (trop) souvent racoleurs, surfant plus souvent qu’autrement sur le contenant plutôt que le contenu. Marketing ! Mais exceptions il y a, notamment, les vins du pilote F1 Jarno Trulli et ceux du comédien canadien Dan Aykroyd (Blues Brothers, Ghostbusters entre autres).
Comparé ce jour-là à quelques Bordeaux dont les prix sont deux à trois fois supérieurs, le Discovery Series Cabernet Merlot 2007 surprend par son excellent rapport qualité/prix. Malgré qu’il soit encore poupon, ce vin est déjà accessible. Arômes de cerise noire et de mûre, de vanille et de cèdre, l’attaque en bouche est fraîche, bien équilibrée, une matière soyeuse d’une finale de longueur moyenne. L’ensemble pour l’heure est un peu timide, mais tous les éléments y sont pour éventuellement déclencher le facteur plaisir. Pas de grand jeu de séduction ni parodie, on mise ici sur l’authenticité. À boire dans les deux à cinq prochaines années.
Encore un vin canadien qui étonne. Ils se font de plus en plus nombreux, et c’est tant mieux !
Accord : cuisse de canard confite et pleurotes eryngii sautés au beurre échalote