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Maxime Pedneaud-Jobin par Maxime Pedneaud-Jobin
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Article mis en ligne le 11 novembre 2008 à 9:00
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Un des derniers
Le temps a rattrapé Guy Jobin. Pour la première fois depuis des années, il ne pourra pas assister aux cérémonies du jour du Souvenir. Son corps de 86 ans ne le lui permet plus. Les vétérans de la Deuxième guerre mondiale ont vaincu la tyrannie, mais ils ne vaincront pas la mort. Accroché à une vie qu’il aime passionnément, mon oncle Guy fait partie des derniers témoins de la plus grande boucherie de l’histoire de l’humanité.

En 1943, Guy Jobin avait vingt ans. Il s’était porté volontaire pour contribuer à libérer l’Europe. Son sens du devoir a fait de lui un canonnier sur le porte-avions Nabob. Il fera la route entre l’Amérique et Mourmansk, un port de Russie. Seule voie permettant de ravitailler les Soviétiques, elle était patrouillée par les sous-marins et les bombardiers allemands, ainsi que par le Tirpitz un des plus puissants navires de guerre de la flotte allemande.

Le 22 août 1944, les avions du Nabob participent à une opération contre le Tirpitz. Le géant allemand est touché, mais il flotte toujours. Plus tard dans la journée, à 17 h 16, la riposte allemande arrive du fond des mers. Le Nabob est torpillé. Grâce à l’efficacité et au courage de ses 800 marins, il reste à flot. Une vingtaine d’hommes sont tués ou portés disparus. On transfère une partie de l’équipage sur des navires venus à la rescousse. Une poignée de volontaires, dont Guy Jobin, restent à leur poste pour permettre à l’énorme navire de se réfugier en Écosse. Durant cinq longs jours et six longues nuits, ils couvrent une distance de 1 800 kilomètres sur une mer hostile infestée de sous-marins ennemis. Dès l’arrivée au port, plusieurs marins sont hospitalisés. La tension, le froid, l’humidité et le manque de sommeil auront eu raison d’eux. Pendant près de deux ans, Guy Jobin ira d’hôpital en hôpital. À la suite d’une paralysie totale des jambes, on lui dit qu’il ne marchera plus. À force de volonté, il fait mentir les médecins et retrouve l’usage de ses jambes. Ses vingt ans à lui, c’était ça.

Chaque année, le jour du Souvenir, je pense à mes oncles Guy Jobin et Rhéo Couture, à ceux et celles qui ont donné une partie de leur jeunesse, sinon leur vie, pour défendre la liberté. Après la Première Guerre mondiale, nos grands-parents disaient « Plus jamais ça ». La Seconde Guerre a fait entre 40 et 52 millions de morts, civils et militaires. Cinq ans plus tard, la guerre de Corée faisait 4 millions de morts. Vingt ans plus tard, le décompte commençait au Vietnam : il s’arrêtera aussi à 4 millions de morts. Et ça continue. Tous les jours, des soldats et des civils tombent en Irak, en Afghanistan, au Congo, au Darfour, en Tchétchénie.

J’ai toujours eu un malaise avec le fait que le « souvenir » soit uniquement celui du sacrifice des combattants. C’est évidemment la priorité, mais c’est aussi une façon de fuir un autre souvenir. Car la guerre est toujours le fruit d’erreurs tragiques dont nous devons également nous rappeler. Celle des Allemands qui ont élu démocratiquement Hitler. Celle des démocraties, dont la nôtre, qui ont été des modèles de lâchetés pendant la longue montée des nazis. Celle de millions de citoyens dans le monde qui sont restés passifs jusqu’à décembre 1941 alors que l’Europe était à genou et qu’Hitler était à 50 km de Moscou. Au moment d’acheter notre coquelicot, il faut penser à Guy Jobin et à ses compagnons, mais aussi aux gestes que nous devrions faire aujourd’hui pour éviter les guerres de demain. Est-ce que nous dénonçons les régimes totalitaires (la Chine par exemple)? Est-ce que nous combattons les injustices économiques et sociales dans le monde? De notre réponse à ces questions dépendra notre obligation d’envoyer, ou pas, des jeunes de vingt ans réparer les pots cassés.

Je vous laisse sur cette dédicace que mon oncle Guy a écrite pour ma sœur dans un exemplaire d’un livre sur l’histoire du Nabob :

« Léguer son histoire à la postérité pour nous, les marins canadiens du Nabob, était une question d’honneur. Loin de nous l’idée de glorifier la guerre… mais plutôt de perpétuer le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus avec nous, ayant accompli leur devoir jusqu’au bout. Nous nous souviendrons. Guy »

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Daniel Jobin

Commentaire mis en ligne le 22 janvier 2009
Chaque fois que je raconte l'histoire de mon oncle Guy à ma famile ou à mon entourage,je ressent un immense sentiment de fierté.

Merci oncle Guy.

Michel Rioux

Commentaire mis en ligne le 7 décembre 2008
Bonjour,

J'ai eu le privilège de travailler plusieurs années avec Guy Jobin à Hydro-Québec de St-Jérôme. J'aimerais, si vous voulez bien, pouvoir aller le voir. Est-il possible d'avoir son adresse ou son numéro de téléphone à Hulle pour le joindre. Si vous le voyz, demandez-lui s'il se rappelle de Michel Rioux qui travaillait en mécanographie. Je suis maintenant maire de Fassett en Outaouais. À ma prochaine visite à Gatineau, je pourrais aller le voir.

Michel Rioux
Tél : (819) 423-6988

Marie Jobin

Commentaire mis en ligne le 19 novembre 2008
Juste un petit mot pour te souligner que mon papa a été bien touché et très très fier ! tu le connais....il a fait plusieurs photocopies qu'il a distribuées à sa famille, ses amis. Un sincère merci, du fond du coeur !

Caroline Jobin

Commentaire mis en ligne le 13 novembre 2008
Merci Maxime pour ce texte très touchant.

Anne-Marie Soucy

Commentaire mis en ligne le 13 novembre 2008
Oh...
Ca me touche vraiment beaucoup.
ON L'AIME GRAND-PAPA GUY!
Nous sommes tous et toutes très fiers de lui, et de tous les autres combattants.

Michel Tanguay

Commentaire mis en ligne le 12 novembre 2008
Très touchant l'histoire de ces hommes,je devrais dire ces héros Québécois. Comme ancien membre du Royal 22ième
Régiment,c'est toujours avec une grande fierté que nous lisons de tels faits d'armes.

Jean-Marc Desrochers

Commentaire mis en ligne le 11 novembre 2008
Excellent article rendant hommage non seulement à votre parent, mais à tous ceux qui auront été sous les drapeaux, à un moment ou un autre, et qui auront servi élégamment leur pays et ses valeurs. J'ai aussi apprécié le besoin de se souvenir que la lâcheté a souvent dans l'histoire contribué à faire en sorte que des drames plus graves surviennent. Je sens souvent dans la population de démocraties comme la nôtre le même réflexe qui a animé l'opinion des démocraties européennes en 1938, amenant à cette "paix dans l'honneur"... qui n'aura même pas duré un an!

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