Un budget, trois problèmes
Vous l’ignorez peut-être, mais nous sommes en plein «débat» sur le budget municipal de Gatineau. La somme en jeu est colossale: 400 millions de dollars.
Avez-vous une vague idée des enjeux dont les élus débattent? Pourriez-vous nommer trois projets dont le sort dépend des discussions en cours? Connaissez-vous les scénarios d’augmentation de taxes? Il y a des bonnes chances pour que vous répondiez non à toutes ces questions. Et ce serait normal. En fait, il n’y a pas grand monde qui sache ce qui se passe.
C’est le premier problème: la communication.
Évidemment, il n’y a personne qui cache quoi que ce soit. Les chiffres sont là, la situation financière est connue. Mais ce n’est pas vrai que la publication du discours du maire écrit en tout petit dans le journal est un exercice de communication. La vraie communication, c’est quand un citoyen normal est en mesure de comprendre ce qui se passe. Pour ça, il faut faire un effort de vulgarisation.
Je rêve du jour où un élu nous présentera des chiffres précis sur la marge de manœuvre réelle de la Ville, qu’il mettra sur la table les principaux enjeux associés à une vision à long terme du développement de la ville, qu’il nous indiquera quels sont les scénarios étudiés, qu’il fera ce qui fait partie de son travail: de la vulgarisation. À ce moment-là, vous n’aurez plus d’excuse pour vous désintéresser de ce budget crucial pour l’Outaouais.
Deuxième problème: l’illusion de santé financière
Le principal frein à la transparence, c’est la perception de bonne santé financière. Pour les élus, il est toujours plus intéressant d’avoir des débats publics quand ça va mal, ça permet d’expliquer et de légitimer des décisions impopulaires. Par contre, quand ils croient que ça va bien, ils ont la fâcheuse tendance à tout décider entre eux. Écoutez le débat budgétaire en cours à la ville d’Ottawa: un vrai débat.
Ce débat public est devenu inévitable pour deux raisons. Premièrement, parce que la situation financière d’Ottawa est catastrophique. Deuxièmement, parce qu’ils essaient de se donner une vision à long terme, notamment en matière de transport en commun. Nous, on gère notre bas de laine en finissant les projets qui sont dans la machine depuis longtemps, mais on n’invente rien et, surtout, on continue l’étalement urbain, ce qui va nous coûter une fortune à long terme.
C’est le troisième problème: la vision
Un budget, c’est la concrétisation d’une vision à long terme. Un budget sans vision, c’est de la comptabilité. Pire encore, c’est du marchandage entre 18 élus. Au nom du principe de donnant-donnant, ils finissent par adopter une salade de mesures qui n’ont qu’une chose en commun: elles aident à améliorer leur bilan de conseiller. Pas de cohérence, pas de vision, pas d’équité entre les quartiers, la seule chose qui compte c’est le gain à court terme.
J’espère que le budget qui sera adopté la semaine prochaine sera bon. Mais on peut déjà dire que le processus suivi pour l’adopter est une occasion ratée. Ce budget de 400 millions aura été adopté par 18 personnes, avec l’aide des fonctionnaires municipaux. Il me semble que la démocratie, c’est plus que ça.
Raymond Maguire
Commentaire mis en ligne le 14 décembre 2008Vous avez raison sur toute la ligne,entre autres sur la question de transparence.
Demandez leur donc,par exemple,de nous dire clairement par quelle logique ils choisissent de faire affaire avec une Compagnie (Tricentis)qui se disait au bord de la faillite il n'y a pas longtemps et demandait même l'aide financière de Québec;une Compagnie à but non lucratif qui nous charge un joli prix pour leur donner notre recyclage.Au lieu de faire affaire avec Waste Management,une Compagnie qui semble avoir les reins un peu plus solides même si elle éprouve aussi des problèmes et qui en plus paierait le Ville pour ramasser notre recyclage. Est-ce que Recycle-Québec fait pression sur les municipalités pour qu'elles fassent affaire avec une Compagnie qui opère comme une coopérative. ?La Ville est si riche que cela pour se permettre de lever le nez sur l'offre de Waste Management.En tant que payeur de taxes écoeuré des augmentations routinières de taxes année après année,j'aimerais savoir les raisons réelles de ce choix.