Serge Haché est passionné par son travail, et ça transparaît dans ses gestes et ses paroles. (Photo: Daniel LeBlanc)
Serge Haché: aux moindres petits soins des Olympiques… depuis 21 ans!
Définition: homme originaire de Bathurst, au Nouveau-Bruswick, détenant un baccalauréat en éducation physique, passionné par le sport sous toutes ses formes, travaillant de très longues heures et qui s'assure que les hockeyeurs sont en forme et bien dans leur peau. Réponse: le soigneur des Olympiques de Gatineau depuis 1988, Serge Haché.
C'est dans l'une de ses salles de travail située tout juste aux côtés du vestiaire des joueurs, au Centre Robert-Guertin, que La Revue a rencontré celui qui entame, dans l'ombre, sa 21e année avec la formation junior majeur de la région, mise sur pied en 1973. Dans son bureau, on peut voir tous ses outils de travail comme une table thérapeutique, un bain giratoire, un hydrocolateur, une machine à glace, des diachylons, des Advil, des Tylenol, du peroxyde et des compresses de gaz.
L'homme de 45 ans, qui travaille beaucoup en collaboration avec le médecin de l'équipe, Isabelle Martin, et le physiothérapeute Richard Audet, a passé toute sa jeunesse à Welland, une localité ontarienne située tout juste au sud de Niagara Falls. Sa carrière a pris son envol à Sudbury, où il a agi en tant que soigneur pour une équipe de hockey pendant une année, et c'est sa compagne de vie qui l'a amené jusqu'ici, alors qu'un poste était disponible dans l'organisation des Olympiques de Hull (le nom de l'époque). On peut imaginer qu'il a sauté sur l'occasion à pieds joints…
En tout cas, suffit de lui parler deux minutes pour réaliser qu'il est en amour avec son travail.
«Il faut avoir la passion du sport, car ce sont de longues heures. Ce qui est agréable, c'est que ce n'est pas un métier monotone. Il y a toujours des nouveaux visages chaque année», soutient le père de Jérémi, 16 ans, et de Janie, 12 ans. «Ce n'est pas fait pour tout le monde car il y a beaucoup de sacrifices à faire. De la mi-août jusqu'au mois de mai, tout dépendant si l'équipe accède aux séries, c'est pas mal du travail sept jours sur sept», dit-il, se comptant choyé d'être marié depuis 18 ans à une femme qui accepte de vivre avec un tel train de vie.
Au fil des dernières années, M. Haché a côtoyé divers entraîneurs-chefs, tels Claude Julien, Alain Vigneault et Benoît Groulx, en plus de voir évoluer de nombreux joueurs connus comme Jeremy Roenick, Michael Ryder, Martin Biron, José Théodore, Claude Giroux, Radim Vrbata et Jiri Fischer. Devant s'habituer aux nombreux changements au sein d'une formation, le soigneur ne cache pas qu'il est difficile de voir parfois quitter certaines personnes telles Mario Richer, il y a quelques semaines.
«Je respecte ça si la personne quitte pour les bonnes raisons», affirme celui qui a étudié à l'Université Ste-Catharines, en Ontario. «Il faut connaître la personne ainsi que ses besoins, mais au bout de la ligne il faut se demander qu'est-ce qui est le mieux pour l'équipe», avouant que certains entraîneurs ont un caractère plus fraternel que d'autres.
Serge Haché pense qu'il est privilégié d'avoir une aussi bonne relation avec les jeunes hockeyeurs. «J'espère les aider à grandir. J'ai l'impression des fois que je me sens comme un deuxième père pour eux. Pour plusieurs, je suis en quelque sorte l'un de leurs confidents, car ils sont loin de la maison», soutient-il, ne se gênant pas pour dire qu'il ne calcule plus ses heures de travail depuis des lunes.
D'un autre côté, M. Haché a un rôle à jouer et s'occupe du bon déroulement des choses dans le vestiaire. «Je veux que l'ambiance soit saine. Pour moi, une chambre de hockey, c'est comme à la maison. Il y a des règles et ce n'est pas tout qui est permis», dit-il. «Aussitôt qu'on parle de patinoire, par contre, ce n'est plus de mes affaires. Ça, c'est le coach qui s'en occupe», ajoute-t-il en éclatant de rire.
Dans ses temps «libres», il est aussi assistant-entraîneur de l'équipe midget BB de son fils, en plus de faire du bénévolat dans le monde du baseball, un autre sport qu'il adore. «J'aime remettre à la communauté ce que les autres ont fait pour moi», s'exprime-t-il. Il faut également savoir que même si sa tâche numéro un est de soigner les joueurs, il s'occupe également des commandes d'équipement, de la coordination des heures de pratique sur la glace avec les autres équipes ainsi que tout ce qui est relié aux voyages à l'extérieur.
Lui qui a vécu une panoplie de changements avec les Olympiques depuis 1988, quelle est son opinion quant au changement de nom «Olympiques de Hull» pour «Olympiques de Gatineau», au début des années 2000? «Mis à part qu'on a changé les couleurs représentant l'équipe, pour moi, ça change rien. Mais il est certain que les Olympiques de Hull étaient reconnus à travers tout le pays. Le nom avait du glamour, alors ça m'a dérangé un peu, mais ça n'a modifié en rien mon travail», lance-t-il, lui qui a encore d'anciens logos de l'équipe de tapissés dans la chambre de soins.
Les entorses à l'épaule ou aux genoux ainsi que les commotions sont les blessures le plus fréquemment observées par celui qui se qualifie de premier responsable médical. La pire blessure dont il a été témoin? Une luxation d'épaule. Côtoyant les blessures presque quotidiennement, Serge Haché ne croit pas qu'il a moins de travail depuis que la LHJMQ a adopté une règlementation plus sévère face aux batailles. «Les blessures sont rarement liées aux combats. Dans ces cas-là, on parle plus de coupures, de contusions ou de points de suture», affirme-t-il.
Il n'en demeure pas moins qu'il digère mal le geste disgracieux qu'a commis le joueur des Remparts Jonathan Roy à l'endroit du gardien de but Bobby Nadeau en mars dernier. C'est cette bataille qui a tout fait basculer et forcé les hauts dirigeants de la ligue à agir, et l'homme est d'avis que le fils de Patrick Roy aurait dû être suspendu pour le reste de la saison.
«C'est inacceptable selon moi, et l'image de la ligue a été sévèrement affectée, même si c'est un cas particulier et que ça n'arrive pas chaque semaine. Continuer à se battre alors que l'autre ne veut pas, c'est inadmissible. Il y a aussi le fait que ces histoires-là sont beaucoup plus médiatisées qu'auparavant, ce qui fait en sorte que ça devient délicat pour la ligue», martèle M. Haché. Selon lui, «Mais je ne suis pas contre les combats, car ça permet de libérer la frustration des joueurs», rajoute-t-il, disant avoir été témoin de seulement quatre batailles générales en 21 ans de carrière.
Si le quadragénaire recevait un appel demain matin pour se faire offrir un emploi au sein d'une autre formation du junior majeur, il affirme que sa réponse serait fort probablement non. «Ce serait difficile de quitter, car je suis très implanté dans la communauté. Mes racines sont assez bien implantées en Outaouais. C'est une des plus belles régions au Canada, à mes yeux», confie-t-il. La réponse serait-elle la même si on lui offrait un poste dans la LNH? «À un niveau plus élevé, j'y penserais sérieusement, car ça me permettrait de relever un autre défi et d'avoir des encadrements plus luxueux, sans dire que ce n'est pas le cas ici», note-t-il. Fidèle partisan des Bruins de Boston depuis de nombreuses années, le soigneur a grandi à l'époque du hockeyeur Phil Esposito de 1967 à 1976. «Je vais toujours rester fidèle envers l'ours», indique-t-il, heureux que l'équipe du Massachusetts ait triomphé en fusillade 3-2 aux dépens du Canadien de Montréal, samedi dernier.
Pour Serge Haché, le temps sera venu de tirer sa révérence lorsque la passion ne sera plus là. «Quand je n'aurai plus la passion et la 'drive' de venir à l'aréna chaque jour, je vais changer de métier et faire autre chose», conclut-il. Chose certaine, il espère bien que malgré toutes les embûches connues par les Olympiques depuis septembre, une participation aux séries éliminatoires ainsi qu'une autre conquête de la Coupe du Président pourront devenir réalité…
Et ses conseils pour les jeunes qui aimeraient se diriger dans ce domaine et éventuellement pratiquer cette profession? Moment de silence, il réfléchit quelques minutes, puis répond: «Il faut avoir un esprit ouvert et surtout ne pas calculer ses heures», précise-t-il.