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Pourquoi est-ce toujours la culture qui écope?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 28 novembre 2008 à 14:00
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Pourquoi est-ce toujours la culture qui écope?
Est-ce que le cocooning s'étend maintenant jusqu'aux grands argentiers de ce monde? La guerre des bonzes de la culture et l'administration O'Brien fait couler du sang d'encre depuis quelques temps parce qu'il semble que l'importance des arts ne soit pas perçue de la même manière par les fonctionnaires de la Ville.
Pas que je sois du genre à m'ouvrir les veines devant un théâtre en guise de protestation contre les coupures, mais faut pas charier là. Sans entrer dans les détails, car vous les connaissez, le budget des arts est mille fois inférieur à celui des autres domaines "qui font rouler la société sans la pimenter". Des milliers de francophones, fans ou artistes de la capitale nationale, faut-il le rappeler, risquent d'être privés de spectacles et de planches.

Vous aimez les chiffres? Près de 12 000 emplois sont créés par l’activité culturelle ottavienne. Le secteur des arts, de la culture et du patrimoine ne représente pourtant que 0,3% du budget de 2,5 milliards de la Ville d’Ottawa. Imaginez, c'est risible… Et ce n'est que le début: le financement au secteur culturel est à peine 1% du budget global de la Ville! Il est cependant proposé que ce secteur absorbe plus de 16% des coupures de services et programmes, soit 5,4 des 33 millions $ que souhaite récupérer Ottawa. Curieux pour un domaine si prolifique et rentable…

En 2007, le Conference Board of Canada estimait que le secteur culturel générait 85 milliards $, soit 7,4% du PIB du Canada. Et dites-vous que les vraies retombées de la culture ne se font pas ressentir dans le portefeuille, mais entre les deux tympans. Pour ne pas copier une pub de carte de crédit, ça n'a pas de prix. Une prise d'otage ne ferait pas plus de dégâts.

Oui, les temps sont durs, oui ça chiale à droite et à gauche que la "conjoncture" nous oblige à nous serrer la ceinture. Mais pourquoi, comme dans toute chose, sont-ce les intellos et êtres libres créatifs qui mangent la claque? Parce qu'ils ne tirent pas les ficelles, vous dites? Ah ben, pas fou.

Eh oui, il est facile pour Ottawa de sabrer dans les petits, les faibles, pour boucler son budget. Après s'être débarrassé de gros salaires, elle s'attaque maintenant aux petits revenus, aux divertissements de l'intellect et de l'âme. Comme si on devait travailler, manger, écouter la télé et aller se coucher. Le strict minimum, sans gâterie. La culture en est une des meilleures, elle nous évite la mélancolie, la routine, le prémâché, l'ennuyant et la robotisation de nos vies.

Semble-t-il que certains décideurs croient que l'économie n'est qu'une question d'argent… S'ils étaient plus créatifs comme nos artistes, ils trouveraient le moyen de faire 5$ avec 1$ et ne laisseraient tomber le couperet qu'en ayant analysé entièrement la situation. En égorgeant les entreprises et organismes culturels de la sorte, Ottawa tuerait l'essence même de l'économie: elle n'encourage pas la prolifération de nouvelles souches nourricières. L'art et la culture évoluent, sont à l'avant-garde, ne sont pas bureaucratisés et crachent sur la gestion traditionnelle. Même en gérant des fonds, les artistes arrivent à nous surprendre et à mettre de la couleur.

Ils sont tous en furie: Théâtre Action, Réseau Ontario, l'APCM, les multiples théâtres francos, le CNA, etc. Évidemment, car la culture est leur passion et leur gagne-pain. Mais ils sont si déconnectés de la réalité, selon les politiciens, qu'ils sont une cible de choix.

Cela me surprendrait que leur réalité soit si éloignée par contre… Car la culture est avant tout un reflet de notre société.

Si les prochaines productions ou œuvres de nos artistes jouent les miroirs de cette société, je prédis plusieurs dizaines d'années de malheur à tout le monde… Oui, ça sent le verre brisé.

Surtout l'absurdité.

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