Dominic Foisy soutient que voter est très utile, d'une manière ou d'une autre.
Faire sortir le vote pour faire changer les discours
Malgré la stratégie évidente de Jean Charest de profiter de la descente de l'ADQ pour enfin avoir un gouvernement majoritaire, le professeur et spécialiste de participation citoyenne Dominic Foisy estime que les électeurs doivent se rendre aux urnes pour forcer les grands partis à retourner à la table à dessin.
«Personne ne voulait de ces élections», entend-t-on partout depuis que les élections ont débuté. Pour Dominic Foisy, il faut aller plus loin que ce constat et en parler, comme il le fait avec ses étudiants en travail social. Première grande question: est-ce que les gens sortiront voter? «Je pense qu'il y a des catégories de gens qui iront moins voter, des gens en position d'appauvrissement qui ne se retrouvent pas dans les débats présents ou qui n'ont pas de moyens de transports. En tout cas, dans ma classe, à main levée, 50% des étudiants ont dit qu'ils iraient, 35% ne le savent pas et 15% n'iront pas.»
Selon Dominic Foisy, le débat de mardi n'aura sûrement pas pesé lourd dans la balance. «C'est difficile dans la forme que le débat prend de parler d'enjeux, de débattre de manière approfondie, lance-t-il. On joue beaucoup sur l'image, alors que les élections sont comme une téléréalité…» Le prof soutient que la population est un peu tannée et désabusée face à la manière dont la politique est pratiquée, c'est-à-dire en mixant guerres de tranchées et insultes.
«Il y a aussi des éléments conjoncturels: on sort de deux élections, au fédéral et aux États-Unis. En plus, au Québec et au Canada, on vit dans un contexte de gouvernement minoritaire et c'est pour ça que dans les journaux, on y va avec la politique partisane et que les choix sont stratégiques en fonction des besoins des partis. Il n'y a donc pas de projets clairs et personne ne ressent les conséquences de la crise économique à part avec la baisse de l'essence», ajoute celui qui termine un doctorat en politique.
Est-il donc intéressant d'aller voter devant tant d'incertitudes? «Les gens avant Noël vont être moins préoccupés par les élections. On manque aussi de chefs charismatiques et c'est dommage, car ça peut faire sortir le vote, susciter l'espoir.»
L'Outaouais sous la moyenne
Dominic Foisy ne pense pas que la participation chute sous la barre des 50% cette année bien que le taux de vote en Outaouais oscillait autour de 60% lors des dernières élections, soit 10% de moins que la moyenne québécoise. «Les gens qui ne sont pas libéral dans la région pensent que leur vote sera perdu, ils n'ont pas l'impression d'avoir d'alternatives. Et notre système électoral ne permet pas l'émergence de tiers partis. Mais ces partis vont chercher de 7-8% des voix, donc ce n'est pas négligeable.»
«Les gens sentent aussi qu'il n'y a pas de partis qui représentent leurs intérêts, mais c'est un piège dans lequel ils tombent. Ils peuvent faire un gros "X" sur leur carte ou voter pour un tiers parti pour envoyer un message et forcer les partis de masse à réorienter leur discours! Comme à la dernière élection fédérale, le Parti vert a forcé les grands partis à parler d'environnement…»