Il y a quelques chose qui se passe en Outaouais. Quelque chose de très profond.
Depuis des décennies, on dit que l’Outaouais n’a pas d’identité claire. Même notre nom est vague: région Ottawa-Gatineau, Outaouais québécois (comme s’il y avait un Outaouais ontarien!), Outaouais tout court, région de la capitale nationale, West Québec, etc.
Cette confusion vient de loin. Par exemple, en 1909, le maire de la ville de Hull a proposé à la Chambre de commerce que le nom de Hull soit changé en celui de «Ottawa-Nord»! Mais les défenseurs d’un Outaouais «distinct» d’Ottawa ne mâchaient pas leurs mots eux non plus. En 1948, Aimé Guertin, ancien député fédéral de Hull, s’opposait à la création d’un district fédéral dans la région: «Nous sommes pauvres, c'est vrai. Nos demeures sont modestes, c'est vrai. Nous n'avons pas de beaux parcs ni de riches driveways, c'est vrai. Mais nous aimons mieux être rois dans une chaumière que valets dans un palais».
Mais les choses changent. Quand on dit Gaspésie, Laurentides ou Charlevoix, on a des images qui nous viennent en tête. Auparavant, quand on disait Outaouais, on ne voyait que le Parlement d’Ottawa. Aujourd’hui, même si elles sont imprécises, d’autres images cherchent à s’imposer: celle de notre réseau cyclable, celle de Jos Montferrand qu’on réhabilite lentement, celle de nos combats pour les droits des travailleurs (les Allumettières ou encore les travailleurs de Buckingham), celle du petit train de Wakefield, celle de la nature en pleine ville, celle de la beauté de nos grands parcs et de nos rivières, celle des montgolfières et, bientôt, l’image de notre laiterie. Une identité émerge.
Trois livres publiés cet automne (qui feraient de beaux cadeaux de Noël) sont autant de signes que les choses changent. Il aurait été inimaginable, il y a vingt ans, de voir publier une bande dessinée comme le Projet Outaouais. Écrit par des gens d’ici, sur des sujets d’ici, ce recueil de bandes dessinées contient le plus beau texte jamais écrit sur l’Outaouais. C’est un poème signé par Guy Jean, un poème qui mériterait d’être inscrit sur un monument et qui devrait être mis en valeur lors des Jeux du Québec de 2010. Ce texte ressemble à un hymne régional. Pour le lire, achetez Projet Outaouais:
www.premiereslignes.ca. Personne n’aurait pensé, il y a vingt ans, à publier un livre de recettes de 110 personnalités exclusivement de l’Outaouais: Les trésors cachés de Gatineau et de l’Outaouais. Même les coups de cœur qu’il contient sont de chez nous. Finalement, avec la publication du livre CKCH, la voix française de l'Outaouais, c’est une autre belle aventure régionale que nous mettons en valeur.
Mais c’est la mobilisation pour la relance de la laiterie de l’Outaouais qui aura peut-être été le symbole le plus puissant de ce changement. Michel Filion, professeur d’histoire à l’UQO, natif de l’Outaouais, porte un jugement catégorique à ce sujet: «À ma connaissance, le mouvement de relance de la laiterie de l’Outaouais constitue un précédent. Dans cette région de migrants récents, la mobilisation n’a jamais été facile sauf dans le sens de l’opposition à certains projets. Pour la première fois, les citoyens, les politiciens et les médias se sont mobilisés massivement et presque spontanément. Je crois que cela témoigne d'une région qui commence à se prendre en mains, qui se développe une identité et qui est mûre pour s’affranchir d’une longue habitude de dépendance. Ce projet, déjà rassembleur, me semble hautement symbolique d’une évolution récente de l’Outaouais.»
Oui, il se passe quelque chose en Outaouais: nous sommes en train de dire que notre région d’appartenance n’a qu’un seul nom: Outaouais.
Note aux lecteurs: Maxime Pedneaud-Jobin est président-bénévole de la Coopérative des consommateurs de la laiterie de l'Outaouais. Cette coop est l'un des actionnaires de la laiterie.
Maxime Pedneaud-Jobin
Commentaire mis en ligne le 15 décembre 2008Oui, vous avez raison, il y a toujours eu une partie de la population qui s'identifiait à l'Outaouais. Je le mentionnais en parlant d'Aimé Guertin par exemple. Mais le discours des élites politiques et d'affaires a longtemps été à l'opposé, avec des idées comme l'appartenance avant tout à un district fédéral, à la capitale nationale ou même la fusion avec Ottawa, etc... l'Outaouais n'existait pas pour eux.
Ce problème identitaire, toujours présent, est bien documenté dans les recherches récentes faites par l'UQO et il se trouve encore aujourd'hui dans les priorités d'organisations comme la conférence régionale des élus, le conseil régional de la culture, la table jeunesse Outaouais et même la ville de Gatineau.