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L’art exhaustif et jouissif d’être femme

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 31 octobre 2006 à 23:13
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L’art exhaustif et jouissif d’être femme
Cinquante âmes qui se révèlent en même temps… tout un défi pour les spectateurs et pour le cœur!
L’art exhaustif et jouissif d’être femme
Les femmes sont belles, de générations en générations, mais diable qu’il faut en être une pour comprendre profondément les anecdotes dont nous gave la poète Louise Dupré avec Tout comme elle.
En fait, ce n’est pas comprendre, c’est ressentir. Ah, et puis merde, acceptons l’évidence et sombrons dans les métaphores physiques que nous livre la mise en scène de Brigitte Haentjens qui, pour diriger 50 femmes, cinquante pantins à fil de soie, a fracassé sa cloche de verre. Hop, au grand jour avec une œuvre pure dont le parfum de lavande flotte dans l’air.

Cinquante paires de souliers traînent sur la scène nue. Aucun décor, pas de rideau, rien. Soudain, des paires de jambes de tous âges glissent vers les semelles et s’y calent avant de mettre un nickel dans le carrousel. Tel un clan d’oiseaux migrant vers le Sud, les comédiennes personnifient tantôt la mère, tantôt la fille, avec un synchronisme parfait de leur corps. Elles répètent, piaillent, narrent, les yeux dans le vide.

Louise Dupré n’a pas hésité à disséquer ses cobayes féminins. On sait tous un peu à quoi s’en tenir avec les femmes, mais des «surprises inattendues», oui abusons du bon sens, il en pleut. Il n’y a alors qu’elles pour se dessiner un cocon dans lequel elles pourront baigner en paix.

Une mère et une fille se comprennent, dans la tendresse ou le crêpage de chignon, dans la tempête ou le bain de soleil, de la naissance à la mort. Elles créent des liens invisibles aux curieux qui les toisent, jaloux perturbateurs qui aimeraient saisir la complexité de cette potion qui coule dans leurs veines.

Quatre douzaines de jeunes ou vieilles femmes étalent cette richesse égoïstement innée devant les pupilles des deux sexes qui réagissent peu. On apprend, on gobe, on rit, on soupire. On se rappelle avoir vécu ces moments, les avoir vus, entendus, hais, adorés, souhaités… Tout comme elle est une production humaine, juste ça. Pas de sel, pas de poivre, pas de confitures, que de la spontanéité maternelle émanant de costumes qui ne rendent pas vraiment hommage aux designers. Et c’est bien, on ne le répétera jamais assez, la simplicité a bien meilleur goût.

Il est agréable, mais parfois peu excitant, d’écouter ces gorges raconter leurs pensées de fillettes, de les regarder se mouvoir en lignes, en cercles, à la queue leu leu, toutes identiques sous les mèches, guidées par un phare à la lumière percutante. Brigitte Haentjens s’est véritablement amusée à établir leur trajet, pour que cette masse d’épaules et de sourcils érige un théâtre de chair et de sang. Une innovation, si elle en est une, une découverte sûre, une leçon que l’on accepte en 1h30, mais qui prend des milliards de secondes à assimiler. Qu’il est beau et énigmatique le carrousel…
Tout comme elle est présenté jusqu’à samedi, 19h30, au Théâtre du CNA.

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