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La paranoïa ambiante OU la peur modernisée

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 7 novembre 2006 à 18:07
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La paranoïa ambiante OU la peur modernisée
«Gros bon sens, où es-tu? Au pays des paranoïaques dis-tu? Ah non, pas un autre!?» (Photo:www.roysunshine.com)
La paranoïa ambiante OU la peur modernisée
Ne montez pas des barricades de boîtes de conserve, je ne prêcherai pas pour ma paroisse. Enfin, pas gros. Juste assez pour vous montrer comment on est devenu parano, nous, les post-australo.
Selon le Larousse, un australopithèque est un bipède à la démarche imparfaite qui grimpe aux arbres. Selon l'Auteur, un humain parano est, oui un bipède (à part les soumis qui marchent à quatre pattes), oui un être à la démarche très imparfaite et enfin, oui, une entité de chair et de sang qui grimpe dans les rideaux au moindre craquement de plancher en bois vieux de 100 ans. J'ai des petites nouvelles pour vous: si votre plancher est plus vieux que votre mamie centenaire, y'a des chances que ça sonne fantôme dans le grenier chez vous. Alors n'appelez pas les journalistes en vous trompant de numéro, en admettant que vous vouliez contacter le numéro international d'urgence. Non, pas 9-1-1, 1 9-7-6-jenpeuxplus.

Cette incartade me pousse à ramener mes collègues sur le tapis. Contexte: j'essaie aujourd'hui, le 07/11/06, d'intéresser une organisation masculine sur une idée de reportage concernant l'homme ET la femme, pas homme dans le coin rouge VS femme dans le coin bleu là! Z'inquiétez pas, je n'ai pas courriellé un Batman du Pont Jacques-Cartier, vous m'auriez crucifié avant de terminer cette ligne… Je tairai le nom de l'organisation, car son penchant féminin ne m'a pas encore répondu, alors je n'ai pas assez de munitions pour être sarcastique. Heu… ben…

Malgré la vitesse quasi incroyable à laquelle le sieur m'a répondu, j'ai été embouchebué par le contenu de son «imêle». Il était court pourtant, mais, comme on dit dans les ruelles des métropoles, les p'tites vites sont souvent les meilleures. Eh bien, elle, elle a fait la job. Et il a été généreux le Père Noël inconnu: il m'a envoyé trois rasades au visage. N'allez pas mal penser, je vous préviens que je vous démasquerai avant que cette ligne ne s'achève de sa belle mort…

1. Il veut connaître les aléas de nos publications. On dit que les journalistes font de la pub indirecte en parlant des gens, des entreprises de leur milieu. C'est vrai, mais que voulez-vous, ce sont eux, les humains qui remplissent notre journal et qui achètent des annonces quand ils sont contents des zaffaires gratis reçues. Alors, ne s'étant visiblement pas déplié ça dans la boîte à poux, le concept de la pub gratos, mon bon prince speedy Gonzalez veut savoir qui on est. Pas heureux qu'on lui propose une vitrine, pas assez important. Il a sans doute peur que je sois un imposteur. Et je le comprends, dans quel monde de malades mentaux vivons-nous, hein? Non, mais, je vais me partir une association d'incompris chroniques si ça continue!

2. Attention, là ça coince: il veut savoir qui je suis. Je n'ai pas joué la carte de l'offensé, je savais qu'il espérait que j'aie de l'expérience. Voyons, dans cette société productive, faut être capable de fournir du jus sans fruits, d'inventer sans recherche, d'avoir vécu sans avoir vu, donc… Je le comprends trop, c'est comme si je m'était tiré dans la galoche. Pourquoi est-ce que je m'évertue à me verdir? Bref, je lui dis que je ne suis pas un bleu, que je ne veux pas débusquer des coquerelles là où y'en a pas, que voulez-vous que je fasse? Pas envie que mon jaune meure dans l'œuf…

3. Il veut visualiser ma liste de questions. Je le comprends encore: et si mes interrogations ne servaient qu'à le faire passer pour un creton double épaisseur, que je menais une croisade sans merci contre des John Doe durant mes heures de travail? De un, ma liste n'a pas encore été noircie, pas même dans mon subconscient, alors imaginez la blancheur du papier…

Si on récapitule, j'ai affaire à une fine bouche qui lève le nez sur du caviar, qui a besoin du CV et du pedigree du serveur et qui, en plus, veut se faire expliquer dans les moindres recoins le contenu de son plat principal. Je ne sais pas, mais si je devais perdre une soirée au resto avec quelqu'un comme ça (car il n'est sûrement pas le seul à avoir peur), je m'arrangerais pour qu'un ami(e) loge un appel prévu sur mon cellulaire (sensé être fermé) deux heures après le coup de pétard du départ. Juste au cas où le mystère devant planer sur notre tablée, notre bulle de secrets et de vérités dévoilées au compte-goutte, me décevrait au point de saprer mon camp après les hors-d'œuvre.

Ça, mes amis, surtout depuis le 11 septembre 2001, ça s'appelle de la prévoyance exagérée, ie de la paranoïa. Les gens ne font plus confiance, ils veulent tout savoir sur tout en n'écoutant pas, en entendant seulement (la téléréalité), ils ont peur de leur ombre et encore davantage de celle de leur voisin, ils sont archi difficiles et crachent sur de formidables occasions, bref, ils sont nous, vous, moi, lui… Et toute cette belle bouillabaisse cuit à maximum sur un rond en titane à la technologie pas piquée des vers. Non, piquée des Asiatiques ou des Américains qui ont copié les Chinois sans le dire, marketing oblige.

À la réflexion, ais-je toujours envie de faire ce reportage? Et Si ma passionnante source m'avait fait surveiller à l'heure qu'il est, si j'étais «live» à la télé pakistanaise présentement, si c'était un Néo-Zélandais qui avait répondu à mon courriel? Peut-être a-t-il copié mon texte dans un traducteur anglais pour le comprendre et rédiger sa réponse? Merde, j'aurais pas dû vous raconter tout ça, il m'attend peut-être avec une équipe de souque à la corde d'avocats et de juges…

Oups, pardonnez-moi, un huissier me tend quelque chose de blanc avec Patrick Voyer écrit dessus…

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