Lettre à André Périard
Mon cher André, il y a deux ans, j'étais allé te voir dans ce sanctuaire de sport qu'était ta maison. J'écrivais un livre sur Maurice Richard et personne ne pouvait me dire l'année précise où le Rocket était venu à Buckingham au temps de notre jeunesse. Tu as été le seul à te souvenir que Richard était venu avec Bert Olmstead et Normand Dussault. Je m'étais présenté à toi et tu m'as signifié. que tu ne m'avais pas oublié. Ça faisait 53 ans qu'on ne s'était pas parlé. Et tu te souvenais que j'étais, à neuf et dix ans, sur les premières équipes que tu as coachées.
C'était l'hiver, on jouait au hockey le samedi matin, dans la rue. Les parties avaient lieu sur ce qu'on appelle aujourd'hui la rue John F. Kennedy, mais c'était bien avant l'assassinat du président. Cette rue était large; les autos y passaient sans déranger notre jeu. Tu étais dans ta marchette, près du banc de neige, à geler, à nous encourager et à crier quand on comptait des buts.
Si on gagnait, tu nous faisais arrêter chez l'épicier Morissette. On montait ta marchette à l'intérieur. Tu sortais notre coupe Stanley de la glacière, un gros KIK, qu'on se passait tout à tour avec toi.
Plus tard, revenant de mes années de collège, j'ai vu que ta marchette était motorisée et que tu dirigeais des équipes plus sérieuses. Je te voyais passer au loin, toujours dévoué aux sports des autres. Dans notre enfance de la rue Church, on ne pensait qu'à s'amuser, heureux qu'un plus vieux officialise un peu nos parties de hockey et de balles. Ce n'est que plus tard que je me suis mis à penser que, toi aussi, tu aurais aimé faire vibrer les cordages d'un filet ou te présenter au marbre comme frappeur d'urgence, au lieu de toujours en désigner un.
Il y a quelques mois, j'avais décidé d'aller t'offrir, avec mes frères Clovis et Raymond, mon livre sur le mythe Maurice Richard pour te remercier de tout ce que tu avais fait pour les jeunes de la rue Church et pour tous ceux qui demeuraient dans ce qu'on appelait encore, en 1950, le Village Neu(f).
Hélas ! le livre vient de sortir alors que tu es déjà parti. Et il y a une chose encore plus importante que nous aurions aimé te dire. Tu as été plus que le témoin et l'organisateur de notre enfance. Avec ton attitude en face de la vie, il y avait avec toi une autre « game » qui se jouait en dehors du terrain de jeu : tu nous as montré que la vie, quand elle ne nous gâte pas, on la secoue, on se démène et on y fait sa place. Mais c'est plus tard qu'on a compris ça. Il y a des personnes qui, simplement parce qu'elles ont traversé nos vies, nous ont rendus meilleurs. André, tu fus de celles-là. Tu as réussi ta vie. Clovis, Raymond et Paul te disent merci.
Paul Daoust
Annie Bélanger
Commentaire mis en ligne le 6 décembre 2006Cet article est très touchant. Merci Paul !