Gilles Pelletier est toujours aussi maître de la langue de Molière… (Photo:)
Divertissante mais non éclatante symphonie que cet Amadeus
Reconstituer l’inégal combat entre l’Italien Salieri, l’Allemand Wolfang A. Mozart et le passif Dieu est un défi qu’a rempli ce soir la troupe de La Comédie Humaine, grâce non pas à ses décors absents, mais bien à la stature de Gilles Pelletier et la douce folie d’André Robitaille.
Le film de Milos Forman (oscarisé en 1984) avait levé la barre plutôt haute pour quiconque aurait voulu le catapulter sur les planches. L’adaptation théâtrale des lignes de Peter Shaffer n’est pas trop ridée, loin s’en faut, et les césures qui assomment le scénario à certains détours ne détonnent pas trop.
Gilles «Salieri» Pelletier et André «Mozart» Robitaille estampent l’imaginaire dans leurs rôles contraires. L’un incarne avec ferveur le prieur repentant, envieux d’un génie rejeté par l’ignominie, et l’autre s’éclate à fond dans les collants d’un des plus mal aimés compositeurs. Et dire que lorsqu’on jase classique, ses œuvres hantent instantanément notre gramophone…
Macha Grenon, Claire Bienvenue, Pierre Potvin, Jean Petitclair et Éric Forget soutiennent plutôt bien les deux piliers, en jouant les caméléons. Bien qu’inégaux dans de menues scènes, leurs sifflements cimentent les trop nombreux chapitres de cette vengeance affreuse.
Ô merci, la troupe n’avait pas oublié son sparadrap pour amenuiser le manque quasi-total de plaisirs visuels. Une chaise, trois tabourets, une table servant aussi de piano, sept paravents soudés, c’est ce à quoi le public a droit. N’oubliez surtout pas votre imagination, car même avec elle, on a un mal fou à se propulser à Vienne à la fin du 18e siècle. Pas d’arc-en-ciel, pas d’or, pas de draperies, que de la suggestivité en blocs.
Dommage que ces pauvres images viennent ternir de si fondantes lignes, ces cris de colères salieriennes ou de débilité mozardiennes, car ici le théâtre aurait pu nous régaler davantage. On pardonnera en se disant que nos méninges en auront eu pour leur étouffement.
Nos tympans également! Le metteur en scène Yvon Bilodeau a su brillement infiltrer les meilleurs opéras et requiems de Mozart, question de rendre hommage, lui, au talent incommensurable du petit Wolfy à sa Constance. Les extraits de Les Noces de Figaro ou de Don Giovanni nous font frissonner 300 ans plus tard, et nous font nous rappeler que les génies ne sont rétribués que très rarement à leur réelle valeur.
Les complaintes d’André Robitaille et les coups de dague empoisonnée de Gilles Pelletier auront tôt fait d’ouvrir et de refermer de suite ce segment gênant de l’histoire. Adieu de nouveau, Mozart, espérons que tu auras eu ton compte cette fois!
Dernière de deux à la salle Odyssée demain soir à 20h.