Un Peepshow pour tous les âges
Eh oui, une boîte de sexe artificiel, un harem à pitounes et à vieux cochons pour tous. Ce sont les portes qu’ouvrent Marie Brassard et son complice sonore Alex MacSween, en ne nous les refermant qu’à moitié sur les doigts. Ne traînez pas vos condoms, ça enveloppe en masse!
Peut-être s’était-on monté une armada de bateaux, vu le monstre succès que récolte Marie Brassard, et qu’on s’attendait à du gros crayon feutre multicolore! Tant pis. Cela dit, cette production est impeccable, tant au point de vue technique vocale, musicale et scénique. Y’a pas à se leurrer, l’as féminine des solos barbote allègrement dans ses tableaux.
Un coup que la surprise d’entendre Marie Brassard emprunter la voix d’une fillette de six ans et celle d’un sado a pris la poudre d’escampette, on se plonge dans les récits parfois abracadabrants, parfois faciles, que nous racontent ses personnages. Oui, car elle laisse le terrain de jeu à ses créations, c’est leur heure de gloire. Et elle le fait en ne troquant même pas son manteau. Loin d’être effeuilleuse, Marie Brassard suggère à petites doses par les gestes, les images, les notes, les voix construites à la machine.
Peepshow est un mix parfait entre la complexité d’un théâtre moderne, engraissé d’effets divers, et l’art pur sans rideaux. Que des mots, des histoires de fou qui se croisent, sans vraiment se ressembler, qui se recroisent pour se compléter. Il se dégage de ces hommes et femmes, vieillards et jeunes filles, de la détresse, de l’innocence, de l’humanité, de l’ironie et de l’isolement. Marie Brassard a le don de péter les bulles de bonheur éphémère de ses yeux perçants et si beaux!
Une chaise, un tapis animal et un mur sur lequel sont projetées des ombres ou de petits films sympas entourent le centre d’attraction durant 90 minutes. Qu’elle danse, qu’elle chante, pleure, rit, sur les compositions délirantes et variées d’Alex MacSween, Marie Brassard fait revivre toutes les étapes d’une vie. Elle effleure à peine les clichés en demeurant simple et n’abuse pas du vocabulaire à mille dollars.
De sorte que sa démarche reste grand public tout en sortant de l’ordinaire de l’ordinaire. Un must pour elle, compte tenu qu’elle croit tant à ses concitoyens du monde! Elle les gâte quand même, elle les amène dans leur propre Peepshow. Et là, c’est l’examen complet du nombril collectif sous des effluves rythmées du nord au sud. Pas besoin d’insérer de la monnaie, la cabine s’ouvre lentement et le caméléon qui apparaît livre plus que ce que le client demande. Et quand le voyeur sortira sous les néons, il ne saura quelle réaction avoir; il sera déconcerté ou charmé.
À voir jusqu'à samedi, 20h, au Studio du CNA.