Les pneus d'hiver restent la meilleure garantie pour votre survie hivernale. (Photo:Patrick Voyer)
Qui a ses pneus d'hiver? Grrrrrouillez-vous…
Bon, bon, bon, je vous voir venir: «Y va pas nous les casser avec sa morale de pneus d'hiver aujourd'hui, lui?» Eh ben, sans déraper, je vous dirais que peu importe ce qui se passera à Toronto ou Wall Street pour nos compagnies québécoises en bourse, le sujet chaud des prochaines 24 heures sera sûrement le nombre d'accidents causés par l'absence de Canadian Tires d'hiver.
On le sait, même s'il fait parfois 45 000 degrés les 29 et 30 novembre, la neige arrive souvent début décembre, comme un toc-toc sur la porte où les dernières feuilles rouillées sont collées qui annonce la venue d'un blanchâtre hiver. Encore. Pour les amateurs de ski qui aiment se casser une jambe dès la première descente, super, pour les ours qui rugissent de patience jusqu'à ce que la fonte prenne le momentum, «grrr» et «brrr».
Bref, cette saprée neige vient s'incruster dans nos pare-brise et nos sourcils à partir d'aujourd'hui. Ceci étant dit, je lance un concours dont je ne respecterai pas les règles, en bon joueur que je suis… Le premier qui réussit à avoir un rendez-vous dans un «garâge» remporte le titre du plus veinard qui aura pu se faufiler dans l'entonnoir bourré. À condition qu'il ou qu'elle -n'oublions pas l'égalité en genre et en nombre- (à ce propos, vous avez remarqué que ça alourdit le texte sans bon sens?) garde son sang froid et qu'il ne gâche pas son exploit en se saoulant la gueule au volant!
C'est vrai quoi, gagner ce concours bidon est sans doute un des plus grands biens que vous pouvez essuyer, à part l'humeur massacrante de vos collègues le matin (pas les miens, ils sont tellement fins), dans une journée. Pourquoi? Parce que ça peut vous sauver la vie.
Ah là là, la morale qui nous défonce les globes oculaires… Vos grands-parents (peu importe l'âge que vous avez) vous l'ont conseillé d'un ton autoritaire, qui ne laisse pas de place à la pitié, des centaines de fois. Et cela même si eux se promenaient en carriole pendant la période hivernale! Vos parents aussi vous l'ont répété, car ils ne voulaient pas que vous aussi, vous perdiez un membre de votre corps ou de votre famille dans un bête face à face «sans pe-neus d'hiver».
***
Vous m'excuserez, mais je dois m'adresser aux plus jeunes. Il serait incroyable, voire impensable, qu'un ado fru qui débute derrière le volant fasse un caucus à ses parents sur les caoutchoucs sauveurs sur glace. «Heille pop, tu penses-tu que tu devrais pas t'poser des Toyo full grip comme moié, genre?» Le père de répondre, son nez de directeur du personnel dans les airs: «Toi vas-t'en à l'école étudier pour être intelligent! Mes 4 saisons sont neufs!»
Je ne veux pas ambitionner, mais imaginons que le dit jeune ait économisé cet argent (1000$) depuis les six derniers mois, quitte à ne pas sortir avec ses chums alcolos temporaires, ne pas s'acheter la dernière console Nintendo, ne pas se louer de films pornos, bref, le genre d'activité normale adolescente. Bon, on rêve, mais c'est le but. Et ce blé, il l'aura amassé en livrant des journaux dans les pires conditions: canicule, gouttes frisquettes de septembre…
Ce 1000$, il l'aura investi pour sa vie. Six mois de dur labeur pour toute une existence. Son père, lui? Il fait 1000$ par jour, mais s'achète des joujoux tels que cinéma maison qui lui endommage les oreilles et les yeux, mise aux courses, se paye le meilleur scotch qui lui gruge les boyaux. Bon, on rêve (pas tant que ça les cyniques diront), mais c'est le but.
Il fait quoi l'ancêtre? Il a oublié que la pluie verglaçante est pour tous, que la météo n'est pas sélective? Peut-être se croyait-il au-dessus de l'univers même, plus fort que le réchauffement de la planète (en passant, les chaudes températures de mercredi et jeudi n'ont rien à voir avec ça, on crevait autant en 1983), plus monumental que les Dieux, que le compte en banque des leaders de pas grand-chose de notre monde? Qui sait, faudrait lui demander. Vous en connaissez des nez-en-l'air comme ça?
***
De grâce, soyez prudents sur ces putains de routes québécoises déjà amochées. Elles sont hasardeuses en été, alors saupoudrez un peu de malfaisance floconneuse et on est en business de risque. C'est pas compliqué prendre trente minutes de plus dans un voyage de huit heures d'un bout à l'autre de la province.
C'est pas un centenaire qui vous le dit, c'est quelqu'un qui a déjà été ado et qui s'en foutait. Et là, pour remercier le destin d'être encore en vie… vous avez compris, comme toujours. Vous êtes donc brillants. Allons, ne rougissez pas, vous pourriez verdir si je remarque que vous avez encore vos pneus 4 saisons usés à la fesse. Pas à la corde, à la fesse. De là l'expression avoir une craque dans le windshire (québécisme ou nouveau canton britannique inspiré de wind shield). Merci.