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Une chatonnière bien vivante

Première de «P.S. Ton chat est mort» au Théâtre de l'Île

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 11 janvier 2007 à 9:59
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Une chatonnière bien vivante
Claude Lavoie et Stéphane Guertin portent la production sur leur dos cabossé… (Photo:Patrick Voyer)
Une chatonnière bien vivante
Première de «P.S. Ton chat est mort» au Théâtre de l'Île
Eh oui, malgré le titre dramatique, qui devient plus tard ironique, cette production rejouée vingt ans après par le Théâtre de l'Île est une vraie chatonnière: des coups de griffe, des ronrons, des êtres qui courent égoïstement après leur queue et qui s'entraideront en se la mordant grâce à la magie d'une désopilante mise en scène.
Bonne idée de lancer la saison 2007 avec une comédie qui a fait autant de ravages lors de sa première naissance. Le sens de l'humour décapant de Gilles Provost est assouvi avec ce texte de James Kirkwood et le concours des deux bouffons de service Claude Lavoie (en un Gaston sur la dépression qui pète le rayon des globes au complet) et Stéphane Guertin (chiant et attachant en Tony) y aura été pour beaucoup.

Si les rôles d'Ève Alexandre-Beaulieu et Serge Paquette sont maladroits et plutôt effacés, mais rudement efficace aux enchaînements psychologiques, ceux des deux comédiens dépeignent admirablement le désarroi et la folie qui nous serrent la gorge lorsqu'on est tout bonnement en vie.

Gaston est un acteur déchu qui s'est fait cambrioler deux fois en peu de temps. L'auteur des larcins, un Italo-Québécois encore plus paumé, a le malheur de «pénétrer» chez sa victime le soir du Jour de l'An et se fait prendre la main et les fesses dans le sac. Il a mal choisi sa soirée: Gaston est au bout de la route, il n'a rien à perdre, son cœur est dans le broyeur et sa dégaine d'acteur aussi molle qu'un fudge en juillet.

Claude Lavoie s'amuse fortement dans ce fromage suisse modestement décoré qui lui sert d'appartement. Oscillant entre la débilité légère, la passion dévorante et le drogué relaxé, il livre une performance épuisante. Admettons que ses lignes nécessitent maintes acrobaties, car en un tournemain, il passe d'auteur dépouillé à tortionnaire déjanté. Il est généreux avec son personnage et ne recule jamais, sinon pour se calmer… temporairement. Et s'il avait osé, la comédie se serait affalée.

Quant à Tony, il est dans de sales draps, couché sur un lavabo, le sexe dans l'évier, des cravates à ses poignets et chevilles. Il ne lui manque qu'une pomme dans le mâche-patate et on le mettrait au four. Ah, quel cochon! Jeune père homosexuel de 25 ans, il vivote dans l'air ambiant comme un parasite. Même cloué au piloris, il trouve le moyen de faire enrager celui qu'il détrousse pour survivre. Lui aussi doit multiplier les masques et les pirouettes pour rendre justice à ce rôle que l'on haï au début et qu'on vient à adorer lorsque la finale nous enveloppe.

La bulle que matérialisent Claude Lavoie et Stéphane Guertin est aimantée au possible. Le plus grand plaisir que l'on peut en retirer est cette opération de séduction du voleur envers ce bourreau tristounet. Certaines scènes cocasses et «sérieuses» restent gravées qu'on le veuille ou non, qu'on ait embarqué ou débarqué du fil parfois très mince qui tangue entre l'absurde et le rose pâle. Gilles Provost en a mis juste assez pour remplir ses deux objectifs: divertir en plein hiver et revivre d'exaltants souvenirs.

Le casting est parfait, la scénographie juste bien légère et le ton, acide. Le langage plaira à tous, évidemment: lorsqu'un comédien sort de sa coquille et qu'on le plaque au fer rouge, on est en droit de se bidonner sur ses pleurs! Et quel mauvais voleur que ce Tony, qui aurait plus besoin d'une tape sur le crâne qu'une paire de menottes. Malgré que… déviance pour déviance…
À voir pour le prochain mois du mercredi au jeudi au Théâtre de l'Île à 20h.

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