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Nominations des Jutra 2007: un meilleur équilibre que l'an passé?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 25 janvier 2007 à 16:18
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Nominations des Jutra 2007: un meilleur équilibre que l'an passé?
Un Dimanche en Kigali a reçu 12 nominations pour la prochaine Soirée des Jutra.
Nominations des Jutra 2007: un meilleur équilibre que l'an passé?
Comme plusieurs d'entre vous, j'avais presque sorti le mot «scandale» des boules à mites l'an dernier, quand C.R.A.Z.Y a tout raflé à la Soirée des Jutra, nos Oscars québécois.
Certains films, dont L'audition de Luc Picard, auraient mérité des récompenses, mais «l'industrie» en a décidé autrement. Le réalisateur Jean-Marc Vallée était donc reparti avec 13 statuettes, la tête rouge de honte entre les jambes. Le cinéaste, humble comme quelqu'un qui vient de sauver un gamin de la noyade, ne s'attendait pas à un tel raz-de-marée. Nous non plus, bien que le long-métrage nous ait touchés. Touchant, d'accord, mais de là à remporter plus de prix que Ben-Hur ou Le Seigneur des anneaux: Le Retour du Roi, faut pas charrier.

Cette année, le président d'Alliance Atlantis Vivafilm, Patrick Roy (pas de jokes plates avec des portes ou des Chicoutimiens défoncés je vous prie), a «promis» qu'il n'y aurait pas de débâcle. Et par débâcle, on entend déluge sur un et rien pour les autres. Or, avec ce qui s'est passé en 2006, on peut se permettre égoïstement de douter avec un sourire en coin. Sarcasme à part, Bon Cop/Bad Cop et Un Dimanche à Kigali ont reçu 12 nominations chacun, alors il serait surprenant, vu l'océan de différences entre les deux films et leurs qualités respectives, qu'on assiste à une tuerie en règle. Enfin, espérons-le.

Ce qui est tannant avec les galas, surtout les jurys, est le fait que les gagnants sont désignés par des humains. Bizarre comme argument, je sais. Mais pensez-y: un humain a des préférences, réagit selon ses émotions propres et, bien qu'une majorité ne soit pas en accord avec ses goûts, il pourra faire pencher la balance en faveur d'une œuvre qui ne mérite peut-être pas autant d'attention. C'est sans doute ce qui a provoqué ce «gâchis» l'an passé.

Ce qui est aussi embêtant avec les galas, c'est que leur objectif principal n'est pas clair. Existent-ils pour donner une chance à tous, quitte à se fourvoyer à quelques endroits et faire des malheureux presque intentionnellement, ou sont-ils ultra sévères et élitistes? Dépend des années. Surtout aux États-Unis, avec les prestigieux Oscars. Certaines années, les membres de l'Académie semblent crochetés sur un film, alors que l'an d'après, oubliez ça, ils sont déchirés entre des questions style: «Devrait-on encourager la relève, les acteurs de couleur pas blanche, sommes-nous trop dépassés alors que notre mission est représenter les enjeux sociaux présents?»

Sans avancer que les bonzes des Jutra ont à se poser ce genre de questions (les Américains ne pataugeant pas dans la même boue que nous), il faut supposer que ça doit chauffer dans leur caboche! Moi-même, ça m'arrive d'être juge dans des concours (pas celui des plus beaux enjoliveurs là…) et on se tire les cheveux pas à peu près. Ce n'est jamais facile: juge-t-on tel ou tel artiste pour sa substance présente ou son potentiel futur, déclare-ton son numéro gagnant parce qu'il écorche la surface ou parce qu'il vient nous consumer à l'intérieur? Je vous le dis, ce n'est pas toujours drôle d'être humain!

Revenons aux Jutra. Si on met de côté les deux douzaines d'œufs, citons les six nominations (dont celui du meilleur film) de Congorama du Gatinois Philippe Falardeau, et l'autre candidat au plus grand honneur, La vie secrète des gens heureux (quatre nominations). Deux films «pas trop grand public», qui feront taire les puristes qui croient que seuls les trucs populaires peuvent l'emporter au Québec. Aux States, c'est différent (regardez les prétendants aux Oscars de cette année et vous comprendrez), mais au Québec… À part Mémoires affectives de Francis Leclerc, qui en a surpris plus d'un il y a quelques années, ça frôle trop souvent le concours de popularité. De là cette vague d'antipathie face aux galas, dans tous les domaines, qui sont considérés comme des manifestations de chouchoutage intensives. Une chance que les courts-métrages sont «un peu» soulignés…

La soirée des Jutra n'est certes pas le plus excitant des galas sur Terre, mais il est essentiel à la survie du cinéma. Septième Art qui se débrouille mieux en province depuis que les producteurs privés ont coupé le nez aux subventions qui prennent un temps fou à arriver. Bien sûr, le nirvana n'est pas encore atteint, on voit encore les logos des institutions gouvernementales au générique, mais on peut espérer que des gros portefeuilles saisiront la chance inouïe qui leur pend au bout du nez et qu'ils permettront à des films de naître plus tôt.

***

Impossible d'être entièrement satisfait des nominations dans un gala, ceux qui mangent du cinéma, de la musique, du théâtre ou des arts en général saisissent. On est constamment frustré du fait que les décideurs ne puissent faire de la place à tout le monde et on le sera ad vitam parce qu'à un moment donné, on doit se brancher. Ceci étant dit, déplorons ici l'absence de plusieurs films dans les catégories principales aux Jutra, soit les très potables Sans elle, La rage de l'ange , Que Dieu bénisse l'Amérique et Cheech, qui ont repoussé les frontières à leur façon. En tout cas, plus que certains films qui reçoivent douze nominations… Là, c'est frustrant. Alors n'y pensons plus.

Concentrons-nous plutôt sur le fait que le cinéma québécois, on se répète, file un bonheur, pas parfait, mais très zen avec le public. Bien que les entrées au cinéma aient baissé de 38% en 2006 (est-on déjà écœuré?), la qualité et la diversité des œuvres ne cessent de croître. On mise gros sur le grand écran, alors que se passe-t-il avec les profits? Y'en a trop peut-être des films? Ne me dites pas que le cinéma commence à ressembler au saturé marché de la musique? Eh ben.

Des fois, je me demande si le public québécois est vraiment saturé de divertissement ou s'il le cherche au mauvais endroit… hon, vous avez plissé les yeux de colère? C'est un signe.

***

Une p'tite vite en terminant: c'est quoi ce délire de mettre en nomination les deux acteurs du même film dans la catégorie meilleur acteur? Pas gêné de le faire une fois, les membres du jury l'ont fait à deux reprises avec Patrick Huard-Colm Feore et Paul Ahmarani-Olivier Gourmet. Est-ce un flagrant cas d'accommodement raisonnable ou un fantasme? Ouf…

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