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Donnez-vous de l’oxygène…

Première de quatre d’une «bonne claque» au CNA

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 1 février 2007 à 0:17
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Donnez-vous de l’oxygène
Première de quatre d’une «bonne claque» au CNA
En voilà une production utile qui trouve le moyen de sortir de l’ordinaire! oxygène est le prélude contemporain d’une longue gestation, d’une essentielle méditation, dont la mise en œuvre est tout sauf dictatoriale.
L’auteur Yvan Viripaev est considéré comme un enfant terrible dans son pays. Bah, rangez vos pierres… Son texte traduit et monté par les Belges de la Cie Fraction ne bat pas de records de beauté, ni de vérité, mais il fracasse quelques petits bibelots de porcelaine qui dormaient sur les étagères poussiéreuses de nos consciences. Tout cela à la faveur d’une relecture moderne et sensible des Dix Commandements.

La mise en scène de Galin Stoev est percutante. Pas dans la forme, dans la subtilité. Il n’a bougrement pas parodié Viripaev (qui en passant en a marre des acteurs, il veut des êtres qui se servent des personnages comme le peintre pige dans ses couleurs), il a permis à Céline Bolomey, le disc-jockey Gilles Collard et les deux comédiens Stéphane Oertli et Antoine Oppenheim de s’éclater en traduisant l’errance post-moderne, qui fait s’étouffer les créateurs et connards de ce monde.

En grands suggestifs qu’ils sont, Viripaev et Stoev arrivent à nous faire réfléchir sur les séquelles de cet orage d’information au lieu de nous les fourrer dans la bouche. Après une décantation mineure, on fait un petit ménage sur notre disque dur et on se regarde dans le miroir: «Qui suis-je vraiment, où vais-je, que fais-je de tout croche ou de pas assez droit?», ces questions qu’on ironise avec le temps, mais qui sont si fondamentales. Dans une époque blasée, condamnée à surfer sous la vague de par la lâcheté collective et la paranoïa ambiante, oxygène tombe à point.

Trois chaises, trois micros, des «interprètes» qui s’affolent, s’affrontent à travers ces dix bondieuseries revisitées, en ne prêtant aucune intention aux clichés ou aux histoires inventées de Viripaev. Sur une musique ambivalente que l’on ne peut à sa juste saveur écouter, car le flot de mots est trop intense (et vice versa), on suit les tribulations de Sacha et Sacha, une femme de province et un homme de capitale, qui représentent une génération qui pousse dans la merde et une autre qui vieillit en s’en foutant. L’opulence et la passivité se lance des œufs, un festin renouvelé!

Quelques jeux de lumière et des danses saugrenues auront suffit comme «effets spéciaux» pour cet avant-gardisme… de la pensée. L’Europe rit d’elle depuis longtemps déjà, il serait peut-être temps de repasser son cours de cocologie pour retrouver l’envie de respirer goulûment et d’aimer sauvagement! On ne fait que parler, qu’espérer, comme seul le théâtre peut faire…

Galin Stoev n’a pas l’intention de mettre un point final à ces réflexions et c’est tant mieux, car vu qu’on ne peut saisir toutes les flèches décochées à grande vitesse vers notre ego, on ramasse ce dont on a besoin et on chemine sur notre petit bonheur de chemin. De toute manière, la mission de l’oxygène est de nous donner les outils pour avancer, pas pour stagner. Alors le plus beau cadeau que Viripaev pouvait nous faire, est de nous laisser pantois et avide de réponses. Ces dernières se trouvent cependant dans nos têtes et tant que ce boulot ne sera abattu, force est d’admettre qu’un show comme ça est ardemment qualifiable. Le sera-t-il un jour ou est-ce que le mouvement théâtral européen se fiche des titres?

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