Jean-François Breau sursaute en solo!
Oui, en solo, car bien que trois musiciens l’accompagnent durant sa première tournée d’envergure sans la suite royale de Don Juan, J-F Breau se paye un luxe en dévoilant le «vrai lui» dans un show fort varié.
Il est heureux et ça paraît l’Acadien. Il gâte la foule, s’attire la sympathie de la gent féminine en montrant ses palettes et ses muscles et les hommes le redécouvrent. Quand les deux heures du sablier se sont écoulées, force est d’admettre qu’il en a dedans même s’il ne joue constamment pas la comédie… musicale.
Son dernier album Exposé en poche, J-F Breau se permet le grand jeu. Il mène un quatuor par le bout des instruments; ça manque parfois d’initiative de la part de ses «collègues», qui, visiblement, voulaient que les projecteurs et la centaine de bulbes du flamboyant décor l’illuminent entièrement. C’est sa fête, son envolée hors de la soie, son grand saut.
Et il s’en sort plutôt bien, ce grand nigaud qui enchaîne les blagues comme les chansons de ses deux disques. Il aura fait «plaisir» aux amateurs de Don Juan, entre autres en les filmant(!), et aux nostalgiques des Beatles et de Supertramp. Sans oublier que son cœur est toujours attaché à son Acadie natale, qu’il chante avec une passion indéfectible, de Zachary Richard à l’hommage aux victimes de l’ouragan Katrina.
Variation est le mot clé qui explique la sympathie qu’on éprouve pour le colosse au sortir de la salle. S’il s’était cantonné dans une accumulation de balades ou de rock-pop insipide, J-F Breau aurait raté son essai. Mais là, avec cette innocence et ce front tout le tour de la tronche qui le caractérisent, il perce les murs du silence et évite les briques et les fanaux. Sensible, cabotin, énergique, secoué, il avance à un rythme d’enfer.
Quelques pains sont encore à manger, mais avec la voix qu’il possède et le charisme contagieux qui émane de ses compositions (il tente sa chance au piano!) où la guitare est omniprésente, J-F Breau saura attirer plus de curieux que la quelque peu décevante foule amassée à la salle Odyssée ce soir. Avec les ravages qu’il a fait dans la peau du séducteur de service, sans doute qu’on se serait attendu à une plus grande fidélité.
Mais le gaillard ne s’en fait pas: il se contente de peu et, la main sur la poitrine, dit «merci et à la prochaine le plus tôt possible».