Marcel Leboeuf est un des plus «célèbres» motivateurs-conférenciers du Québec.
L'époque des «experts» motivateurs-conférenciers
Aime-t-on vraiment se faire dire nos quatre vérités?
Ils sont des centaines à avoir tout laissé tomber pour quadriller le territoire québécois et conseiller les gens sur tous les sujets: amour, travail, santé… Ils sont les «experts», ces motivateurs qui remplissent des salles, ces phares qui éclairent la pénombre de plus en plus de cerveaux.
Vous avez sûrement entendu parler de Marcel Leboeuf ou de Guy Corneau, respectivement comédien et psychanalyste, qui ont découvert qu'ils avaient des affinités avec la verbalisation des émotions. Ils entraînent des milliers de personnes dans leur «enseignement», ils insufflent un nouveau souffle dans leur existence en guérissant leurs bobos illico. À croire que la dépression, la mauvaise humeur, l'égarement, même le suicide, sont si faciles à régler! Eh ben.
N'allez pas penser que je suis contre ces «experts», des moralisateurs habiles qui n'ont en général que d'excellentes idées à divulguer. Ils ont sûrement sauvé plusieurs vies sans le savoir et les témoignages de sympathie à leur endroit pleuvent comme la neige. Je les trouve même utiles, sans dire essentiels, car ils au moins le courage de flageller de mots les endormis et sonnent ainsi le glas des questionnements existentiels que certains accumulent encore, style «Qui suis-je?», «Où vais-je?» et «Que glande-je?». Des coqs et poules sans tête qui courent dans toutes les directions n'est pas jamais un joli spectacle. Alors, pour endosser le costume du fermier qui les cantonne dans un environnement plus sain, on peut les remercier.
Là où on doit accrocher, c'est quand on se demande pourquoi ils existent. Est-ce pour faire de l'argent en répétant ad vitam leur discours ou pour permettre aux gens de passer l'aspirateur dans le trésor? La réponse logique serait «les deux». La sarcastique «la première», mais vu que cette chronique n'appuie en aucun cas l'ASQ (l'Association des Sarcastiques du Québec), nous répondrons politiquement correct «la deuxième».
Oui, un bon coup de balayeuse ne fait jamais de tort, dans votre maison comme dans votre caboche bourrée d'esprits malveillants qui ne se lassent pas de jouer au ping-pong avec votre Gros Bon Sens. Si ces experts, diplômes et certifications à l'appui ou non, se multiplient depuis quelques années, est-ce parce que le ménage vous dégoûte autant que le carnaval extérieur? Allons, ne me dites pas que vous snobez votre Dirt Devil? C'est une idée diablement démoniaque.
Alors vous avez décidé de faire comme les millionnaires et de confier l'époussetage de vos molécules à une femme de ménage? Ah, quel bon flash vous avez eu. Après tout, vous êtes victimes de l'ennui de faire circuler votre Electrolux à travers votre labyrinthe de coins de mur! Vaut mieux laisser à quelqu'un d'autre cette ingrate tâche qu'est le ménage. Et si on demeure avec l'analogie du ramassage d'idées, vous auriez voulu qu'une tierce personne vous dise comment vous deviez agrémenter votre vie amoureuse?
Ils sont partout: à la télé, dans les livres, dans les salles communautaires, les salles de spectacle, les galas, les soupers d'affaires, partout vous dis-je. Ces nouveaux prophètes de bonheur qui semblent sans problèmes, sans défauts. En deux temps trois conseils, ils vous rendent un troupeau de notaires blasés de leur travail zen comme à leur premier rendez-vous. Ils sont capables de s'infiltrer dans vos neurones, votre cœur, pour vous pousser à aller plus loin, au bout de vos ambitions. Ils vous étampent des suggestions dans la tête sans que vous le vouliez…
Ils remplacent les temps de réflexion que l'on doit s'accorder, ceux qui nous permettent de faire le vide, de chasser le méchant et de repartir sur des bases nouvelles. Ils sont un divertissement, une échappatoire, et contribuent à tort ou à raison à influencer nos habitudes de vie. Avec le ralentissement des églises au Québec, voici un nouveau courant de pensée, de croyance qui a la cote. Plus besoin des bondieuseries, on a les conférenciers vedette. Bon… je vous lance cela en vrac, prenez ce que vous préférez…
Reste que… c'est bizarre qu'il y en ait autant. Dans une époque où tout va trop vite, que les églises ferment, que la job accapare plus les individus qui n'osent dire non, où les héros manquent à l'appel quand ils ne sauvent pas des passagers (le commandant Robert Piché, qui, ô hasard, est devenu conférencier) et où les émissions insipides sont légion, on se rabat sur ces «experts», qui, se tenant fiers et droits, semblent détenir le manuel d'instructions de notre existence. Lâcheté de notre part ou zèle de la leur? Allez savoir…
Ce qu'il faut retenir de chaque mode qui pousse est qu'elle répond à un besoin de changement. C'est vrai dans tous les domaines, surtout dans l'industrie textile. Cependant, quand cette mode concerne les fondements de l'être humain, on est en droit de douter de bien des trucs.
Alors, je vous repose la question: «Qui sommes-nous?», «Où allons-nous», «Que foutons-nous?» pour se faire dire nos quatre vérités par une personne composée d'os et de veines comme nous? Quelqu'un qui nous lance en plein visage qu'on dort au super sans plomb et qui n'est pas nécessairement plus clairvoyant que nous?
Sûrement pas des «experts».