Karkwa est déjà un groupe d’exception. Leur spectacle de ce soir à la salle Jean-Despréz l’a prouvé. (Photo:Sylvain Dumais)
Karkwa transperce de ses planantes flèches
Ils n’ont pas été décorés pour rien au dernier gala de l’Adisq: le quintette Karkwa est tout simplement une découverte pour tout amateur de musique rock atmosphérique et un bonbon culte qui fond lentement pour graver de délicieux moments dans l’esprit ouvert.
Les Radiohead québécois jouaient pour la première fois dans la salle Jean-Despréz ce soir et ont pu entièrement s’éclater avec leurs envolées magiques, leurs ambiances psychédéliques enrobées d’éclairs de génie colorés et d’effets sonores mirobolants. Ce microcosme, qui s’apparente plus à un sous-sol, voire un bunker, qu’à une «salle de spectacle», était idéal pour Karkwa.
Pigeant quelques pièces très underground de leur premier opus, Le pensionnat des établis, et jouant presque d’un bout à l’autre le sublime Les tremblements s’immobilisent, les cinq jammeux de service sont pénétrés d’un trait dans la zone sensible d’un public gagné d’avance, celui qui sait reconnaître un groupe d’exception quand il en croise un.
Aucune condescendance malgré les honneurs précoces, que du cool et du relâchement chez les gars. D’une innocence cabotine dans leurs propos entre les interprétations à une précision exemplaire dans les notes, Karkwa a prouvé qu’il montait tranquillement la pente qui le mènera au sommet d’un style trop peu exploré au Québec. S’il faisait preuve de plus de maturité, en se mentant par la même occasion, il pourrait d’hors et déjà revendiquer le titre de patriarche du genre, mais laissons-leur le temps. Qui vivra écoutera.
Pas grand temps morts dans ce spectacle un tantinet trop court. Pas trop de clichés non plus, les mecs expérimentent et jonglent avec les influences. Les accessoires et percussions, les claviers mordants et les guitares envoûtantes sont aiguisés pour des improvisations au sortir des morceaux, qui sont d’ailleurs salutaires. On n’a qu’à penser à La Fuite, Red Light et La Marche, trois compositions abordables de haute qualité, qui revivent ici sans le couperet radiophonique.
Louis-Jean Cormier, Stéphane Bergeron, François Lafontaine, Martin Lamontagne et Julien Sagot ont une voie dégagée devant eux. S’ils arrivent à répéter ce type de d’expérience encore et encore, il faudra bien que des salles Jean-Despréz se clonent et s’agrandissent pour accueillir leur nature débridée. Alors, on cessera de les comparer avec des légendes britanniques et ils deviendront à leur tour source d’une autre rivière.