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Oui, l’émerveillement respire à pleins poumons…

Les 7 doigts de la main le prouvent encore avec «Traces»

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 27 février 2007 à 23:13
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Traces, Les 7 doigts de la main en laissent à la pochetée dans leur nouveau chef-d’œuvre! (Photo: Stéphanie Boisvert) ">Oui, l’émerveillement respire à pleins poumons…
Des Traces, Les 7 doigts de la main en laissent à la pochetée dans leur nouveau chef-d’œuvre! (Photo: Stéphanie Boisvert)
Oui, l’émerveillement respire à pleins poumons…
Les 7 doigts de la main le prouvent encore avec «Traces»
Les 7 doigts de la main ont été à la base créés pour unifier d’intarissables talents acrobatiques et clownesques et les cinq jeunots qui poursuivent leur hallucinant travail avec Traces, réussiront à perpétuer un art rarissime et essentiel: le cirque théâtral.
Héloïse Bourgeois fait des arabesques et des culbutes avec un vieux fauteuil poisseux tout en lisant; un enfant émet alors un rire naïf et comble l’artiste, qui n’en finit plus de faire l’amour à ce meuble repoussant de toutes les positions inimaginables. C’est ça Traces.

Ses quatre comparses Will Underwood, Brad Henderson et les frères Raphaël et Francisco Cruz se tiraillent, multiplient les prises de main, grimpent aux poteaux comme des singes, se sautent et se rebondissent dessus, déclenchant une pluie d’onomatopées devant une foule médusée. Le genre de marée qui avait submergé le Théâtre du CNA il y a plus d’un an avec la venue des patriarches de cette boîte à surprises qu’est Les 7 doigts de la main.

Ils font tout, on y croit à peine: ils ouvrent ce 90 minutes intensif en jouant les machines à boules humaines en se jetant dans tous les sens et, tout d’un coup, se transforment en dribbleurs, en «skateurs», en mélomanes (ils jouent tous du piano!), en poètes, en animateur de quiz pourri, en chanteurs, en humains fragiles. Les cinq se dénudent devant nos yeux ahuris, avides d’inconnu, étalent leur pedigree, cabotinent, courent, volent, s’entrelacent… Enfin, il faut le voir pour le revoir!

La magie de cette production à cheval entre du théâtre comique des années 70 et du cirque moderne pur et simple, est ce cinéma que Les 7 doigts adorent nous jouer. La trame narrative, s’il y en a une, situe l’action dans un univers X, qui sera bientôt anéanti par on ne sait quoi. Vous dites la folie de consommation ou le réchauffement de la Terre? Vrai et Vrai.

Tout est relatif, subjectif, tout est sucrerie dans Traces, tout ce qui est appris par cœur est issu d’une improvisation recherchée, tout est rodé malgré le caractère innocent et juvénile des interprètes, qui se tapent sur les cuisses de folie. Même eux rêvent, englobés dans ce chapiteau imaginaire dont la toile de fond est un espace flou et clair à la fois. Tout est clairsemé dans Traces, on achète ce qu’on veut, les scènes nous délectent ou nous laissent indifférents, mais jamais les bâillements ne viennent mouiller nos dents.

Ces yeux qui sont les nôtres ne sont pas souvent trahis, ô merci. Certains enchaînements, dont le pétillant départ ou le jeu de chaises, sont rapido-presto, mais l’essentiel est capté avec soulagement. Les 7 doigts ont misé sur la justesse, la force et l’élégance des pirouettes plutôt que le style vidéoclip à outrance. Cette générosité plaît à tous les iris, les applaudissements peu gênés en témoignant. Les moments de répit, qui étonnent parfois par leur profonde douceur, ajoutent une touche de réalisme et de mystère dans ce brouhaha.

Les solos sont également de petits moments d’éternité qui laissent de larges sillons dans les mémoires. Que ce soit l’étourdissant cerceau de Brad, le duo démolisseur des Cruz, les écartillements aériens d’une Héloïse magenta ou les prouesses musclées de Will le géant, les gâteries s’accumulent pour prendre toute leur saveur dans un numéro final des plus originaux.

Que dire de plus sinon que Traces doit s’imprégner dans le monde fantastique des arts de la scène en qualité de spectacle complet, qui frôle la perfection? Cette dernière n’existe pas, mais il nous reste une échappatoire qui permet de contourner cette ennuyante règle: l’émerveillement.



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